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Le blog de Dr André CHOUBEU

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L'EGLISE SELON LE NOUVEAU TESTAMENT

31 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

L’Église selon le Nouveau testament

Frank HORTON

Après des études au Biblical Seminary à New-York, Frank Horton a été secrétaire général des GBU en France, professeur puis directeur de l’Institut Biblique d’Emmaüs à St-Légier en Suisse. Retraité depuis plusieurs années, il poursuit son ministère d’enseignant. L’article que nous publions est un résumé d’un message donné en Angola, pays où il a passé son enfance avec ses parents missionnaires. Frank Horton est membre du comité de soutien de Promesses.

T. Ernest Wilson a écrit : « Le but de toute œuvre missionnaire des assemblées est de planter des églises néotestamentaires sur sol indigène, totalement autonomes, sans aucune domination étrangère, et dépendant du Saint-Esprit pour leur direction et progrès. Tandis qu’on poursuit des activités médicales, éducatives et sociales, l’objet principal n’en reste pas moins l’établissement de l’église indigène ».

Cette déclaration soulève un certain nombre de questions : Qu’entend-on par églises néo-testamentaires ? Quels principes le N.T. nous donne-t-il pour l’établissement de l’Église ? Ces principes fonctionnent-ils aujourd’hui ?

A. PRINCIPES DIRECTEURS

Qu’est-ce que l’Église ?

Trois mots grecs nous aideront à comprendre la signification de ce mot.

1. Ekklésia

Ce mot vient du verbe ekkaléô, qui signifie littéralement « appeler en dehors de ». Il désignait le gouvernement municipal d’Athènes, où des représentants de différents groupes dans la société étaient appelés pour, en quelque sorte, « sortir de leurs groupes » et se réunir, se trouver ensemble dans un but précis. Ainsi, l’Église n’est ni un bâtiment ni une institution mais un rassemblement de personnes qui ont quelque chose de très important en commun : elles ont répondu à l’Évangile, la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est venu dans le monde, a souffert et est mort pour leurs péchés, puis est ressuscité. Elles se sont repenties de leurs péchés, ont mis leur confiance en Jésus, reconnaissant en lui leur Sauveur et leur Seigneur. Pardonnées et adoptées dans la famille de Dieu, elles sont rassemblées pour des raisons que nous évoquerons plus loin.

Le mot ekklésia est utilisé dans deux sens :

•    Dans un sens universel, unissant tous les croyants partout et en tout temps en une seule grande famille spirituelle. Le Seigneur, par exemple, dit à Pierre « Je bâtirai mon Église » (Mat 16.18). Paul écrit que par l’Église « la sagesse de Dieu doit être connue » (Éph 3.10).

•    Dans un sens local, faisant allusion aux croyants qui se réunissent à une époque et dans un lieu particuliers, où ils agissent comme une congrégation visible, tangible. Ainsi, notre Seigneur donne des instructions à l’église locale sur la manière d’exercer la discipline (Mat 18.15-20). De nombreuses fois, les apôtres adressent leurs lettres à des églises locales. Notre étude ici sera consacrée à cette utilisation du mot.

2. Koinônia

Koinônia vient de koinos : « commun ». Le mot parle de la communauté et de l’unité. Un exemple merveilleux nous est donné dans Actes 2.41-47, où les premiers chrétiens avaient tout en commun, tandis qu’ils se consacraient à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et à la prière.

Cette communion dans l’unité s’exprime de plusieurs manières :

•    la louange et l’adoration,

•    la prière,

•    l’évangélisation des non-convertis,

•    l’édification des croyants,

•    les conseils pastoraux,

•    les services sociaux.

Notre Seigneur a donné à ses disciples un exemple de ce ministère « holistique » en enseignant, prêchant, nourrissant les affamés et guérissant les malades (Mat 9.35) ; puis il les a envoyés faire la même chose (Mat 10.1s).

3. Kuriakê

Kuriakê dérive de kurios : « Seigneur ». Il nous rappelle que l’Église appartient au Seigneur ! C’est lui qui l’a fondée, qui la bâtit et qui la dirige par l’intermédiaire de la Parole et du Saint-Esprit. Il n’a pas dit à Pierre : « Je bâtirai ton Église », pas plus que : « Tu bâtiras mon Église » ni même : « Vous bâtirez votre Église ». Non !  Il a dit : « Je bâtirai mon Église ! »

Autonomie de l’église locale

Alors que les apôtres missionnaires voyageaient et prêchaient l’Évangile, ils fondaient des églises locales, les laissaient sous la direction d’anciens, et les confiaient au Seigneur (Act 14.21-23). Les premiers chapitres de l’Apocalypse contiennent des lettres adressées par le Christ individuellement à sept églises différentes, chacune de celles-ci étant responsable directement envers lui.

Une église autonome, par définition, se gouverne elle-même. Elle n’est soumise à aucun synode, conseil ou hiérarchie, soit religieux soit politique. L’Histoire dénonce la tendance vers la centralisation d’autorité qui a marqué l’évolution malsaine, non-biblique, de l’Église au travers des siècles.

L’église locale doit-elle pour autant « se débrouiller seule », indépendamment de toute relation extérieure ? Pas du tout. Les églises locales ont besoin les unes des autres pour la communion fraternelle, la communication, la collaboration et la consultation. Le peuple de Dieu est appelé à former une famille spirituelle de frères et sœurs dans la foi qui donnent, reçoivent exhortation et encouragement spirituels. En conséquence, l’église, l’assemblée locale, apprend à être responsable directement envers le Seigneur, développe la force nécessaire pour repousser toute attaque hostile, et reste assez souple pour s’adapter à la culture locale. N’ayant pas d’autorité centralisée qui pouvait  être directement visée, les assemblées en Allemagne pendant l’ère nazie ont été protégées de l’interférence par ce régime dictatorial. Il y a plus de 40 ans T. E. Wilson écrivit à ce propos : « À travers la brousse et dans pratiquement toutes les villes [de l’Angola], on peut trouver des rassemblements de chrétiens africains, complètement indigènes, qui se réunissent de la manière la plus simple, voire primitive, et cherchent à répandre l’Évangile parmi les leurs. Leur seule littérature est la Bible ou le Nouveau Testament traduit dans leur propre langue, un recueil de cantiques qu’ils aiment – car ils sont un peuple musical qui aime chanter – et peut-être un ou deux traités sur le baptême et l’ordre ecclésiastique […]. Il y a littéralement des centaines de tels groupes en Angola aujourd’hui, qui se multiplient constamment en nombre malgré les difficultés qui viennent de sources diverses ».

En plus de son autonomie, l’église locale veille à son indépendance financière et à sa multiplication par l’évangélisation.

B. GOUVERNEMENT COLLEGIAL

1. Anciens

Selon un texte déjà évoqué (Act 14.23), Paul et Barnabas « firent nommer » des anciens dans chaque église locale. Nous ne sommes pas renseignés sur la manière exacte dont il l’ont fait. Ils ont probablement respecté la coutume des synagogues juives. Paul écrit à « tous les saints en Christ-Jésus qui sont à Philippes, aux évêques et aux diacres » (Phil 1.1). Il exhorte les Thessaloniciens à « avoir de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur et qui vous avertissent » (1 Thes 5.12 ; Héb 13.17). Les anciens portent deux appellations :

•    Presbuteros (litt. plus âgé) : indique la maturité de l’expérience spirituelle, et la sagesse ;

•    Episkopos (du verbe episkopéô, veiller sur) : indique la nature de leur ministère de surveillants, capables de diriger l’assemblée.

Deux passages soulignent leurs qualités morales et spirituelles (1 Tim 3.1-7 ; Tite 1.5-9). La manière de les choisir est moins importante que la nécessité qu’ils soient reconnus par l’assemblée en vertu de leur caractère et de leur engagement actif dans la vie et le bien-être de l’église. Une pluralité d’anciens protège contre le danger de domination par un seul homme.

2. Diacres

Le mot diakonos est souvent utilisé à travers le Nouveau Testament, généralement dans le sens de « serviteur ». Paul reconnaît toutefois un groupe officiel d’hommes, à côté des anciens, qu’il appelle « diacres » (Phil 1.1). Leur origine remonte probablement au moment où les apôtres demandent à l’Église de choisir des hommes pleins de foi, du Saint-Esprit et de sagesse, qui les libéreraient de considérations pratiques, leur permettant de se consacrer à la prière et au ministère de la Parole (Act 6.1-7). L’expression « servir aux tables » semble indiquer qu’ils auraient le rôle d’être des aides, des serviteurs en choses pratiques. Nous ignorons si la femme Phoebé était simplement une « servante » de l’église à Cenchrées, ou si elle avait le titre officiel de « diaconesse » (Rom 16.1-2).

C. Ministères multiples

Le ministère d’un seul homme ne peut jamais couvrir tous les besoins d’une église locale, car aucun homme ne possède toutes les qualifications indispensables. C’est la raison pour laquelle divers membres ont diverses « manifestations » du Saint-Esprit sous la forme d’un ou de plusieurs dons spirituels (charismes). Ce sujet mériterait une étude complète en soi, mais nous devons nous contenter ici d’un bref survol. Paul consacre plusieurs passages d’enseignement à ce propos. Le but principal des ministères multiples est d’édifier les saints, de les conduire vers une unité plus grande, vers la maturité et la stabilité, de les exhorter, de les consoler, afin que, par la qualité de leur vie, ils confessent que « Jésus est le Seigneur ».

Le Saint-Esprit est souverain, et libre de distribuer les dons spirituels comme bon lui semble. Paul nous encourage à « aspirer aux dons les meilleurs » (1 Cor 12.31). Les dons d’importance primordiale, toujours valables, sont ceux qui équipent les évangélistes, les pasteurs-enseignants, les aides, les administrateurs, et qui permettent le discernement des esprits. Sans l’amour ces dons restent inutiles. Les croyants – anciens en particulier – devraient encourager les membres à s’engager activement dans la vie de l’église, montrant de cette manière qui possède l’aptitude pour quel ministère.

D. SACERDOCE UNIVERSEL DES CROYANTS

S. Ridout souligne que dans l’Ancien Testament le service religieux était centré sur l’adoration : le sanctuaire, la prêtrise, les sacrifices, les temps prescrits et les fêtes. Mais tout cela, dit-il, était provisoire et incomplet. Le Christ est venu, le voile a été déchiré, et nous avons maintenant la hardiesse d’entrer dans le lieu très saint par le sang de Jésus. « L’adoration chrétienne a sa source dans une œuvre de rédemption accomplie : son objet est Dieu le Père et le Fils ; sa place est la présence de Dieu ; sa puissance est le Saint-Esprit ; sa matière sont les vérités pleinement révélées dans la Parole de Dieu ; et sa durée est l’éternité ». Tous les croyants sont sacrificateurs (1 Pi 2.5,9) et seuls les croyants le sont ! Ridout de continuer : « La grande occasion pour adorer est quand les croyants sont réunis le premier jour de la semaine pour rompre le pain. La louange, sans être limitée à ce moment là, s’y exprime de la façon la plus complète […]. Le Seigneur est au milieu de nous pour conduire nos accents de louange (Héb 2.12). Le Saint-Esprit est présent pour guider, selon la Parole (1 Cor 14.25) ; et les symboles qui rappellent l’amour du Sauveur manifesté dans sa mort sont là pour être partagés. » Les sacrifices de l’Ancien Testament ont cédé la place à des « sacrifices spirituels » de louange dans le chant, la prière, la lecture et la méditation de la Parole, et la participation au pain et à la coupe.

E. DEUX ORDONNANCES

Le Seigneur a institué le baptême d’eau (Mat 24.19) et le repas du Seigneur (Mat 26.17s). Le baptême du croyant par immersion, accordé à ceux qui le demandent comme une confession publique de leur foi en Christ et leur engagement envers lui, est un acte simple d’initiation, normalement administré par un ancien. Le repas du Seigneur est, dans les mots de S. Ridout, « une fête commémorative […] où le peuple du Seigneur, réuni auprès de lui, se souvient de son amour plus fort que la mort ».

F. CES PRINCIPES FONCTIONNENT-ILS AUJOURD’HUI ?

En 1975, une guerre civile qui devait durer 27 ans a éclaté en Angola. Parmi les missionnaires qui devaient quitter le pays figuraient mes parents, qui avaient consacré plus de 50 ans à une œuvre paisible centrée sur Kavungu, à l’extrême est du pays dans la région du haut Zambèze. Ils ont mis deux valises dans leur voiture et sont partis vers le sud jusqu’en Zambie, laissant derrière eux toutes leurs possessions personnelles. Ils ont aussi laissé deux assemblées, des anciens formés et préparés pour l’épreuve, un dispensaire médical, une école primaire, et la Bible traduite dans la langue Luvale.

Ils se sont retirés, âgés de 75 ans, aux États-Unis, où ma mère est décédée en 1979,  et mon père l’a rejointe 17 ans plus tard, âgé de 95 ans. La dernière fois que je l’ai vu, quelques mois avant son départ, il se demandait tristement s’il restait quoi que se soit de leurs labeurs. Il se pouvait que tous les croyants soient morts… J’ai écrit à une missionnaire de ma connaissance à Chavuma, juste de l’autre côté de la frontière en Zambie, lui demandant si elle avait des nouvelles. J’ai pu transmettre sa réponse stupéfiante à mon père, pour le consoler, juste avant son départ pour la gloire.

Alors que le pays était encore fermé aux blancs, des croyants africains avaient fait le voyage vers le nord, et étaient revenus pour dire que les réfugiés rentraient au pays afin de reconstruire à partir de zéro, et que des anciens des assemblées organisaient des retraites pour enseigner l’Écriture, en utilisant la Bible traduite en Luvale par mon père. Au milieu de toute cette souffrance atroce et du dénuement absolu, des maisons détruites et des champs dévastés, les églises se sont multipliées pour atteindre près de 70 congrégations en 2007. Aujourd’hui, vous représentez 500 000 croyants réunis dans 2 000 communautés locales à travers 15 des 18 provinces de l’Angola !

« C’est de l’Eternel que cela est venu : c’est un miracle à nos yeux. C’est ici la journée que l’Eternel a faite : à cause d’elle, soyons dans l’allégresse et la joie ! » Ps 118.23-24

 

Promesses  No 177 -  2011 / 3 ( juillet – septembre )

Dossier : L’Église néo-testamentaire

 

Angola Beloved, Loiseaux Brothers, 1967, p. 15.  T. Ernest Wilson fut un des missionnaires pionniers des Assemblées de Frères qui ont commencé une œuvre en Angola dès 1884.

In Angola Beloved, Loiseaux Brothers, 1967, p. 16. 

Voir les qualités nécessaires décrites en 1 Tim 3.8-13.

Voir 1 Cor 12 à 14 ; Rom 12.3-8 ; Éph 4.1-16.

The Church and its Order According to Scripture, Loiseaux Brothers, 1915, pp. 42ss.

Op. cit. p. 36.62533_155471537808214_100000361052565_371904_6019642_n.jpg

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DAVID, UN MODÈLE DE LEADER

31 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

DAVID, UN MODÈLE DE LEADER

Joël PROHIN

 

Joël Prohin travaille dans la finance, tout en s’impliquant activement dans son église locale en région parisienne et en collaborant à diverses revues ou commentaires bibliques. Il est membre de la rédaction de Promesses.

 

David est plusieurs fois appelé le « berger » du peuple d’Israël (Ps 78.71-72). Il est ainsi le précurseur du bon Berger. Ceux qui ont une place de responsabilité dans l’Église sont aussi appelés à être pasteurs à leur tour (Jér 17.16 ; 1 Pi 5.1-5). De ce fait, l’histoire de David est bien apte, encore aujourd’hui à donner quelques indications utiles pour conduire le peuple de Dieu.

Cependant, la lecture et l’interprétation des livres historiques sont particulièrement délicates. Le N.T. indique clairement que ces livres contiennent un enseignement moral pour nous, aujourd’hui (1 Cor 10.11 ; Rom 15.4). Néanmoins, cet enseignement est rarement explicite et le texte ne donne pas souvent la façon dont Dieu apprécie les événements et les comportements des personnages.

De plus, s’y ajoute une distance temporelle et culturelle importante.

Tout cela incite à être prudent dans nos interprétations et à laisser place pour d’autres applications que celles proposées ici.

A. AVANT SON ACCESSION AU TRÔNE

Un potentiel

Dans les entreprises, se développent les « Comités de Développement de Carrière » (CDC) où les dirigeants essaient d’identifier les futurs leaders de l’entreprise en détectant les « potentiels ». Mais Dieu n’était pas d’accord avec le CDC que Samuel entreprend à Bethléhem (1 Sam 16.7). Dieu regarde au cœur, et il voit chez David des qualités de cœur pour son Dieu que sa vie lui permettra d’exprimer.

David a des dons naturels évidents : physiques (1 Sam 16.12a,18), musicaux (1 Sam 16.18), etc.

ð Nos dons naturels sont à mettre au service de leur Donateur.

David est le huitième de sa fratrie et apparemment méprisé par ses frères. Ce n’est pourtant pas un obstacle dans sa vie ultérieure : il n’a pas été traumatisé par une enfance sans doute difficile.

ð Dieu peut se servir valablement de toute personne, quels qu’aient pu être ses antécédents.

Un choix divin

– David était le roi selon le cœur de Dieu (1 Sam 13.14 ; 16.12b). Le choix de Samuel venait directement de Dieu.

ð Dans le NT, Dieu « a établi dans l’Église » des personnes qu’il a qualifiées en vue de certaines fonctions (1 Cor 12.28). Le choix est divin, mais le chrétien doit accepter la place que Dieu lui donne : les deux vont de pair.

– David a reçu une onction particulière : « L’Esprit de l’Éternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite. » (1 Sam 16.13)

ð Plus qu’autrefois, l’Esprit habite aujourd’hui en chaque croyant et le qualifie pour un service : si ce n’était son action directe pour nous permettre de remplir notre mission, nous ne pourrions pas y faire face.

– Peu après, David est amené à faire état de ses victoires secrètes quand il était berger (1 Sam 17.34-36). Son témoignage des luttes remportées est crédible, car Saül n’hésite plus à l’envoyer.

ð Le choix divin qualifie, mais il ne peut aller qu’avec une préparation personnelle qui passe par des victoires remportées dans le secret.

Une reconnaissance publique

Par Jonathan : David a vaincu Goliath. Jonathan, immédiatement après, s’attache à lui (1 Sam 18). Cet attachement sera plus fort que les manœuvres de Saül (1 Sam 20 ; 23). Jonathan aurait pourtant pu prendre ombrage des succès de David : il en avait lui-même remporté autrefois (1 Sam 14) et il était l’héritier naturel du trône ; mais il reconnaît le leadership de David et s’y soumet avec joie.

ð La reconnaissance publique par d’autres responsables est indispensable pour que le leader puisse y jouer son rôle (Gal 2.9).

Par le peuple : Le peuple « aimait » David (1 Sam 18.16).

ð Le leader doit susciter l’affection de ceux qu’il est chargé de guider et cette affection vient naturellement si les gens sentent qu’il veut et cherche leur bien, et s’intéresse à eux. Il est reconnu par les membres de son église locale (1 Thess 5.12).

Par Mical : Elle aussi aime David (1 Sam 18.20,28). David devient le gendre de Saül.

Une transition difficile

Mettons-nous à la place de Saül : il n’est pas facile de voir un jeunot avoir plus de succès que soi, de devoir laisser la place qu’on occupait depuis des années, etc. Saül en nourrit de la jalousie. Il se montre égocentrique. Il veut garder le pouvoir.

Il peut arriver que notre service soit contesté par quelqu’un qui s’accroche à sa fonction et perd de vue que le troupeau n’est jamais le sien, mais celui de Dieu.

David n’anticipe cependant pas le temps de Dieu : deux fois en position de tuer facilement Saül, il s’en défend vivement et refuse de porter la main sur celui qu’il considère toujours comme « l’oint de l’Éternel » (1 Sam 24 ; 26).

ð Apprendre la patience pour attendre son temps est un exercice difficile, mais il permet d’acquérir une crédibilité qui, autrement, est entachée.

David en profite pour grandir : en témoignent les semaines passées auprès de Samuel à Naioth (1 Sam 19.18). L’expérience et l’influence du pieux conducteur durent être très bénéfiques au jeune David.

ð Si notre service subit un contretemps, c’est peut-être une bonne occasion pour forger notre caractère par la patience, pour étudier plus, pour approfondir notre vocation, etc.

Un leader

Il sait faire avec le peuple qu’il a : le ramassis de personnes qui s’agglutinent autour du fugitif en 1 Samuel 22.1-2 est loin de l’armée d’élite que David aurait pu souhaiter, mais il va s’occuper d’eux et en faire une troupe d’élite.

ð Dans nos églises, nous aimerions bien n’avoir que des frères et des sœurs matures, fondés dans l’Écriture, engagés dans le service, équilibrés, etc., et nous avons affaire à des « bras cassés » qu’il nous faut aider, à des « bébés dans la foi » qui nécessitent des soins constants, etc. Sachons ne pas nous décourager, mais amener ceux qui nous sont confiés à grandir.

Il ne refuse pas les recrues de choix : Abiathar a vu sa famille sacerdotale décimée et rejoint David avec l’éphod qui servait à interroger Dieu (1 Sam 22.20-23 ; 23.9). Il lui sera particulièrement utile dans ce temps d’errance.

ð Sachons apprécier les chrétiens de qualité que Dieu met sur notre chemin et utiliser leurs talents.

Il sait susciter les vocations : quand il s’agit d’accomplir une mission dangereuse dans le camp ennemi, David pressent deux de ses lieutenants (1 Sam 26.6), tout en laissant le choix. Abishaï se décide et David profitera de l’escapade pour lui montrer un magnifique exemple de grâce (1 Sam 26.8-11).

ð Enseigner la grâce à de plus jeunes qui nous suivent est sans doute la plus grande leçon que nous puissions leur donner.

Il sait partager avec équité : les guerriers victorieux des Amalécites ne voulaient pas partager le butin avec leurs frères trop fatigués pour aller jusqu’au bout. David, au contraire, édicte un principe d’égalité qui sera maintenu dans la suite (1 Sam 30.24).

ð De même, Paul indique l’importance, dans le corps de Christ, d’avoir un « égal soin les uns des autres » (1 Cor 12.25). Le leader dans l’église devra être particulièrement attentif à ce que ce soit le cas, tant de sa part que de celle des autres.

Un écart

Il est triste de lire la compromission de David chez les Philistins d’Akish (1 Sam 27). Il est obligé de biaiser vis-à-vis de son hôte.

On peut bien penser que les dissimulations et les mensonges de David produiront des fruits amers bien plus tard : il est fort possible que la conduite de David ait influencé Absalom, qui agira envers son père de cette manière.

ð Notre exemple parle plus fort que nos paroles, dit-on souvent — à raison. Un manque de droiture peut avoir des conséquences dramatiques dans l’avenir. Aussi exerçons-nous à être « irréprochables » (1 Tim 3.1).

Mais, une fois au bout de ses possibilités humaines, David se tourne rapidement vers Dieu. Quand ses soldats parlent de le lapider, il se fortifie instantanément en son Dieu (1 Sam 30.6).

ð Un leader peut chuter, mais il sait se relever (Pr 24.16), sans rester paralysé par le poids de son écart. Pierre en sait quelque chose : une fois revenu de son reniement, il pourra continuer à être utile en affermissant ses frères (Luc 22.32).

B. APRÈS SON ACCESSION AU TRÔNE

Son intelligence des situations

Vis-à-vis des anciens de Juda : David, victorieux des Amalécites, envoie immédiatement un cadeau à ceux qui l’avaient soutenu dans son errance (1 Sam 30.26). Il sait être reconnaissant.

Vis-à-vis des gens de Jabès : ces courageux transjordaniens vont chercher les corps de Saül et de ses fils. David, dès qu’il l’apprend, les en félicite (2 Sam 2.5), sans montrer d’esprit de revanche par rapport à ceux qu’il aurait pu considérer comme des soutiens pour la dynastie ennemie. Au contraire, il prépare l’avenir.

Lors de la mort d’Abner (2 Sam 3) : face au meurtre indigne du chef de l’armée adverse, David montre immédiatement son refus de telles pratiques et accorde des funérailles nationales à Abner. Là encore, il se montre « au-dessus des partis ».

– David, après avoir attendu la mort de Saül, puis sept autres années, est enfin roi sur Israël. Les anciens d’Israël savaient pertinemment que David était le choix de Dieu (2 Sam 5.2) et ils auraient pu reconnaître David plus vite, mais ce dernier a su attendre son temps.

ð Comme David, un leader se doit d’agir avec droiture et ouverture, même vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas toutes ces vues. Il doit avoir l’intelligence des situations pour désamorcer de possibles conflits par une attitude appropriée.

Ses qualités morales

– L’humilité : « David reconnut que l’Éternel l’affermissait comme roi d’Israël, et qu’il élevait son royaume à cause de son peuple d’Israël. » (2 Sam 5.12)

ð Si quelqu’un a une position d’autorité, c’est que Dieu la lui a donnée et non pas pour lui-même, mais pour le peuple de Dieu. Comment alors s’en enorgueillir (1 Cor 4.7) ?

– La souplesse : face à deux attaques identiques des Philistins (2 Sam 5.16-25), David ne se repose pas sur la première victoire, mais interroge Dieu pour remporter la seconde, par un moyen tout différent.

ð Une des qualités principales de l’ancien est de ne pas être « adonné à son sens », c’est-à-dire pas arrogant, pas borné, pas buté (Tite 1.7), mais ouvert à agir différemment, à se remettre en cause, si Dieu le montre.

– La générosité : l’attitude de David vis-à-vis de Méphibosheth est sans doute la meilleure illustration de la grâce dans l’A.T. (2 Sam 9). Au double titre de son ascendance et de son infirmité (2 Sam 5.8), le petit-fils de Saül n’avait rien à faire valoir. Mais David l’accueille magnifiquement.

ð Un vrai leader sait passer au-dessus de préventions personnelles et se montre généreux envers tous, quels qu’ils soient.

– La spontanéité : face à l’arche qui arrive enfin à Jérusalem, David ne peut contenir sa joie et danse sans retenue (2 Sam 6.14-16). Mical lui en fait le reproche, mais David n’en a cure : son Dieu d’abord !

ð Quand nous exprimons une louange spontanée dans l’église, nous dévoilons forcément l’intimité de notre vie spirituelle avec le Seigneur ; aussi encourageons-nous à le faire, pour la joie et le bien de tous.

Ses relations familiales

Ses femmes : nous avons déjà noté que David avait commencé à en avoir plusieurs (2 Sam 5.13). Une fois roi, il continue à en ajouter, femmes de premier rang et concubines, contrairement à l’avertissement divin (Deut 17.17). Salomon imitera son exemple, en pire.

Son mauvais exemple : inutile de revenir sur l’histoire de la femme d’Urie le Hétien (2 Sam 11), très connue. David, repris par Nathan, montre sa droiture par rapport à Dieu en reconnaissant rapidement sa faute (2 Sam 12.13).

ð Agissons-nous toujours ainsi ou bien préférons-nous nous chercher des excuses ? Mais son inconduite vis-à-vis de Bath-Schéba peut expliquer (sinon excuser) l’attitude désinvolte d’Ammon vis-à-vis de sa demi-sœur Tamar, qui le conduira à sa perte (2 Sam 13). Une faute ne disqualifie pas définitivement (David n’est pas mort et il est resté roi), mais des conséquences surviennent.

Son attitude par rapport aux fils de Tseruïa : Tseruïa était la sœur de David (1 Chr 2.15). David a toujours été faible et dépendant vis-à-vis du fier Joab et de ses frères (2 Sam 3.39). Il a manqué de courage pour prendre la mesure ferme qui s’imposait après le meurtre d’Abner.

ð N’ayons pas deux poids et deux mesures en favorisant les personnes de notre famille, par exemple pour leur éviter une discipline ecclésiastique nécessaire.

Ses fils : Absalom était beau, Adonija n’a jamais été contrarié (1 Rois 1.6) : David semble avoir été un père faible, avec des préférences coupables (2 Sam 19.4-5).

ð L’ancien, avant de conduire l’église locale, doit prouver qu’il sait « bien diriger sa propre maison » et tenir ses enfants soumis (1 Tim 3.4).

Au final, c’est un constat d’échec que David dresse sur son lit de mort (2 Sam 23.5). Qu’il serait triste que nous ayons eu un rôle éminent dans l’église mais que notre vie de famille ait été un naufrage ! L’exemple de David nous avertit clairement.

Sa gestion des conflits

L’évitement : au lieu de traiter Amnon comme il aurait dû l’être après sa conduite infâme, David est irrité… mais n’agit pas (2 Sam 13.21). La suite montrera une escalade dans les problèmes.

Les demi-mesures : après le meurtre d’Amnon, Absalom s’enfuit, puis revient à Jérusalem, sous l’instigation du perspicace Joab. Mais au lieu de régler le sujet, David se contente de demi-mesures (2 Sam 14.24), ce qui va frustrer Absalom et faire le lit de sa révolte future.

Les factions en germe : le schisme qui allait se concrétiser sous Roboam est déjà en germe dans l’altercation entre les hommes de Juda et d’Israël (2 Sam 19.41-43). Mais David semble ne se rendre compte de rien et n’agit pas.

ð Sachons, comme leaders, traiter un problème à sa source, ne pas prendre des demi-mesures mais aller jusqu’au bout et détecter le plus tôt possible les racines d’une possible division, avant que la situation ne s’envenime.

Son administration au quotidien

Des décisions prises sous influence ? Il est étonnant de lire que « les conseils donnés en ce temps-là par Achitophel avaient autant d’autorité que si l’on avait consulté Dieu lui-même » (2 Sam 16.23).

ð Les conseillers sont utiles, mais le leader est avant tout responsable devant Dieu et aucun conseil, si bon soit-il, n’est à mettre au niveau de la Parole.

Des négligences ? David semble avoir été meilleur guerrier qu’administrateur. La révolte d’Absalom a été favorisée apparemment par un manque de rapidité dans la justice (2 Sam 19.29).

ð Un leader n’a pas forcément toutes les qualités ; aussi le modèle du N.T. est-il celui d’une collégialité dans la direction de l’église locale (Phil 1.1).

Des injustices ? David n’a pas compris pourquoi Méphibosheth ne l’a pas accompagné en exil. Une fois détrompé, il propose de partager les biens de l’infirme avec Tsiba (2 Sam 19.29-30). Surprise : ce dernier a calomnié son maître et ne méritait pas un tel dédommagement !

ð Faisons attention à ne pas trancher trop rapidement, au risque d’injustices. Quant à l’attitude de Méphiboscheth, elle est admirable : si nous pouvions toujours adopter la même sur les questions d’argent…

Bien finir

– Les Philistins attaquent, mais David court le risque de livrer le combat de trop (2 Sam 21.16-17). Ses fidèles lui disent qu’il est temps maintenant pour lui de se retirer et David a la sagesse de le comprendre et de le faire. Il utilisera les derniers moments de sa vie pour laisser à Salomon un royaume en ordre.

ð Heureux les leaders qui, comme David, ont des amis qui savent donner un tel sage conseil ! Sachons écouter et nous retirer.

– 2 Samuel 23 liste les hommes forts de David. Face à Goliath, Saül n’avait personne pour combattre (1 Sam 17.10). David a su former des combattants.

ð Un vrai leader sait former la génération suivante, pour se retirer, confiant que la suite est assurée.

 

Conclusion

David a laissé une trace durable. Relevons trois aspects :

Il a « en son temps servi au plan de Dieu » : 1 000 ans plus tard, Paul rendra à David ce beau témoignage.

ð Dans une mesure bien sûr ô combien moindre que celle de David, qu’il puisse être dit de chacun de nous que nous avons été utiles au plan de Dieu dans notre génération.

Il a préparé la suite : 1 Chr 29 indique tout ce que David a accumulé pour le futur temple que Salomon allait bâtir.

ð Un vrai leader se montre peut-être avant tout dans la façon dont il prépare sa succession.

Il a entrainé les autres à louer Dieu : Le « chantre agréable d’Israël », le « doux psalmiste », a laissé 75 psaumes inspirés. Depuis 3 000 ans, ils sont une source inépuisable de louanges pour le peuple de Dieu.

ð Puissions-nous aussi laisser le souvenir d’hommes et de femmes qui ont loué Dieu et qui ont encouragé les autres à le faire à leur suite.

Promesses  No 177 -  2011 / 3 ( juillet – septembre )

Dossier : L’Église néo-testamentaire

 

Voir cependant 2 Sam 11.27b : mais même sans ce commentaire, on se serait un peu douté que la conduite de David était répréhensible !46637_149113835110651_100000361052565_340513_7367087_n.jpg

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PRIER A LA SUITE DE JESUS

31 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

PRIER À LA SUITE DE JÉSUS

Jean-Luc DANDRIEU

Jean-Luc Dandrieu est depuis peu à la retraite, après une carrière de dentiste. Il a élevé six enfants avec sa femme Geneviève et tous deux sont très actifs dans leur église locale, dans leur voisinage et auprès des jeunes et des familles. Jean-Luc s’implique aussi dans l’enseignement biblique, en particulier en Afrique.

L’Évangile selon Luc nous présente tout particulièrement le Seigneur Jésus comme un homme, l’homme parfait. Il est le « fils de l’homme ». Il est né et a grandi au milieu des hommes, a travaillé et a souffert comme un homme. Dans son humanité, il a vécu une vie de dépendance et de prière, en contact permanent avec son Père. Tout le long de cet Évangile, il prie. Nous allons passer en revue ses prières et tenter d’en retirer des applications pour nous.

• Luc 3.21-22 : « Jésus aussi étant baptisé et priant, le ciel s’ouvrit. »

C’est le début de son service, de sa mission. Il vient au baptême de Jean avec ceux qui se repentent, se courbent devant Dieu, reconnaissent leurs péchés — ce que les pharisiens et les docteurs de la loi refusaient de faire (Luc 7.29-30). Seul Luc précise qu’il prie à ce moment-là. Le Saint Esprit vient sur lui. Il entend la voix du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir. » C’est une manifestation spéciale de l’amour du Père pour son Fils.

Le Seigneur a une relation unique avec son Père. Pour nous, la prière exprime notre relation d’enfant de Dieu. C’est le premier cri d’un « nouveau-né » dans la foi, le premier signe de la vie divine. Au moment où je crois, je reçois le Saint Esprit (Éph 1.13) et j’ai une relation vivante avec mon Père (Rom 8.16). C’est l’émerveillement : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ! » (1 Jean 3.1)

• Luc 5.12-16 : « Jésus se tenait à l’écart dans les déserts et priait. »

Il enseigne et guérit des foules autour de lui. « Sa renommée se répandait de plus en plus. » Il accomplit son service et il a du succès. Que fait-il ? Il pourrait s’organiser pour être plus efficace, pour faire face à la demande. Non, il se retire « à l’écart » pour prier, cultiver sa relation avec son Père. Il n’est pas venu comme fondateur d’une nouvelle religion, ou pour être célèbre. Il montre ainsi que l’essentiel n’est pas ce que l’on fait, mais ce que l’on est : un enfant attaché à son Père.

Sur quoi vais-je asseoir ma vie, mon service ? Quand tout semble urgent, je dois m’arrêter, passer du temps avec mon Père, approfondir ma relation avec lui, pour avoir le discernement de ce qui est important et urgent.

• Luc 6.12-13 : « Il alla sur la montagne pour prier. Et il passa toute la nuit à prier Dieu. Quand il fit jour, il appela à lui ses disciples. Il en choisit douze. »

Avant un choix, une grande décision, il passe la nuit à prier, sans dormir ! Pourtant il connaît toutes choses, il sait même que Juda le trahira (Luc 6.16). C’est une leçon de dépendance, de vie dans la proximité de Dieu.

Souvent, je fais mes choix seul, puis je demande au Seigneur de les bénir. Il vaudrait mieux, avant de prendre mes décisions, passer du temps avec lui dans la prière pour connaître sa volonté.

• Luc 9. 10-17 : « Il prit les cinq pains et les deux poissons et, regardant vers le ciel, il bénit et les rompit. »

Il accueille une foule immense, en guérit les malades et la nourrit. Il reçoit comme de la part de Dieu les cinq pains et les deux poissons et remercie. Il introduit dans le  dénuement des gens les ressources du ciel : « Ils mangèrent et furent tous rassasiés. ».

Rendre grâce à Dieu pour chaque circonstance, recevoir avec gratitude « notre pain quotidien » n’est pas une simple forme. C’est reconnaître la bonté de notre Père et lui ouvrir la porte de notre quotidien. Paul savait le faire, même dans des moments très difficiles et ce fut une source de bénédiction pour ses compagnons de souffrance (Act 27.33-36).

• Luc 9.18-22 : « Comme il était en prière à l’écart, avec ses disciples, il leur posa cette question : Qui suis-je aux dires des hommes ? Ils répondirent : Jean-Baptiste ; les autres, Elie ; les autres, qu’un des anciens prophètes est ressuscité. Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre répondit : Le Christ de Dieu. »

Jésus veut enseigner à ses disciples une vérité importante. Quel est le cœur du dialogue qu’il initie ? Sont-ce les opinions des hommes à son sujet ?  Ou la réponse de Pierre : « Tu es le Christ de Dieu » ? Non, en réalité, c’est l’enseignement qu’il leur communique, et qu’ils ne comprennent pas : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup […] qu’il soit mis à mort et qu’il soit ressuscité le troisième jour. » Ils ne sont pas prêts à entendre le vrai motif de sa venue : le Christ (le Messie) va mourir et ressusciter le troisième jour ! D’ailleurs il continuera de les enseigner, encore et chaque jour. Mais avant de communiquer une grande vérité, Jésus prie.

Je désire parler à mon voisin du salut en Jésus Christ. C’est une mission difficile ; que faire d’abord ? Prier ! Je ne suis pas seul, je demande la direction de l’Esprit de Dieu. Seul Dieu produira la vie, par sa Parole et son Esprit. Je ne suis qu’un canal qui doit rester branché à la source. Comment l’être si je ne prie pas ?  Paul, ne se contente pas d’exposer la vérité, à l’exemple de son maître il prie (Éph 1.15-23 ; 3.14-21 ; Col 1.9).

• Luc 9.28-31 : « Il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier. Comme il priait, l’apparence de son visage devint tout autre. »

Pendant qu’il prie, il est transfiguré. Seul Luc le précise. Pierre, Jacques et Jean sont les témoins de sa gloire divine. Ils en ont été marqués définitivement. « En effet, ce n'est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais parce que nous avons été témoins oculaires de sa majesté. » (2 Pi 1.16-18)

Autrefois, le visage de Moïse rayonnait après avoir parlé avec Dieu (Ex 34.35). Que se passe-t-il quand nous vivons dans la proximité de Dieu ? « Nous tous contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire. » (2 Cor 3.18) Une transformation ! « Nous tous » : ce n’est pas réservé à une élite (comme Moïse et Élie) La communion avec Dieu transforme l’être intérieur, lui apportant paix, joie, douceur : quelque chose de Christ devient visible. C’est un reflet de sa présence. Le but de Dieu, c’est « Christ formé en vous » (Gal 4.19), « Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Col 1.27).

• Luc 10.21 : « Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c'est ce que tu as trouvé bon devant toi. »

C’est le retour joyeux des soixante-dix, retour d’une mission bien réussie. Jésus leur montre que l’important n’est pas dans le succès, mais ailleurs : « Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » Lui se réjouit, exprime sa reconnaissance, car Dieu se révèle aux petits, et non à ceux qui ont la prétention du savoir.

Mais le texte parallèle en Mat 11.25 donne un autre éclairage : les villes de Galilée l’ont rejeté par incrédulité. C’est un échec apparent. Et Jésus exprime la même reconnaissance avec les mêmes paroles. Sa joie ne dépend pas des circonstances. Elle est liée à sa relation avec son Père.

Ai-je l’œil exercé pour voir ce que Dieu fait, en toutes circonstances (succès ou échecs) et dans la vie de mes frères et sœurs ? Quelle est la place de la louange et de la reconnaissance dans ma vie ? Être reconnaissant, c’est accepter ses plans, voir son œuvre, l’admirer. « En toutes choses rendez grâces, car telle est la volonté de Dieu dans le Christ Jésus à votre égard. » (1 Thes 5.16)

• Luc 11.1-13 : « Comme Jésus était en prière […] un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-nous à prier […] — Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié… » Puis Jésus leur raconte l’histoire de l’ami qui vient chercher trois pains à minuit…

Son enseignement sur la prière commence par l’exemple. Puis il leur enseigne le « Notre Père ». Ce n’est pas une prière à réciter sans y penser.

D’abord, quand je prie, je m’adresse à un Dieu vivant, à mon Père, qui m’écoute, m’aime et veut répondre. Est-ce que je mets en place les bonnes priorités : en premier, Dieu et sa gloire, en second mes besoins matériels et spirituels ?

L’exemple de l’ami insiste sur la confiance et la liberté. N’ayons pas peur de déranger, de demander, d’insister : Dieu est le Dieu de toute grâce.

L’enseignement est clair : « Et moi, je vous dis : Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et il vous sera ouvert. » (Luc 11.9)

« Vous n’avez pas parce que vous ne demandez pas. » (Jac 4.2) Demande et fais confiance à la sagesse de ton Père qui te donnera ce qu’il te faut et au bon moment !

• Luc 22.31-32 : « Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras revenu, fortifie tes frères. »

L’intercession du Seigneur a été comme une bouée pour que Pierre ne sombre pas. Il renie le Seigneur, qui meurt. Il n’a pas pu se réconcilier avec lui. Mais il sait que Jésus a prié pour lui. Il lui a dit aussi : « Quand tu seras revenu... » Il y a un espoir, un retour possible.

Chacun a ses difficultés, ses tentations. Aujourd’hui encore, le Seigneur est l’intercesseur de chacun de nous « pour avoir du secours au moment opportun » (Héb 4.16 ; Jean 17.20 ; Rom 8.34 ; 1 Jean 2.1). Paul écrivait : « Frères, priez pour moi… » Prions-nous l’un pour l’autre ? La prière d’intercession rapproche l’un de l’autre. Nous avons besoin des soins réciproques qui rendent concret l’amour de Dieu pour nous.

Un frère de Colombie a raconté : « Un matin, de bonne heure, j’étais en route vers un orphelinat chrétien. Une moto m’a dépassé et son passager a jeté un œuf contre le pare-brise de ma voiture pour m’aveugler. J’ai freiné, et j’ai vu très distinctement le canon d’un révolver braqué sur moi. Mais le coup n’est pas parti. En arrivant à destination, j’ai été accueilli par le frère directeur de l’orphelinat, sur le pas de sa porte. ‘Est-ce que tout va bien ? Ce matin, à sept heures, j’ai été réveillé brusquement, avec le sentiment très fort que vous étiez en danger et que je devais prier pour vous.’ Quand je lui ai raconté l’agression, nous avons pu louer et remercier notre Père ensemble. » Ce frère a conclu : « Si vous pensez très fort à quelqu’un, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, priez pour lui aussitôt. » Peut-être pourrions-nous parfois mettre en pratique ce conseil.

• Luc 22.39-46 : « Et lui s'éloigna d'eux environ d'un jet de pierre, et s'étant mis à genoux, il priait, disant : Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite. »

Gethsémané ! Lui est à genoux, la face contre terre, dans une supplication intense, un combat terrible devant l’horreur des moments à venir, comme celui de l’abandon de Dieu à cause de notre péché ! « Si tu voulais… » : pas d’exigence. « Pas ma volonté, mais la tienne » : dépendance et soumission.

Est-ce que je désire toujours faire la volonté de Dieu ? Je sais que je ne serai jamais abandonné, mais les dangers existent. La prière est la ressource. « Il leur dit : Priez afin que vous n’entriez pas en tentation. » (Luc 22.46)

• Luc 23.33-34 : « Père, pardonne-leur… »

De qui Jésus est-il occupé à cette heure terrible, de lui ou des autres ? Son souci, c’est le pardon de ses tortionnaires, le salut de ses ennemis : « Il a intercédé pour les coupables. » (És 53.12)

Toute sa vie il a donné l’exemple de l’abnégation, du dévouement parfait.

La nuit avant la croix,  il dit à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas troublé. » (Jean 14.1) Pourtant à ce moment là, il est lui-même troublé dans son âme et son esprit (Jean 12.27 ; 13.21). Il s’oublie lui même pour s’occuper des siens.

« Christ […] a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces. » (1 Pi 2.21) Je ne pourrai lui ressembler qu’en recherchant le bien des autres.

• Luc 23.46 : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »

Son dernier souffle est une prière.

À la fin de la vie de quelqu’un, ce qui a fait la trame de sa vie ressort souvent (plainte, colère, gourmandise, etc., — ou bonté, joie, confiance…). Le cœur de la vie du Seigneur Jésus, c’est la prière, expression de sa confiance en son Père. Quel exemple merveilleux !

Un frère africain, aveugle, très âgé, qui avait évangélisé dans les rues de son village en chantant chaque matin, avait l’habitude de dire, avant toute salutation, à tous ceux qu’il rencontrait : « D’abord, cale tes mains. » Et les deux mains jointes, il priait.

***

Rien n’a jamais troublé la relation du Seigneur Jésus avec son Père. Comme lui, approchons-nous de notre Père, avec nos joies et nos peines, nos questions et nos émerveillements, pour le rencontrer, l’écouter aussi, tout partager… Il y a des obstacles : le téléphone, les soucis, les occupations, le manque de temps… Qu’il nous aide à suivre ses traces.

Promesses  No 176 -  2011 / 2 (avril - juin)

 Dossier : Avec Dieu, chaque jour

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LA MEDITATION PERSONNELLE

31 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

La méditation personnelle

 Frédéric WALRAVEN

Frédéric Walraven a été missionnaire au Cameroun pendant de nombreuses années. Il est retourné récemment aux Pays-Bas, son pays d’origine, où il continue à servir le Seigneur dans l’enseignement et l’encouragement des chrétiens. Il est marié et père de trois enfants.

Partout, dans la Bible, le croyant est invité à s’approcher de Dieu. Méditer la Parole de Dieu, chanter, prier ou jeûner, sont toutes des expressions d’une consécration à Dieu. Concentrons-nous sur la méditation personnelle.

Un temps de méditation quotidienne avec le Seigneur est une expérience indispensable pour grandir dans la connaissance de Dieu et dans la foi personnelle. Ces moments sont importants pour la vie spirituelle. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Matt 4.4)

Pourquoi est-il utile d’avoir un temps de méditation ?

La Parole nous donne plusieurs raisons :

1. Pour mieux connaître quelqu’un, il faut passer du temps avec lui.

Nous avons besoin de la communion avec Dieu pour mieux le connaître et pour mieux l’adorer. La vie éternelle se trouve dans une relation vivante avec Dieu et son Fils Jésus Christ : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus–Christ. » (Jean 17.3)

2. C’est un moment pour se rappeler de ce que Dieu fait dans notre vie.

« Mon âme, bénis l’Éternel, et n’oublie aucun de ses bienfaits ! » (Ps 103.2) Nous risquons facilement d’oublier les bienfaits de Dieu. Le temps de méditation nous invite à réfléchir sur la fidélité et la bonté de Dieu.

3. La méditation est indispensable pour la croissance spirituelle.

L’apôtre Pierre dit que les croyants doivent désirer la nourriture spirituelle comme un bébé désire le lait maternel. (1 Pi 2.2) Le bébé dans la foi a besoin du lait. Le croyant mature a besoin de la nourriture solide : « La nourriture solide est pour les hommes faits, qui, par le fait de l'habitude, ont les sens exercés à discerner le bien et le mal. » (Héb 5.14) La méditation de la Parole nous apprend à discerner la volonté de Dieu pour notre vie.

4. La méditation de la Parole nous garde sur le bon chemin.

De notre temps avec le Seigneur nous recevons direction pour notre marche. « Éternel ! fais-moi connaître tes voies, enseigne-moi tes sentiers. Conduis-moi dans ta vérité, et instruis-moi. » (Ps 25.4-5) « Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? En se dirigeant d’après ta parole. Je te cherche de tout mon cœur : ne me laisse pas m’égarer loin de tes commandements ! Je serre ta parole dans mon cœur, afin de ne pas pécher contre toi. » (Ps 119.9-11)

Parfois, en plus d’une direction nous recevons une correction : « Heureux l’homme que tu châties, ô Éternel ! et que tu instruis par ta loi. » (Ps 94.12)

5. La Parole est aussi une source de consolation.

Les Thessaloniciens étaient dans l’inquiétude quant à leurs frères décédés. Paul les console par des éclaircissements sur ce sujet (1 Thes 4.17-18).

6. Ce temps quotidien avec le Seigneur nous rafraîchit comme le bain de chaque jour.

Il nous lave et nous garde en santé spirituelle : c’est la purification par le lavage d'eau de la Parole (Éph 5.25-26). Par cette Parole, qui est la vérité, nous sommes sanctifiés jour après jour (Jean 17.17).

Comment pouvons-nous VIVRE ce temps avec le Seigneur ?

a. Commençons par adopter la bonne attitude

1. Attendons quelque chose de lui 

Il est nécessaire d’avoir un esprit d’attente afin de recevoir quelque chose de Dieu. Si nous n’attendons rien, nous ne recevrons probablement rien.

– David avait cette attente : « Ô Dieu ! tu es mon Dieu, je te cherche ; mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, dans une terre aride, desséchée, sans eau. Ainsi je te contemple dans le sanctuaire, pour voir ta puissance et ta gloire. » (Ps 63.1-2)

– Moïse aussi : « Rassasie–nous chaque matin de ta bonté, et nous serons toute notre vie dans la joie et l’allégresse. » (Ps 90.14)

2. Venons avec sincérité et respect

Notre Seigneur est celui dont les séraphins disent : « Saint, saint, saint est l’Éternel des armées ! toute la terre est pleine de sa gloire ! » (És 6.1-3). Aussi « montrons notre reconnaissance en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte. » (Héb 12.28) Nous prions alors : « Dispose mon cœur à la crainte de ton nom. » (Ps 86.11)

3. Soyons réveillé

C’est déjà à prendre au sens littéral ! Être réveillé veut dire adopter une bonne hygiène de vie. Pour être clair le matin, il faut se coucher à l’heure la veille au soir… En nous réveillant, lavons-nous le visage ; faisons quelques exercices corporels. Lisons et prions à haute voix. Prenons des notes lors de notre lecture. Disciplinons-nous !

David avait cette discipline : « Éternel ! le matin tu entends ma voix ; le matin je me tourne vers toi, et je regarde. » (Ps 5.3) « Mon cœur est affermi, ô Dieu ! mon cœur est affermi ; je chanterai, je ferai retentir mes instruments. Réveille-toi, mon âme ! réveillez-vous, mon luth et ma harpe ! Je réveillerai l’aurore. » (Ps 57.7-8)

4. Obéissons à la Parole

Prenons garde à ne pas être des hommes insensés qui construisent leur maison sur le sable en entendant les paroles de Dieu sans les mettre en pratique (Matt 7.26). Job disait : « Je n’ai pas abandonné les commandements de ses lèvres ; j’ai fait plier ma volonté aux paroles de sa bouche. » (Job 23.12)

La Parole de Dieu doit être mise en pratique. Partout dans la Parole, nous voyons que le Seigneur préfère la réalité intérieure plutôt que la forme  extérieure (1 Sam 15.22). Nous devons faire attention à ne pas tomber dans le formalisme. Faire de son temps de méditation un devoir n’est pas selon les pensées de Dieu. Notre cœur doit être là et dirigé vers Dieu. Le Seigneur Jésus disait : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé. » (Jean 4.34)

b. Choisissons un temps spécifique

Jésus sortait quand il faisait encore nuit (Marc 1.35). Choisissons le meilleur moment du jour.

La Bible donne des exemples des hommes de Dieu qui avaient plusieurs moments par jour avec le Seigneur :

– David : « Le soir, le matin, et à midi, je soupire et je gémis, et il entendra ma voix. » (Ps 55.17)

– Daniel : « Trois fois par jour il se mettait à genoux, il priait, et il louait son Dieu, comme il le faisait auparavant. » (Dan 6.10)

Combien de temps faut-il passer avec le Seigneur ? C’est difficile de répondre à cette question… 15 minutes par jour correspondent à 1 % du temps entier d’une journée. Est-ce un sacrifice trop grand à offrir à notre Sauveur ?

Ne regardons pas notre montre pendant que nous lisons et prions. Mettons plutôt l’accent sur la qualité et non sur la quantité des minutes.

Courrons-nous après le temps ? C’est avant tout une question de priorité. Nous avons tous 168 heures par semaine ! Il faut créer du temps pour les choses importantes. Si nous n’avons pas de temps pour Dieu, c’est que nous sommes trop occupés.

c. Choisissons un endroit spécifique

C’était le cas :

– d’Abraham : «  Il se leva de bon matin, pour aller au lieu où il s’était tenu en présence de l’Éternel. » (Gn 19.27)

– de Jésus : « Après être sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers. Ses disciples le suivirent. » (Luc 22.39)

Ce doit être un endroit où nous pouvons être seul, sans être dérangé par les enfants, de la musique, etc. Un endroit où nous pouvons prier à haute voix sans déranger les autres ; où nous avons une bonne lumière et un siège agréable. Ce doit être une place spéciale et consacrée à ce but.

d. Suivons un plan simple

Il est utile d’avoir un plan pour le temps de méditation, mais faisons attention à ne pas devenir esclave de notre plan. Soyons créatifs ! Pour ne pas tomber dans une routine ennuyeuse, changeons les manières de faire.

En dehors de notre Bible, munissons-nous aussi d’un cahier et d’un stylo pour prendre des notes, ainsi que d’un recueil de chants. Enlevons toute source de distraction. Notons les pensées errantes sur un bout de papier afin de les considérer plus tard.

Incluons les points suivants :

– 1. Repos

Attendons d’abord une minute et restons tranquille pour nous confier à Dieu : « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu. » (Ps 46.10) « C’est dans la tranquillité et le repos que sera votre salut, c’est dans le calme et la confiance que sera votre force. » (És 30.15)

– 2. Requête

Ce n’est pas un temps d’intercession mais de préparation. Voici quelques prières qui peuvent servir d’exemple :

– « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées !  Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! » (Ps 139.23-24)

– « Ouvre mes yeux, pour que je contemple les merveilles de ta loi ! » (Ps 119.18)

– 3. Lecture de la Parole

Lisons un passage dans la Bible lentement, sans nous arrêter. Lisons le passage plusieurs fois. Lisons le passage à haute voix. Lisons selon un plan systématique (livre par livre).

– 4. Méditation

Réfléchissons sur le texte que nous avons lu. Posons-nous des questions comme : Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ?

– 5. Mémorisation

Apprenons par cœur un verset qui nous a parlé particulièrement.

– 6. Notes

Écrivons ce que Dieu nous a montré : une promesse, un péché à confesser, une faiblesse à surmonter, quelque chose que nous devrions faire, un trait de caractère à désirer.

– 7. Chants

Prenons du temps pour chanter quelques cantiques avec l’esprit et avec l’intelligence (1 Cor 14.15).

« Que mon cœur te chante et ne soit pas muet. Éternel, mon Dieu ! je te louerai toujours. » (Ps 30.12)

– 8. Prière

Ce temps de prière comprend plusieurs aspects :

– Louange et adoration (voir par exemple Ps 50.23 ; 1 Chr 29.10-13) : Trouvons chaque jour au moins cinq sujets pour lesquels nous pouvons remercier le Seigneur !

– Confession : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde. » (Prov 28.13)

– Pétition et intercession : Faisons des prières pour nous-mêmes et pour d’autres. « Loin de moi aussi de pécher contre l’Éternel, de cesser de prier pour vous ! » (1 Sam 12.23) « Je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières. » (Éph 1.16) Soyons spécifique. Faisons une liste avec des sujets pour mieux formuler les besoins. Notons aussi dans le cahier quand la prière a été exaucée. Prions pour notre famille, l'église, les voisins, les collègues de travail, les gens que nous croisons en route, notre pays et les autorités. En plus, prions pour l’œuvre missionnaire, la propagation de l’Évangile, les occasions de témoigner (1 Tim 2.1-3).

– Consécration : Consacrons-nous à Dieu pour la journée qui se présente devant nous. « Mais en toi je me confie, ô Éternel ! Je dis : Tu es mon Dieu ! Mes destinées sont dans ta main. » (Ps 31.14,15) « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. » (Rom 12.1) « Me voici, Seigneur ! » (Act 9.10) « Que dois-je faire, Seigneur ? » (Act 22.10)

Conclusion

Souvent les gens ont de la bonne volonté, mais ils ne sont pas capables de mettre à part un moment quotidien avec le Seigneur. Commençons aujourd’hui et non demain. Faisons une alliance avec Dieu : Seigneur, je consacre chaque jour un temps de qualité avec toi. Je me confie en toi pour que tu me donnes la force pour sa réalisation.

Promesses  No 176 -  2011 / 2 (avril – juin)

 Dossier : Avec Dieu, chaque jour

 

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UNE FAMILLE EN BONNE SANTE

31 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

Une famille en bonne santé
Une étude de la Deuxième Lettre de Jean

Philip NUNN

Philip Nunn a travaillé de 1992 à 2007 en Colombie comme missionnaire. À ce titre, il a été très impliqué dans le travail d’évangélisation, d’enseignement de jeunes croyants et a participé à l’implantation de plusieurs nouvelles assemblées chrétiennes. Toujours en contact avec la Colombie, il vit aux Pays-Bas, à Eindhoven, où il est s’est établi.

La Deuxième Lettre de Jean est la seule lettre apostolique adressée à une femme, « À la dame choisie, et à ses enfants » (v.1). Certains commentateurs suggèrent que Jean utilise un langage symbolique ; ainsi cette « dame et ses enfants » seraient une référence à une église locale, et lorsqu’il termine en disant : « les enfants de ta sœur élue te saluent », il se référerait à une autre église locale. Les instructions utiles et pratiques contenues dans cette lettre sont applicables à l’individu comme à l’église locale, mais il n’y a aucune raison de penser que cette lettre ne devrait pas être comprise comme des mots d’encouragement et d’avertissement à une famille, peut-être même à une famille monoparentale.

Trois mots sont répétés à 4 ou 5 reprises dans les 6 premiers versets de cette lettre ; ces mots sont « amour », « vérité » et « commandements ». On utilise les répétitions pour faire ressortir des idées importantes. Pour l’apôtre Jean, la vérité était importante, tout autant que l’amour. Un christianisme authentique a besoin des deux. Mais à quelle vérité l’apôtre pensait-il ? Dans son Évangile, Jean cite les paroles de notre Seigneur : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean 14.6) La vérité fait référence ici à une personne : Jésus. Mais Jean cite une autre parole de Jésus : « Sanctifie-les par la vérité ; ta Parole est la vérité. » (Jean 17.17). Ici la vérité fait référence à ce que Dieu dit. Peut-être Jean avait-il ces deux significations à l’esprit lorsqu’il écrivait : « la vérité qui demeure en nous et qui sera avec nous pour l’éternité » (v. 2).

1. Une famille en bonne santé connaît la vérité divine (v. 1-3)

Quel lien y a-t-il entre cette « dame élue et ses enfants » et la « vérité » ? Nous remarquons que l’apôtre Jean, cette famille et beaucoup d’autres avaient connaissance de la vérité (v. 1). Dans un monde où tout semble relatif, où la tolérance encourage chacun à se satisfaire de « sa propre vérité », il est bon qu’on nous rappelle que le Seigneur Jésus et la Parole de Dieu sont une vérité objective ; ils restent ce qu’ils sont, quelles que soient nos pensées et nos interprétations. Il est possible de connaître la vérité. Des familles en bonne santé encouragent ouvertement à mieux connaître Dieu et sa Parole. Il est bon et utile de lire les Écritures et de prier en famille, ensemble, en se mettant au niveau des enfants, et de manière qu’ils puissent comprendre. Nous remercions le Seigneur pour la consécration et la piété dont font preuve les moniteurs d’écoles du dimanche et les éducateurs chrétiens. Il est bon de bénéficier de leurs services, mais nous ne pouvons pas déléguer notre responsabilité de parents ; c’est à nous de guider notre famille dans la connaissance de la vérité de Dieu.

En tant que parents, il nous faut être créatifs pour trouver des moyens de mettre nos familles en contact avec la vérité de Dieu, de les encourager à participer à la vie de l’église locale, aux camps de jeunes chrétiens, aux conférences et séminaires bibliques, de partager avec eux musique, films et livres s’inspirant des Écritures. N’oublions pas que le courant de ce monde est fort, et qu’il n’est pas favorable aux familles chrétiennes ! Remarquons que, pour Jean, la connaissance de la vérité n’est pas quelque chose de sec et d’académique : elle conduit à l’amour (v. 1). La grâce, la compassion et la paix doivent être vécues dans le contexte de la vérité et de l’amour (v. 3). Lorsque nous apprenons à mieux connaître notre Seigneur Jésus, lorsque nous croissons dans notre compréhension de la Parole de Dieu, notre manière de voir les autres et de les traiter changera. La connaissance de la vérité ne conduit pas seulement à aimer, mais à pratiquer la grâce et la compassion, qui à leur tour contribuent à la paix. Une réelle connaissance de la vérité divine transforme nos relations.

2. Une famille en bonne santé vit la vérité divine (v. 4-6)

L’apôtre Jean était un vieillard quand il écrivit sa lettre. Il avait vécu les premières décennies de l’église chrétienne. Il avait été témoin de son expansion heureuse et passionnante, mais aussi de ses graves difficultés : tous ne suivaient pas le Seigneur d’un cœur sincère ; tous n’étaient pas prêts à payer le prix d’être des disciples authentiques ; tous ne vivaient pas la vérité qu’ils proclamaient croire. Au moment où Jean écrivait sa lettre, son expérience l’avait rendu réaliste. Qu’est-ce qui remplissait d’une « grande joie » le cœur de ce vieil homme ? La nouvelle que la fréquentation des réunions de l’église s’améliorait ? ou que les collectes pour les besoins en Judée produisaient davantage ? Non ! Jean dit ceci à la dame : « Je me suis beaucoup réjoui de trouver de tes enfants qui marchent dans la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père. » (v. 4) Qu’est-ce qui vous rend heureux en regardant vos enfants ou les jeunes de votre église locale ? Sont-ils en train d’apprendre à obéir à la Parole de Dieu, à « marcher dans la vérité » ?

Beaucoup considèrent que l’amour et l’obéissance sont à l’opposé l’un de l’autre. Certains associent les ordres et l’autorité avec du légalisme, et préfèrent un christianisme plus souple et joyeux, caractérisé par l’amour, la spontanéité et la liberté, un christianisme dans lequel nous pouvons « être nous-mêmes », sans limite. Mais il n’y a aucune trace d’une pareille tension ou dichotomie dans les écrits de l’apôtre Jean. La soumission à l’autorité de Dieu, l’obéissance aux commandements divins et l’amour se mêlent avec bonheur et tout naturellement. De même que des règles de circulation intelligentes permettent de se déplacer avec sécurité et liberté, les règles données par Dieu fournissent le cadre dans lequel joie, spontanéité et liberté s’exprimeront. Paradoxalement, c’est quand nous nous soumettons à Dieu que nous pouvons « être nous-mêmes ». Notre amour pour Dieu, nous ne l’exprimons pas seulement par la prière et le chant, mais par notre obéissance à sa Parole : « Et l'amour consiste à vivre selon ses commandements. »

C’est peut-être à cause des abus d’autorité du passé que l’esprit moderne a été formé à ne pas aimer l’autorité, à la remettre en question, à la combattre et, partout où cela est possible, à s’en affranchir : « Personne n’a le droit de te dire ce que tu dois croire ou penser ». Mais, à la conversion, nous nous sommes donnés librement au Seigneur Jésus : il nous a rachetés ; nous lui appartenons désormais ; nous sommes sous son autorité — et heureux d’y être. Une fois que nous avons compris ce que veut le Seigneur, le prochain pas devrait tout naturellement être l’obéissance. Et le Seigneur attend cette obéissance des jeunes comme des vieux.

3. Une famille en bonne santé protège la vérité divine (v. 7-13)

Dans la seconde moitié de sa lettre, l’apôtre Jean voit des problèmes à l’horizon ; il souhaite avertir la dame et ses enfants d’être prudents, de garder les yeux ouverts sur la réalité, de protéger leur foyer. Leur foi, comme la nôtre aujourd’hui, est exposée à de graves dangers.

(a) Nous risquons de perdre des choses : « Prenez garde à vous-mêmes, afin de ne pas perdre le fruit de notre travail, mais de recevoir une pleine récompense. » (v. 8) Nous ne pouvons faire des œuvres pour être sauvés, le salut est un don de Dieu ; nous ne pouvons pas non plus perdre notre salut : il reste un don de Dieu. Mais, en tant que chrétiens, nous risquons de perdre beaucoup de choses : à cause de la médisance ou de l’amertume, nous risquons de perdre la confiance et de bonnes relations ; par négligence, une église locale peut perdre une bonne connaissance de la Bible et sa mise en pratique ; par mondanité et paresse, nous risquons de perdre toute efficacité dans notre ministère ; par notre désobéissance, nous risquons de perdre quelques-unes des bénédictions et des récompenses éternelles que Dieu a l’intention de nous donner.

(b) Nous risquons de franchir des limites : « Quiconque va plus loin... » (v.9). Ce n’est pas un danger couru par les paresseux mais par ceux qui sont curieux, actifs, qui cherchent le progrès, la créativité. Si nous ne sommes pas attentifs, notre enthousiasme peut nous amener à franchir les limites de la vérité révélée ; ceux qui les transgressent avancent dans la mauvaise direction. C’est un faux progrès puisque qu’il dévie de la Parole de Dieu.

(c) Nous risquons d’encourager le mal : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine[1], ne le recevez pas dans votre maison et ne lui dites pas : Bienvenue ! Car celui qui lui souhaiterait la bienvenue se rendrait complice de ses œuvres mauvaises. » (v.10,11) L’apôtre Jean avertissait cette famille que le mal frapperait bientôt à leur porte. Ne laissez pas les portes ouvertes. Faites très attention. Apprenez à quel moment dire « non », poliment, mais fermement. Ne recevez que ce qui peut contribuer à la bonne santé spirituelle de votre famille. En accueillant ce qui est faux, nous favorisons la décadence. Qu’est-ce que nous accueillons dans nos foyers, et qui ? Sommes-nous conscients de la puissante influence que de mauvaises amitiés peuvent avoir sur notre vie spirituelle et sur celle de nos enfants ? Quels sont les programmes de TV, les vidéos, les musiques, les sites Internet, les jeux informatiques et les magazines que nous faisons entrer chez nous ? Y a-t-il quelque chose, une influence ou quelqu’un que vous ne devriez plus accueillir chez vous ? Y a-t-il quelque chose qui devrait être coupé, stoppé, rejeté ou ne plus être fait ? Si les foyers chrétiens veulent rayonner de la paix et de l’harmonie de Dieu, s’ils veulent continuer à rester en bonne santé, ils devront énergiquement protéger leurs portes.

Conclusion

Dieu aime les familles, il en prend soin. Si nous voulons que les familles chrétiennes soient des unités favorisant une croissance saine, elles doivent accueillir le Seigneur Jésus en leur sein et chercher, d’une manière créative, à encourager chacun de leurs membres à connaître la Parole de Dieu et à lui obéir. Y a-t-il quelque chose que vous pourriez entreprendre pour encourager votre famille à mieux connaître la vérité et à y marcher ? Sachant combien le courant de la société sans Dieu est puissant et va à l’opposé des saines valeurs chrétiennes, nous devrions être très prudents dans ce que nous laissons entrer chez nous. Parents et enfants, demandons au Seigneur la force d’être déterminés et fermes dans notre vie de famille, de sorte que le Seigneur Jésus se sente à l’aise dans nos loisirs et dans nos fêtes, comme dans notre vie quotidienne. Voilà ce qu’est une famille chrétienne en bonne santé !

Promesses  No 176 -  2011 / 2 (avril - juin)

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[1] La doctrine de Jésus-Christ, le Fils de Dieu venu en chair (cf. v. 7,9).

 

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JE N'AI PAS LE TEMPS

31 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

je n’ai pas le temps ! (1)

Joël PROHIN

 

Joël Prohin est marié et père de deux filles. Il travaille dans la finance, tout en s'impliquant activement dans son église locale, en région parisienne, et en collaborant à diverses revues ou commentaires bibliques.

 

Christiane a 38 ans ; elle est mariée et mère de trois enfants d’âge scolaire et elle travaille à 80 %. Christiane aime le Seigneur et désire s’impliquer dans son église : elle a accepté de faire l’école du dimanche une fois sur deux. Elle aime bien entourer les jeunes et les personnes âgées en les invitant le dimanche. Avec les activités des enfants, les courses, les soins de la maison, le mercredi et le samedi sont une course contre la montre à répétition. Et le dimanche est très rempli. Quant aux quatre autres jours « travaillés », ils passent comme un éclair ; du matin jusqu’au soir, Christiane court, court, court ! Et, latente, toujours cette culpabilité de ne pas consacrer assez de temps à la prière, à la lecture de la Parole, à ses enfants, à son mari, à ses amis, à ses voisins, à faire des visites, etc. Quelle lectrice (ou quel lecteur) ne se reconnaît pas dans ce portrait ? Nos vies sont trop souvent scandées par ce leitmotiv : « Je n’ai pas le temps, je n’ai jamais le temps ! »

Paradoxalement, les chrétiens sont en moyenne plus stressés par le temps que les autres : ils prennent leur travail au sérieux, ils ont à cœur de consacrer du temps à leur famille, ils ne négligent pas leur maison (Tite 2.5), ils donnent du temps à leur vie d’église, ils se soucient des besoins des autres, etc.

Des visions du temps

Le temps de l’homme

La Bible compare la vie de l’homme à une fleur, à une vapeur :

– « L’Éternel sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière. L’homme,... ses jours sont comme l’herbe ; il fleurit comme la fleur des champs ; car le vent passe dessus, et elle n’est plus, et son lieu ne la reconnaît plus. » (Ps 103.14-16)

– « Qu’est-ce que votre vie ? Elle n’est qu’une vapeur qui paraît pour un peu de temps et puis disparaît. » (Jac 4.14)

Ces comparaisons nous ramènent à notre finitude. Un des pré-requis pour bien gérer notre temps est de prendre conscience que nous ne sommes pas comme Dieu : chacun de nous dispose d’environ 35 000 quarts d’heure par an, pas plus !

Le temps de Dieu

Dieu, lui, « habite » l’éternité : « Toi, dans les commencements, Seigneur, tu as fondé la terre, et les cieux sont les œuvres de tes mains ; eux, ils périront, mais toi, tu demeures ; ils vieilliront tous comme un habit, tu les plieras comme un vêtement, et ils seront changés ; mais toi, tu es le Même, et tes années ne cesseront pas. » (Héb 1.10-12) Face à notre finitude, Dieu est le maître du temps :
– du temps en général, car il est celui pour qui « un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour » (2 Pi 3.8),    
– de mon temps en particulier : « Mes temps sont dans ta main. » (Ps 31.15, Darby)

Le temps d’une vision

Servir au dessein de Dieu en 2011 : « David, après avoir en sa propre génération, servi les desseins de Dieu, s’est endormi. » (Act 13.36) Tout comme la nôtre, la vie de David a été une « fleur », une « vapeur », mais elle a été utile pour Dieu dans son temps. Sa vie n’a pas été parfaite, mais il a néanmoins pu « servir » son Dieu.

Avoir un projet de vie : Pour éviter une vie de lutte frénétique contre le temps, il nous faut avoir une vision, un temps orienté, où, quoi que nous fassions, nous faisons « tout pour la gloire de Dieu » (1 Cor 10.31). Cette vision va nous aider à ne pas subir notre vie, mais à choisir notre gestion du temps en fonction de notre vocation profonde. Prenons le temps de réfléchir à ce que nous voulons faire de notre vie.

Refuser une vie gâchée : Jésus avertit : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. Que profitera-t-il, en effet, à un homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se détruit lui-même ? » (Luc 9.24-25) Dieu nous invite : « Choisis la vie ». Choisis de mettre Dieu en premier dans ta vie, choisis de mettre les autres en deuxième, choisis de te mettre en troisième place. Choisis l’être plutôt que l’avoir ; choisis la relation plutôt que le faire. Si nous manquons de temps, c’est souvent que nous nous trompons dans ces priorités.

TROIS TEMPS SELON LA BIBLE

Nous avons l’habitude de découper le temps en trois parties : le passé, le présent et le futur.

Contrairement à des philosophies antiques qui reprennent vigueur actuellement, le temps selon Dieu n’est pas circulaire, il est orienté : il a un début et une fin. Ses plans pour l’avenir de l’homme et la gloire de son Fils se déroulent dans un temps qui s’écoule. Ce qui est vrai à l’échelle « cosmique » du dessein de Dieu l’est également à la petite mesure de notre vie personnelle.

Le passé

Il peut être :

– Soit le temps des regrets : Jacob, à la fin de sa vie, déclare : « Les jours des années de ma vie ont été courts et mauvais. » (Gen 47.9). On pense aux jours qui ne reviendront plus, aux occasions ratées, aux chemins de traverse suivis trop longtemps, aux années perdues, « dévorées par la sauterelle » (Joël 2.25).

– Soit le temps du souvenir de la grâce de Dieu : « Tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel ton Dieu t’a fait marcher. » (Deut 8.2)

Le futur

Il peut être :

– Soit le temps de la présomption : « Ne te glorifie pas du jour de demain, car tu ne sais pas ce qu’un jour enfantera. » (Prov 27.1) Jacques avertit ceux qui préjugent du lendemain (Jac 4.13-15). Nous ne disposons pas du futur ; aussi la vieille expression : « Si Dieu le veut » garde-t-elle sa pertinence.

– Soit le temps de l’espérance : Elle se concentre en une personne, « Jésus-Christ notre espérance » (1 Tim 1.1). Son retour est notre attente ultime pour le futur.

Le présent

Il peut être :

– Soit le temps de l’incrédulité : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (És 22.13), telle est la devise de beaucoup.

– Soit le temps de Dieu : Plus que le passé ou même l’avenir, le présent est le temps privilégié pour l’action de Dieu.

Les mots du présent

Trois mots nous incitent à vivre le temps présent :

– « Aujourd’hui » : C’est le mot du salut : « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison. » (Luc 19.9 ; voir aussi Luc 23. 43). C’est le mot de l’avertissement dont nous avons tous besoin quand nous écoutons la Parole : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs. » (Héb 3.15). C’est aussi le mot de la ressource de Dieu : « Donne-nous aujourd’hui le pain qu’il nous faut. » (Matt 6.11)

– « Premièrement » : C’est le mot des priorités : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par dessus. » (Matt 6.33)

– « Maintenant » : C’est le mot de l’engagement : « Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » (Gal. 2. 20) et c’est le mot du service : « Voici, c’est maintenant le temps favorable. » (2 Cor. 6. 2). Pour le vivre, il nous faut vivre notre position en Christ : c’est pourquoi ce mot est souvent lié, dans le N.T., non pas tellement à un engagement à prendre qu’à notre position actuelle : au « autrefois », s’oppose le triomphant « maintenant » (voir Rom 3.21 ; 8.1).

Vivre au présent

Le diable cherche à nous renvoyer dans le passé des regrets inutiles ou dans le futur des vaines rêveries, pour nous détourner du présent, où Dieu veut agir, en nous d’abord, et par nous ensuite.

Paul a bien vécu ce présent de Dieu : « Je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. » (Phil 3.13b-14) De son passé chargé, il retirait non pas les regrets du blasphémateur et du persécuteur, mais le souvenir de la miséricorde de Dieu (1 Tim 1.13). Sa vie était orientée : il avait un but, fixé par la vision sur le chemin de Damas (1 Cor 9.26) et il vivait au présent (notez le temps des verbes de ces versets). À sa suite, vivons dans le présent, dans l’espérance du futur, en laissant de côté le passé — auquel, d’ailleurs, nous ne pouvons jamais rien changer !

DU TEMPS TYRAN AU TEMPS SERVITEUR

Quatre actions pour gérer notre temps

1. Prioriser

Un principe de base est : « On a toujours du temps pour ce qui est important. » Mais qu’est-ce qui est vraiment important pour nous ? Prenons plutôt la question à l’envers : examinons honnêtement à quoi nous passons réellement notre temps… et nous découvrirons ce qui est vraiment important pour nous !

En gestion du temps, on définit souvent quatre cadrans, selon le degré d’urgence et d’importance :

Le secteur clef est le n° 2, colorié en rouge vif : attention à ne pas faire passer les choses importantes mais pas très urgentes après les choses urgentes mais peu importantes ! Le secteur n° 3 comprend typiquement ce qu’on se fait imposer par certaines personnes qui ont une capacité étonnante à faire passer pour important tout ce qui les concerne… Apprenons à dire « non », poliment, affectueusement mais fermement à certaines sollicitations.

Jésus nous est en modèle : pressé par les gens de Capernaüm de rester encore chez eux, il ne se laisse pas détourner de sa mission et s’en va prêcher dans d’autres villes (Luc 4.42-43).

La pression médiatique rentre presque toujours dans ce secteur n° 3 : il faut que je lise le journal du jour car ses informations seront obsolètes demain ; il faut que je me dépêche pour ne pas rater le début du film à 20h35, etc. Mais ces « urgences » sont-elles si importantes que cela ?

2. Renoncer

Le renoncement est directement lié à notre finitude : il m’est impossible de tout voir, de tout savoir, de tout faire, de tout lire… La visite dans une librairie évangélique peut générer un sentiment de frustration et de pression terrible : tous ces livres édifiants, impossible de trouver le temps pour tous les lire !

Pour renoncer, nous devons être forts, matures et tendre vers la maîtrise de soi. Contrairement à ce qu’on entend parfois, le besoin ne crée pas forcément l’appel, car en tant que créature finie, il me sera toujours impossible de répondre à tous les besoins auxquels j’aurais été rendu sensible.

3. Organiser

Identifions les « voleurs de temps » : qui n’a pas regretté d’avoir perdu un temps précieux à chercher un document égaré dans un amoncellement de papiers sur un bureau mal rangé ? Ordonner, planifier, classer, se discipliner, être ponctuel… tout cela nous fait gagner un temps précieux.

… Sans pour autant tomber dans un perfectionnisme excessif : l’organisation doit être un principe général de nos vies, mais nous devons accepter de nous laisser un peu « désorganiser » quand le Seigneur place un imprévu sur notre chemin.

4. Déléguer

Ne nous croyons pas indispensable ! Jéthro porte un regard extérieur lucide et juste sur Moïse, submergé par l’accumulation des tâches, et lui donne le sage conseil de déléguer afin de se consacrer aux affaires importantes (Ex 18.18-23). En Actes 6, les apôtres réalisent qu’ils doivent déléguer le service matériel à d’autres pour se concentrer sur leur vocation première.

D’autres peuvent tout à fait remplir certains services à ma place — même si je dois accepter qu’ils ne seront peut-être pas accomplis exactement comme je le faisais ou comme je voudrais qu’ils soient faits.

Vers le temps serviteur

Compter ses jours

« Enseigne-nous ainsi à compter nos jours, afin que nous en acquérions un cœur sage. » (Ps 90.12) Notre temps sera toujours un peu de temps par rapport à Dieu qui travaille dans et pour l’éternité. Et c’est dans la mesure où nous aurons « compté nos jours » — c’est-à-dire réfléchi à l’utilisation de notre temps — que nous aurons de la sagesse, cette capacité à nous conduire dans les détails de vie d’une façon qui honore Dieu. Pour cela, n’attendons pas les 120 ans qu’avait Moïse, l’auteur de ce beau Psaume !

Racheter le temps

« Prenez donc garde afin de vous conduire avec circonspection, non comme des insensés, mais comme des sages ; rachetez le temps, car les jours sont mauvais. » (Éph 5.15-16) 2011 n’est pas ni meilleur ni pire que l’an 62, que Paul qualifiait déjà de « mauvais ». Aujourd’hui comme autrefois, transformons le chronos (le temps qui s’écoule) en kairos (l’occasion qui se présente)

L’œuvre de Christ nous a « rachetés » dans tous les aspects de notre vie, y compris dans notre gestion du temps. Loin d’une vision utilitariste où l’on s’efforcerait vainement d’optimiser chaque seconde pour que le Seigneur soit content de nous, entrons dans la libération que nous apporte la victoire de Christ à la croix et transformons le temps-tyran en temps-serviteur. Dieu est un bon maître : il nous donne tout le temps nécessaire pour « achever » ce qu’il nous donne à faire ! Alors vivons dans la grâce de Dieu, sans nous laisser angoisser par la gestion de notre temps, mais en mettant à profit ce capital fongible qu’il met à notre disposition, selon une quantité que lui seul mesure, dans l’attente du « jour » où le temps ne sera plus.

Promesses  No 176 -  2011 / 2 (avril - juin)

 Dossier : Avec Dieu, chaque jour

 

Le quart d’heure est une unité de temps adaptée à la mise en œuvre d’une petite activité ; elle me semble mesurer, mieux que la seconde ou l’heure, l’écoulement du temps utile dont nous disposons.

C’est pourquoi certaines versions rendent « rachetez le temps » par « saisissez l’occasion » ou même « tirez le meilleur parti du moment présent ».

 « fongible » : se dit des choses qui se consomment par l’usage (argent, denrées, etc.).

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LA MALADIE DE L'AME (1)

16 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

LA MALADIE DE L’AME

 

Qu'entend-on par "maladies de l'âme"?

Les maladies de l'âme peuvent être accompagnées de troubles psychologiques et même de désordres psychiques mais ne s'identifient pas avec eux. Pour les problèmes psychologiques notables et les maladies mentales, le recours au psychologue et au psychiatre reste nécessaire. Les maladies de l'âme que nous abordons ici, sont d'ordre moral. Ces maladies sont des conséquences dans l'intelligence, la volonté et les facultés sensibles de désordres conscients ou inconscients dans la vie morale.

Ainsi l'habitude de mentir et l'hypocrisie habituelle sont des maladies de l'âme qui se rattachent à une déviation intellectuelle. Une intelligence malade perd son aptitude naturelle à discerner le vrai du faux, le bien du mal. Elle peut en arriver à tout confondre et à se plonger dans de déplorables illusions. La volonté peut être aussi malade, en raison de toutes sortes de dépendances qui la soumettent à des objets déterminés et lui font perdre la maîtrise de ses décisions, c'est-à-dire sa liberté : la volonté est alors constamment vaincue par l'objet de sa dépendance. L'angoisse, la peur, l'agressivité, non en tant que sentiments passagers justifiés par des causes objectives, mais ressenties comme des peines profondes et habituelles de l'âme, sont des maladies spirituelles qui peuvent être traitées. La propension à la tristesse, à l'inquiétude, au découragement, à la jalousie, à la culpabilité excessive, au scrupule, à l'indécision manifestent aussi que l'âme est malade. Devient aussi inévitablement malade l'âme qui rejette toute norme morale dans la soif qu'elle éprouve des plaisirs des sens, qu'ils soient d'origine gastronomique ou érotique.

Le domaine des maladies de l'âme est très vaste, parce qu'il recouvre en fait tout l'ordre moral. Les désordres moraux habituels engendrent de véritables maladies spirituelles qui compromettent l'équilibre intérieur si délicat et entraînent souvent des maladies physiques. Il n'y a pas de doute que les maladies de l'âme exacerbées exercent une telle violence sur l'organisme humain qu'elles peuvent être mortelles. Il importe donc de les soigner.

 

Introduction aux maladies de l'âme

Les voir et vouloir en guérir

Par suite du péché d’Eden qui affecte la nature humaine, nous sommes tous, plus ou moins, sujets à diverses maladies qui minent sourdement notre âme, la défigurent, l'affaiblissent. Le seul grand Médecin capable de guérir chaque personne humaine est le Christ-Jésus, qui est le Fils de Dieu fait homme. C'est pour guérir parfaitement les hommes que, se revêtant de notre nature, il est venu sur la terre.

Les remèdes aux maux qui affligent l'humanité blessée par le péché lui sont offerts certes dans la merveilleuse doctrine du divin Maître, mais surtout dans le don qu'il lui fait de lui-même, c'est-à-dire de sa propre vie.

Jésus-Christ est toujours prêt à faire le don de sa lumière et de sa vie à tout homme venant en ce monde, fût-il totalement écrasé sous le fardeau de ses misères. Comment se fait-il qu'un si grand nombre, au lieu de relever la tête vers le Christ dans un élan d'espérance, demeurent de plus en plus incliné vers le bas et asservis au mal qui ronge leur âme? Comment se fait-il qu'un si grand nombre de malades spirituels, qui sans doute désirent guérir, ne font que tourner autour de la voie de la guérison, sans y entrer résolument? Ce n'est sûrement pas en raison d'une impuissance du médecin, car il n'existe pas de maladie spirituelle, que Jésus-Christ ne puisse et ne veuille guérir. La grâce de la guérison, il ne la réserve pas à une élite, mais il l'offre à tous sans faire de distinction de personnes, si ce n'est en faveur des plus pauvres et des plus blessées.

Vouloir s'ouvrir à la grâce

S'il est vrai que la guérison spirituelle de chacun est entièrement due à la grâce, il n'est pas moins vrai que pour recevoir la grâce offerte à tous, il faut vouloir s'y ouvrir. En d'autres termes, il faut vouloir prendre les moyens de guérison ou les remèdes prescrits par le médecin. Quant à la volonté de prendre les moyens de guérison prescrits par Jésus-Christ, les malades spirituels que nous sommes tous peuvent se diviser en trois catégories.

1) Les malades qui refusent tout ennui

La première catégorie est celle des grands malades spirituels qui désirent bien guérir de leurs maladies, mais excluent catégoriquement toute intervention chirurgicale et même toute médication qui pourrait leur causer quelque ennui. Ils souffrent pourtant terriblement dans leur âme, mais un remède impliquant pour eux un surcroît momentané de souffrances les jette dans la panique. De remède pénible à la nature, même s'il comportait une entière garantie de succès, ils n'en veulent pas. Ils veulent certes en finir avec les causes d'une souffrance jugée intolérable, mais pourvu que ce soit sans peine. Ils ne veulent se gêner en aucune manière. C'est pourquoi ils tournent tout simplement le dos au médecin qui leur propose l'intervention qui serait nécessaire à leur guérison. Et avec une légèreté d'esprit incroyable, au lieu de tomber à genoux devant leur Sauveur, ils se dressent en adversaires de la croix du Christ, c'est-à-dire de la lumière guérissant qui jaillit des plaies de Jésus crucifié.

2) Les malades qui choisissent leurs remèdes

La deuxième catégorie est celle des malades qui tout en rejetant le bistouri du chirurgien qui serait aussi pour eux absolument nécessaire acceptent cependant de prendre quelques pilules pas trop difficiles à avaler, et hélas, impuissantes à guérir leur mal, pouvant tout au plus l'engourdir. Ces malades ne se détournent pas totalement du divin médecin Jésus-Christ, mais ne prennent des remèdes qu'il prescrit que ceux qui font leur affaire et n'impliquent pas de renoncement sérieux et constant. Ces personnes aiment la prière mais plutôt pour se satisfaire. Elles n'ont pas le véritable esprit de prière, qui signifie un attachement de tout son cœur à la volonté de Dieu dans le détachement de soi et de tout ce qui peut s'opposer au bon plaisir divin. Ce sont les âmes qui prient mais fuient le sacrifice. Elles prient dans la mesure où la prière leur apporte de la consolation, mais elles ne font pas de travail sur elles-mêmes pour vaincre leurs défauts. Elles veulent guérir de leur maladies spirituelles, mais sans effort sérieux. Elles recourent, tour à tour, à une foule de thérapies faciles qui leur promettent une sorte de guérison magique, qui ne se produit jamais, parce qu'elles ne sont pas vraiment décidées d'envisager leur mal dans ses racines mêmes et de les couper. De sorte que, néanmoins quelques soins illusoires, les dangereux virus de leurs maladies continuent à se développer dans leur âme, les entraînant inévitablement vers une très pénible mort.

3) Les malades prêts à prendre les remèdes efficaces

La troisième catégorie est celle des malades qui non seulement désirent sincèrement guérir mais sont prêts à prendre tous les moyens prescrits par le médecin, fussent-ils très douloureux. Ce n'est pas qu'ils sont faits autrement que les autres ; comme les autres ils ressentent la peur de la souffrance. Mais ils veulent tellement guérir qu'ils sont disposés à se gêner et à souffrir pour guérir. Ils ont foi dans le divin Médecin, Jésus-Christ. Aussi est-ce dans la foi qu'ils écoutent ses recommandations. La foi qu'ils ont en Jésus-Christ leur fait vaincre leur peur et s'élancer vers Lui. Sans le connaître encore intimement, ils savent que c'est le médecin le plus compétent, le plus puissant, le plus compatissant et en même temps le plus doux qu'ils ne pourront jamais rencontrer. Alors, ils lui font totalement confiance et lui disent :

Divin Médecin Jésus, je suis tellement malade que vous seul pouvez me guérir. Je m'en remets donc entièrement à vous pour les soins dont mon âme a besoin, et je veux suivre à la lettre tout ce que vous me prescrirez pour ma guérison. Parlez donc, et vos ordres seront exécutés, même si cela me coûte beaucoup de renoncement. Que vous êtes bon de me promettre la guérison, et même une vie toute neuve, si je consens à prendre les remèdes prescrits. Que je serais donc insensé de courir à gauche et à droite en quête de soulagement, tout en fuyant les vrais et sûrs remèdes que vous m'offrez. Je veux vraiment guérir et pour cela je veux prendre uniquement les remèdes qui viennent de vous, parce que ce sont les seuls remèdes efficaces. Tout en voulant prendre ces remèdes qui viennent de votre infinie sagesse et de votre Cœur miséricordieux tout-puissant, je sais la faiblesse extrême de ma volonté. C'est pourquoi je vous supplie de me fortifier sans cesse et de vaincre toute résistance naturelle en moi, et de m'attirer puissamment vers votre Cœur, qui est la source même de la grâce et de la parfaite guérison spirituelle.

Le triomphe de la grâce

La grâce guérissant et salvatrice de Jésus-Christ, néanmoins sa toute-puissance, ne peut triompher dans les âmes mal disposées, qui ne veulent pas sincèrement s'ouvrir à elle. Les malades spirituels de la première et de la deuxième catégorie ne guériront jamais, parce qu'ils ne sont pas décidés à prendre les vrais remèdes prescrits par le divin Médecin. Leurs douleurs, qui les avertissent pourtant de la gravité de leurs maladies, faute de remèdes appropriés, ne pourront qu'augmenter et les emporter vers une issue fatale.

Cependant, aussi longtemps qu'ils vivent, ces malades pourraient encore guérir, mais à la condition de changer de disposition ; à la condition de fouler au pied la peur de souffrir et de s'ouvrir, dans une confiance sans bornes, à la miséricorde de Jésus-Christ.

Il y a certes un grand mystère dans la coopération nécessaire de notre volonté à la grâce de Jésus-Christ. Ce mystère de la liberté humaine dans son rapport à la grâce divine s'éclaire à la lumière de l'Évangile, notamment à la lumière de la parabole du semeur et de la parabole des invités au banquet préparé par le Père pour les noces de son Fils. Nous avons tous à désencombrer le terrain de notre âme pour que la divine semence y germe ; c'est un travail que chacun doit faire, en implorant humblement la grâce de Dieu. Nous avons tous également à donner notre réponse personnelle aux appels de Dieu, à ses invitations réitérées et pressantes pour prendre part à son bonheur. Notre libre réponse, pour être positive et sans tergiversations, suppose une foi vive et concrète, que l'Esprit-Saint ne refuse à aucune personne de bonne volonté. Ainsi, la foi en Jésus-Christ, le seul et unique Sauveur de tous les hommes, est-elle absolument nécessaire autant pour la guérison spirituelle des âmes que pour leur salut éternel.

L'art médical spirituel

1. Le devoir de soigner son âme

Les soins que nous rendons à notre corps nous sollicitent beaucoup, tant nous jugeons important, et avec raison, notre bien-être physique. Cependant nous nous soucions beaucoup moins de la santé de notre âme, qui est incomparablement plus précieuse que notre corps, puisque c'est elle qui le fait vivre et qui détermine son comportement. De même qu'il y a des maladies physiques qui réclament souvent des soins urgents et prolongés, il y a aussi des maladies de l'âme dont les conséquences ne peuvent être que désastreuses pour nous et pour la société, si nous n'en cherchons pas les remèdes.

L'Évangile est le premier principe de la parfaite guérison de l'âme, c'est-à-dire de son salut. L'âme est morte, lorsqu'elle a perdu le souvenir de Dieu. Ce qu'il appelle le souvenir de Dieu, ce n'est pas le souvenir de Dieu dont on a seulement entendu parler, mais de Dieu connu personnellement, senti expérimentalement. La santé de l'âme suppose d'abord et avant tout la rencontre personnelle du Christ-Jésus, la connaissance expérimentale de son amour infini.

L'homme en parfaite santé spirituelle est l'homme entièrement renouvelé qui peut dire : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi" (Gal. 2,20).

2. Comment soigner les maladies de l'âme

Pour les maladies et les souffrances corporelles, la nature du corps réclame elle-même sa nourriture et sa boisson et son vêtement, et ses besoins naturels nous entraînent eux-mêmes à nous soucier d'elle.

Mais pour notre âme, c'est le commandement de Dieu qui nous oblige à soigner ses maladies :

-      à soulager ses souffrances,

-      à rassasier sa faim de la nourriture spirituelle,

-      à lui donner le breuvage de la connaissance de Dieu,

-      à la revêtir du vêtement de la foi,

-      à la chausser de la préparation de l'espérance,

-      à l'élever dans les bonnes habitudes, dans la pratique des bonnes actions, et dans l'obéissance aux commandements de Dieu.

Et quand nos actions intérieures sont saintes et nos actions extérieures pures nous sommes des vases préparés pour l'Esprit de Dieu et où il habite purement et saintement ; c'est alors que nous guérissons les maladies qui arrivent en nous, avec science et avec sagesse et que nous réparons de nous-mêmes les blessures du péché.

Il n'y a pas de maladie de l'âme à laquelle la parole de Dieu n'ait donné de remède, et de même qu'il y a des remèdes mélangés et composés par les médecins pour les maladies corporelles, il y a des remèdes préparés et composés par l'Esprit de Dieu contre les passions du péché, pour que celui qui se sent malade trouve un remède à côté de lui et se donne immédiatement une aide à lui-même.

Les choses de l'ordre extérieur sont posées devant nos yeux comme un modèle pour les choses de l'ordre intérieur, et pour que nous guérissions l'âme de la manière que le corps est guéri. Préparons donc contre chacune des passions le remède qui lui est contraire :

-      contre le doute, la foi;  

-      contre l'erreur, la vérité;

-      contre le soupçon, la certitude;

-      contre le mensonge, la franchise;

-      contre la fourberie, la simplicité;

-      contre la dureté, la douceur;

-      contre la cruauté, la bénignité;

-      contre le désir corporel, le désir spirituel;

-      contre la joie mondaine, la joie du Christ;

-      contre l'intempérance, le jeûne;

-      contre la volupté des pensées charnelles, la volupté des pensées spirituelles;

-       contre la mollesse, l'énergie;

-      contre le dégoût de l'esprit, la constance;

-      contre la malice, la miséricorde;

-      contre la méchanceté d'esprit, la bonté d'âme;

-      contre l'esprit possessif, le renoncement;

-      contre l'inimitié, la paix; contre la haine, l'amour;

-      contre la colère, la réconciliation; contre la fureur, le calme;

-      contre la jalousie, l'amour du bien d'autrui;

-      contre la tristesse, la joie;

-      contre la présomption de nous-mêmes, l'espérance confiante en Dieu;

-       contre l'attachement excessif à notre famille humaine, l'attachement à notre famille céleste; etc.

Toutes ces maladies et de semblables sont donc guéries et soulagées par leur contraire, celui qui désire les choses spirituelles devant renoncer aux choses corporelles. Car le désir de l'un ne vit pas en nous avant la mort de l'autre, c'est-à-dire que le désir de l'Esprit ne vit pas dans nos pensées avant la mort du désir charnel ; la mort de l'un fait vivre l'autre. Lorsque le corps est vivant en nous avec toutes ses convoitises, l'âme est morte avec tous ses désirs; et lorsque l'âme a part à la vie de l'Esprit et que tous ses membres, c'est-à-dire ses pensées, vivent avec elle, l'homme ressuscite d'entre les morts et vit de la vie nouvelle du monde nouveau. Nous ne pouvons pas revêtir l'homme nouveau qui est spirituel, avant de nous être dépouillés de l'homme ancien qui est charnel; et bien que nous ayons revêtu l'homme nouveau par le baptême, nous ne le sentons pas. Toutes les maladies étant guéries par ces remèdes, il appartient à chacun de connaître sa maladie, de devenir son propre médecin, et de prendre les remèdes contraires. À côté de la maladie, est posée la plante qui la soulage, à côté de l'ulcère, le pansement qui le guérit. Si tu désires guérir tes maladies, leur remède n'est pas loin; seulement, sens-les, tes maladies, et acquiers la connaissance des plantes qui les guérissent.

3. Les maladies de l'âme ont besoin d'un traitement méthodique

Nous devons  insiste sur la nécessité de traiter méthodiquement les maladies de l'âme. Il faut employer pour les maladies de l'âme la même méthode que pour les maladies du corps, et d'abord chercher à découvrir leurs causes, qui sont souvent secrètes. Cette méthode conserve son entière valeur. Il est indispensable de l'utiliser en vue de la guérison spirituelle.

Les médecins sages qui veulent s'approcher avec science du traitement des maladies du corps, commencent par étudier leurs causes et les enlever : alors ils apportent sans peine les remèdes aux maladies, parce que, lorsqu'a été enlevée la cause par laquelle elles ont germé, avec la cause sont arrachées les maladies qu'elle a fait naître. Il est impossible, en effet, que demeurent les rameaux ou les fruits, lorsque la racine qui les fait grandir est enlevée de terre; et s'il arrive que des plantes restent vertes un peu de temps à cause de l'humidité de leur nature, cependant elles ne tardent pas à se dessécher, une fois leurs racines secouées et enlevées de terre; de même aussi les douleurs et les maladies du corps, lorsque les médecins ont commencé par enlever les causes qui les font naître, disparaissent peu à peu et s'évanouissent une fois leur cause retranchée du corps.

C'est ainsi qu'il faut procéder à l'égard des passions coupables qui naissent soit du corps soit de l'âme : il faut d'abord enlever les causes qui les font naître pour conserver notre vie dans une sainteté exempte du mal et pour que ce soit notre personne qui la règle librement et sans iniquité. Que l'homme qui veut être libre en Dieu s'affranchisse d'abord des convoitises qui se meuvent en lui, et qu'il s'approche alors de la règle de la liberté du Christ, parce que la région de la liberté ne le reçoit même pas et ne le laisse pas entrer tant que le signe honteux de la servitude se voit sur lui. ... Apprenons d'abord les causes des passions coupables qui tourmentent continuellement notre vie par leurs excitations, afin que nous trouvions sans peine la guérison de notre âme, en prenant exemple pour le traitement de notre âme du traitement de la nature qui guérit les corps humains ; comme des médecins, regardons d'abord les causes qui font naître les excitations coupables contre notre vie, afin de parvenir à la guérison spirituelle.

Quand on examine les causes cachées de la passion mauvaise de fornication, qui est une maladie de l'âme ayant pour effet de l'empêcher de contempler les beautés de Dieu, il est facile de constater que le germe la fornication est la vue de l'intelligence comme une épine pour l'œil : elle l'empêche de regarder Dieu. Ce désir n'obscurcit pas seulement la vue de ceux qui n'ont jamais vu les beautés de Dieu, mais aussi la vue de ceux qui les ont longtemps vues : s'ils s'enferment dans cette passion, leurs mouvements sont aveuglés ; elle est comme un voile devant eux ; elle leur interdit de voir la noble beauté du Christ. Dans l'étude spécifique de la maladie de l'impureté, on découvre des éléments qui mériteraient aujourd'hui d'être considérés attentivement par tous ceux qui s'intéressent aux maladies de l'âme.

L'orgueil

1. Sa nature et sa gravité

L'orgueil est le chef tyrannique des principaux vices, c'est-à-dire de ces vices d'où en découlent une multitude d'autres. Parmi les péchés capitaux, l'orgueil est le plus capital, ou si l'on veut, le plus fondamental. Les Pères de l'Église voient dans l'orgueil l'origine de tout péché, la racine de tout mal, "la mère nourricière et la reine de tous les vices" (Saint Grégoire le Grand).

Saint Thomas d'Aquin définit l'orgueil comme une estime exagérée de soi-même, qui s'accompagne de mépris pour les autres. Dans la mesure où l'on s'élève au-dessus d'un autre, on tend à l'abaisser, du moins dans l'opinion qu'on en a. Le mouvement propre à l'orgueil a quelque chose d'insensé, car il est insatiable dans sa recherche de grandeur : il ne lui suffit pas de s'élever au-dessus des autres et de les mépriser, il cherche à s'élever au-dessus de Dieu lui-même, à mépriser Dieu.

L'orgueil est en réalité le péché propre de Lucifer qui, n'acceptant pas sa condition de créature, a voulu se faire l'égal de Dieu. Tombant dans la folie de l'orgueil, Lucifer a déclaré la guerre à Dieu. C'est dans cette folie de Lucifer que se trouve l'origine première de toutes les guerres, de toutes les révoltes, de toutes les haines, de tous les désordres.

C'est pourquoi, comme le dit saint Jean Chrysostome, "l'orgueil est la plus grave de toutes les maladies spirituelles et la plus nuisible" (Commentaire sur saint Jean, 26.4). S'il n'y a pas de maladie spirituelle plus grave que l'orgueil, il ne fait pas de doute, comme l'a remarqué sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, après les Pères, qu'aucun autre péché n'est plus grave et plus détestable aux yeux de Dieu. Comme rien ne compromet autant la santé spirituelle et le bonheur éternel de l'homme que l'orgueil, une thérapie spirituelle intensive, fondée à la fois sur la lumière de la foi et celle de la raison, s'avère absolument nécessaire pour en guérir.

2. L'origine de l'orgueil en ce monde

La Bible nous apprend que Satan, jaloux du bonheur de nos premiers parents, s'est approché d'eux dans le paradis terrestre, dans le but hypocrite de les détourner de Dieu, en faisant miroiter à leurs yeux la possibilité de devenir comme Dieu, s'ils consentaient à manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. En les trompant, il réussit à les entraîner dans sa révolte orgueilleuse. C'est ainsi par l'orgueil que la désobéissance à Dieu est entrée dans le monde, et avec elle tous les désordres et tous les maux. Parce que le péché comporte toujours une opposition volontaire à la volonté de Dieu, une préférence de sa volonté propre à celle de Dieu, un acte d'orgueil est présent en tout péché.

3. La maladie de l'orgueil dans l'âme, ses profondes racines

Il faut distinguer entre l'orgueil qui se manifeste dans les actes extérieurs, devenant donc visible dans le comportement, et l'orgueil foncier, invisible, qui fait partie pour ainsi dire de nous-mêmes, parce qu'il nous habite plus ou moins.

Dans la mesure que nous ne reconnaissons pas spontanément la vérité au sujet de nous-mêmes, au sujet de nos défauts, de nos erreurs, de nos torts, dans la mesure où nous essayons de projeter de nous-mêmes une belle image, qui ne correspond pas à la réalité, et cela souvent au détriment des autres, nos âmes sont malades de la terrible maladie de l'orgueil.

C'est seulement dans la lumière de Dieu, et dans celle de son Fils bien-aimé Jésus, qu'il est possible de reconnaître la vérité au sujet de nous-mêmes. Qui sommes-nous devant Dieu, et que sommes-nous? Par nous-mêmes, nous ne sommes rien. Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons est don gratuit de la bonté infinie de Dieu. Reconnaître que nous devons absolument tout à Dieu, qui nous a tout donné, et qui nous donne sans cesse tout gratuitement est le fondement de l'humilité. C'est ce que saint Paul rappelait aux Corinthiens: «Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l'avais pas reçu?» L'orgueil s'enracine dans l'ingratitude, qui suppose elle-même une perte de conscience de ce que nous sommes réellement, l'oubli de notre condition de créatures. La reconnaissance, qui s'appuie sur une vive conscience de la gratuité de l'amour infini de Dieu à notre égard, alimente ce qui devrait être en nous la première et la plus constante de toutes nos pensées, le premier et le plus constant de tous nos sentiments : l'adoration. Car l'adoration consiste à reconnaître Dieu pour ce qu'il est : le souverain Seigneur et le maître absolu de toutes choses. L'adoration nous met à notre vraie place devant Dieu, celle d'un être créé par sa bonté infinie à son image et à sa ressemblance, et qui dépend radicalement de lui à chaque instant, et qui ne peut aussi trouver sa perfection qu'en demeurant dans la soumission à sa volonté. L'adoration en esprit et en vérité s'exprime dans une disposition permanente d'obéissance d'amour à l'égard de Dieu. L'orgueil, fondé sur l'ingratitude envers Dieu, au lieu de l'adorer le méprise, c'est-à-dire méprise sa sainte volonté, et jette l'âme dans la désobéissance à son égard.

L'orgueil a causé un mal indicible à nos premiers parents, en les incitant à désobéir à Dieu, à prétendre atteindre le bonheur en s'opposant à sa volonté. Ils ont choisi librement ­ en croyant librement à celui qui est menteur depuis le commencement ­ de ne pas adorer Dieu, de ne pas le reconnaître comme Dieu. Lorsque nous offensons Dieu par le péché, nous choisissons nous aussi librement de ne pas adorer Dieu, de ne pas le reconnaître comme Dieu, de préférer notre volonté à la sienne, en vertu du même type d'orgueil qui a conduit nos premiers parents à se rebeller contre l'ordre voulu de Dieu.

Plus l'habitude de désobéir à Dieu est grande dans une âme, plus profonde y est la maladie de l'orgueil. L'âme orgueilleuse, dans la mesure même de ses désobéissances à Dieu, ne voit plus clair; elle devient incapable de discerner en elle ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est bien et ce qui est mal, parce qu'elle est enveloppée de ténèbres.

4. Les symptômes de la maladie de l'orgueil

Si la maladie de l'orgueil s'origine dans les relations de l'âme avec Dieu, c'est dans ses rapports avec le prochain que cette maladie se manifeste le plus clairement. En effet, une âme peut être très orgueilleuse et en même temps avoir une certaine piété extérieure. Sans trop s'en rendre compte, elle se comporte vis-a-vis de Dieu comme quelqu'un qui a des droits sur lui; elle trépigne d'impatience si ses prières ne sont pas exaucées comme elle l'entend. Dans l'épreuve elle se décourage. Si l'épreuve devient plus cuisante, plus humiliante, la révolte monte en elle. Inconsciemment sans aucun doute, elle met en question l'amour de Dieu à son égard et même sa justice. "Dieu me rejette. Dieu m'abandonne. Dieu ne m'aime pas. Je n'ai rien fait à Dieu pour qu'il me traite ainsi; il n'est pas juste envers moi", entend-on parfois. Les mêmes âmes qui exhalent ces plaintes amères se livrent souvent à des dévotions de surérogation qui ne servent qu'à leur voiler davantage leur orgueil foncier, tant il est vrai que l'orgueil jette d'épaisses ténèbres dans l'âme.

Dans les rapports avec le prochain il ne peut en être tout à fait ainsi. Car l'orgueil va se manifester par un détestable esprit de domination, de vantardise, d'obstination, de contradiction et d'arrogance.

L'orgueilleux, bien qu'il soit capable de prendre des airs modestes, est convaincu de sa supériorité dans un domaine ou dans l'autre, et il entend bien que cette supériorité soit reconnue. Il est porté à se mettre en valeur, à se vanter, à tirer gloire de son avoir, de son savoir et de son pouvoir. Il recherche l'approbation, les félicitations, les honneurs. Il a aussi, dans sa pensée, toujours ou presque toujours raison ; voilà pourquoi il n'accepte pas facilement une remarque qu'il prendra comme un manque d'égard ou une incompréhension. Il est habituellement si sûr de lui-même qu'il ne lui vient pas à l'idée qu'il puisse ­ en telle ou telle circonstance ­ se tromper gravement. Il s'obstine dans ses idées et son vouloir, dût-il avoir comme adversaires de ses positions des personnes beaucoup plus compétentes et beaucoup plus sages que lui. Il lui est extrêmement difficile de s'incliner devant l'autorité et la vertu des autres, de louer leurs bonnes actions. Il n'aime pas la bonne réputation des autres, cherchant et trouvant toujours quelques motifs pour les critiquer. Dans les relations avec les autres, il impose ses idées, ses façons de faire comme étant les meilleures et devant être adoptées ; il contrôle tout. Et ce contrôle est néfaste, parce qu'il empêche les autres de prendre leurs responsabilités et de s'épanouir, que ce soit à l'intérieur de la famille ou des milieux de travail. Les enfants, certes, doivent apprendre à obéir, et donc à être humbles. Mais les parents doivent former leurs enfants au sens des responsabilités et ne pas les empêcher de se développer en faisant tout à leur place. L'orgueil, qui ne sait pas faire confiance à un inférieur, éteint en lui tout esprit d'initiative; il agit en ennemi de la liberté et de l'autonomie d'autrui.

Il n'est pas rare qu'en plus d'un détestable esprit de domination et d'entêtement, le signalement extérieur de la maladie de l'orgueil soit un esprit de contradiction qui peut aller jusqu'à être systématique. Il suffit alors que l'un dise blanc pour que l'orgueilleux dise noir. C'est ainsi qu'il affirme sa "supériorité" par des avis qui n'admettent aucune discussion On n'est pas loin alors de la véritable maladie mentale. Parce que l'esprit de contradiction rend les relations humaines très désagréables et quasiment impossibles, on peut comprendre que la personne qui en souffre tende à se réfugier dans un triste isolement.

5. L'orgueil et les maladies mentales

L'orgueil prédispose aux maladies mentales. Les perfectionnistes sont en réalité des personnes très orgueilleuses. Elles pensent que pour avoir l'estime ou l'amour de leur entourage elles doivent être parfaites; elles recherchent donc d'une façon excessive la perfection en toute chose. Cette recherche excessive de la perfection les projette dans un monde irréel, où elles ne considèrent avoir de la valeur que si elles atteignent la première place. Si le succès qu'elles rencontrent n'est pas à la hauteur de leur idéal de perfection, elles sont insatisfaites d'elles-mêmes, elles ne s'aiment pas et ne se sentent pas aimées. La raison en est qu'elles cultivent une image grandiose d'elles-mêmes. Comme l'orgueil les amène constamment à se mesurer à un idéal impossible à atteindre, les échecs inévitables de leurs attentes les entretiennent dans une très forte anxiété, qui débouche insensiblement sur la dépression ou dans certains cas sur la psychose paranoïaque. C'est ainsi que, sans être de soi une maladie mentale, le perfectionnisme, qui s'enracine dans l'orgueil, évolue vers la maladie mentale.

6. Les diverses formes de l'orgueil et leurs enfants

L'orgueil s'exprime de bien des manières. Ainsi, la vanité se complaît dans des avantages vrais ou prétendus. La vantardise fait valoir son mérite et ses bonnes actions, et aime à faire ressortir ce qui la flatte. La présomption fait entreprendre avec témérité des choses au-dessus de ses forces et porte à se trop confier dans ses propres moyens. L'opiniâtreté s'attache tellement à son propre sentiment qu'elle ne veut point se rendre à des opinions raisonnables et consciencieuses exprimées par les autres. La hauteur regarde et traite le prochain d'une manière impérieuse, d'un air dédaigneux et avec un ton méprisant. L'ambition aspire à se distinguer des autres, à obtenir des honneurs, des dignités. Le faste aime à se faire remarquer par la richesse et la beauté des vêtements et des ameublements, le luxe des voitures. L'hypocrisie cherche à s'attirer l'estime des hommes, en faisant paraître des vertus qu'on ne possède pas réellement.

En tant que vice capital, l'orgueil donne naissance aux principaux vices qui, eux-mêmes, ont chacun une progéniture exécrable, de sorte qu'en réalité tous les vices y ont leur source commune. Selon saint Grégoire le Grand, les enfants nés de l'orgueil s'appellent la vaine gloire, la jalousie, la colère, la tristesse, l'avarice, la gloutonnerie, la luxure. Chez d'autres Pères, le lien de filiation des vices par rapport à l'orgueil est un peu différent mais l'orgueil en demeure toujours le facteur commun. Quel que soit l'ordre adopté, il n'est pas difficile de voir le lien évident qu'il y a, par exemple, entre l'orgueil et l'ambition, la présomption, le désespoir, le mensonge, la colère, la rancune, la haine.

L'ambition, qui désire toujours plus de richesses, d'honneurs, de gloire, est animée par l'orgueil, dont l'appétit des grandeurs est insatiable. Le lien de la présomption à l'orgueil est aussi très facile à percevoir. L'orgueilleux présume de qualités et de forces qu'il n'a pas ; aussi s'engage-t-il dans des entreprises qui dépassent ses capacités. Par ailleurs, les échecs et les épreuves conduisent l'orgueilleux au désespoir, parce que, s'appuyant sur lui-même, il se ferme au monde de la grâce. Pour continuer à espérer lorsque tout va mal, est absolument requise l'humilité du cœur. Sans l'humilité, il est impossible d'avoir confiance en Dieu.

Quant au mensonge, l'orgueilleux ne fait pas qu'y recourir pour voiler ses erreurs, pour soigner son image, pour se mettre en valeur, il vit dans le mensonge. L'orgueil lui-même est tout entier mensonge ; c'est une maladie qui empêche l'âme d'être simple et vraie devant Dieu et devant les hommes. La colère sort également du cœur et de la bouche de l'orgueilleux. Car il n'accepte pas l'opposition qui le mettrait en question ; sa supériorité contestée, il est prêt à la défendre avec force. Son orgueil blessé le pousse à de l'agressivité, à de la violence verbale et peut-être même physique. Pour impressionner les autres, l'orgueilleux parle fort et agit brusquement, sans délicatesse. Par sa colère, il fait sentir son importance et impose silence à ses interlocuteurs. L'orgueilleux est aussi rancunier ; il ne pardonne pas les offenses. Car le pardon, qu'il faut accorder aux autres si l'on veut être pardonné, exige l'humilité. La grande raison pour laquelle on se refuse au pardon est et ne peut être que l'orgueil.

L'orgueil est le premier responsable de la haine envers Dieu et de la haine envers les hommes, les prétentions de l'orgueil dressant l'âme contre Dieu et le prochain. L'âme orgueilleuse ne voulant pas se soumettre à Dieu ne peut que s'en détourner, et cette aversion de Dieu s'identifie avec la haine. L'orgueilleux n'aime pas davantage son prochain, car on ne peut aimer son prochain en se préférant à lui et en le méprisant, ne fût-ce qu'intérieure-ment. Toute haine prend donc sa source dans l'orgueil. Pour aimer vraiment Dieu et le prochain, il faut devenir humble. L'humilité est la source de l'amour, en ce qu'elle rend l'âme capable d'aimer. Et plus une âme sera humble, comme on le voit dans la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus, plus elle sera capable d'aimer, de sorte qu'il n'existe pas de différence entre les degrés de l'humilité et les degrés de la charité. Saint Benoît parle de douze degrés d'humilité, qui sont autant d'échelons dans l'échelle de la charité parfaite. Saint Ignace de Loyola résume les étapes de l'humilité en trois degrés, le dernier étant cet amour plus grand de Jésus-Christ, qui cherche à l'imiter parfaitement.

7. Les Remèdes à l'Orgueil

L'orgueil qui invertit l'ordre établi par Dieu, qui nous a créés pour l'aimer et le servir et nous mettre entièrement au service de notre prochain, est extrêmement difficile à corriger. Si bien que certains moralistes le considèrent comme ordinairement incorrigible. La raison en est que l'orgueilleux ne veut pas avouer qu'il a tort ; ainsi, toute correction le met en colère. Il ressemble à une personne tourmentée d'un abcès douloureux; on ne saurait toucher son mal du bout d'un doigt sans provoquer des cris de douleur.

Le premier pas à faire pour guérir de l'orgueil sera de prendre conscience de la gravité de cette maladie de l'âme.

Comme nous l'avons dit, c'est la plus grave de toutes les maladies de l'âme : une maladie qui, selon saint Grégoire le Grand "s'érige contre toutes les forces de l'âme, à la façon d'une maladie générale et pestilentielle qui corrompt tout le corps." Tous les Pères de l'Église, ces grands connaisseurs de l'âme humaine, considèrent l'orgueil comme la plus grave et la plus dommageable des maladies spirituelles. L'orgueil, aveuglant l'intelligence, est une maladie qui pervertit le jugement et, par voie de conséquence, cause un agir insensé. C'est une folie, et en réalité c'est l'espèce de folie dont les effets négatifs sur l'équilibre humain sont les plus désastreux. Aussi, la thérapie spirituelle de l'orgueil n'est-elle possible qu'à partir de la prise de conscience du mal terrible qu'il fait à notre âme.

La prise de conscience de l'orgueil qui nous habite tous de diverses manières et à différents degrés, doit nous amener à recourir à Dieu, car laissés à nous-mêmes nous n'en guéririons jamais. La source de l'humilité se trouve en Dieu seul. L'humilité de Dieu s'est incarnée en Jésus-Christ. Parfaite image du Père, le Verbe incarné nous révèle à la fois l'immensité de son amour et la profondeur infinie de son humilité. C'est pourquoi il nous faut demander instamment l'humilité à Jésus, qui peut seul l'apprendre au monde ; il nous en fait nettement l'invitation en nous disant : "Apprenez de moi à être doux et humbles de cœur. (Matt. 11, 29)

À la prière confiante adressée à Jésus pour lui demander son esprit d'humilité, il nous faut joindre la réception fréquente des sacrements de pénitence et d'eucharistie.

La confession, par l'aveu personnel de nos fautes, comporte une humiliation volontaire qui attire puissamment du Cœur de Jésus une grâce d'humilité, qui illumine la conscience et la libère. Le sacrement du pardon, reçu dans le cadre d'une rencontre personnelle avec Jésus, auquel le pénitent ne craint pas de montrer toutes les blessures de son âme peut être dit "le sacrement de l'humilité". En s'humiliant, l'homme pécheur se met à sa place devant Dieu ; il rétablit l'ordre inversé par l'orgueil. D'autre part, la sainte Eucharistie est, parmi tous les sacrements, le sacrement de l'humilité de Dieu. Le propre de l'amour étant de s'abaisser, Dieu ne pouvait s'abaisser davantage que dans le sacrement par excellence de son amour infini. Dans la sainte Eucharistie, Dieu s'anéantit pour ainsi dire pour se donner à nous. C'est à un Dieu qui va jusqu'à l'extrême limite de l'humilité, de la désappropriation de lui-même, que l'âme est appelée à communier dans la sainte Eucharistie.

Pour que la communion de l'homme à l'humilité de Dieu soit vraie, elle suppose en lui une disposition d'humilité, un désaveu très net de tout péché qui l'opposerait à Dieu, et par conséquent la purification éventuelle de l'âme par le recours antérieur au sacrement de pénitence. Seule l'âme qui n'est pas dans un état d'opposition à la volonté de Dieu peut réellement, par la communion, entrer toujours plus profondément dans l'humilité de Dieu et en même temps dans son amour.

Le grand et seul véritable maître de l'humilité étant Jésus-Christ, c'est en se mettant à son école qu'on peut guérir de l'orgueil. Se mettre à l'école de Jésus doux et humble, cela signifie tenir les yeux fixés sur lui et écouter les leçons d'humilité qu'il nous donne depuis sa naissance dans une étable jusqu'à sa mort sur la croix. Un remède efficace à l'orgueil réside dans la contemplation des mystères de la vie de Jésus, surtout du mystère de sa Passion, où le Fils de Dieu a été abreuvé d'humiliations par amour pour nous.

Un autre remède à l'orgueil est de faire usage de paroles de la Sainte Écriture pour les opposer aux impulsions de notre orgueil. Par exemple, l'Écriture sainte affirme à plusieurs endroits que "Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles". Notre-Seigneur nous dit aussi plus d'une fois : "Quiconque s'élève sera abaissé et quiconque s'abaisse sera élevé". Il dit encore : "Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, pour avoir caché cela (la connaissance des vérités les plus hautes) aux sages et aux savants et pour l'avoir révélé aux tout petits". (Mat. 11, 25) L'Écriture contient d'innombrables exemples de personnes que l'orgueil a perdues : Coré, Datan et Abiron, Saül, Sennachérib, Nabuchodonosor, Holoferne, Aman, Hérode, etc. Par contre, elle nous fournit d'admirables exemples d'humilité : Abel, Noé et les patriarches, Moïse, David, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, le saint homme Job, Marie-Madeleine, saint Pierre, le bon larron et par-dessus tout la Vierge Marie.

Comme l'orgueil est l'origine de tous les vices et de tous les désordres, c'est l'humilité qui est le fondement de la sainteté. Personne n'a jamais pu être dans la vérité et devenir saint sans l'humilité. L'histoire de l'Ancien Testament et surtout l'histoire de l'Église en témoignent. La foi en Jésus-Christ ­ non la foi théorique qu'ont les démons ­mais la foi pratique qui fait communier à la vie de Jésus-Christ repose sur l'humilité. Il n'est que de faire attention à la vie des apôtres, des martyrs et de tous les saints pour s'en convaincre. La grandeur d'une âme et de son rayonnement est dans son humilité. Pour guérir du maudit orgueil, car il mène les âmes à tous les désordres et à leur perte, il faut considérer souvent et admirer la beauté supérieure de la vertu d'humilité qui brille en Notre Seigneur Jésus-Christ et en ses saints.

Dans la lutte personnelle que nous avons à livrer contre les différentes formes d'orgueil, il faut nous appliquer à discerner ce qui, en chacun de nous, peut prêter occasion à l'orgueil. Saint Jean Chrysostome, en maître expérimenté de la vie spirituelle énumère une foule de biens, de fonctions et de situations qui donnent habituellement occasion à l'orgueil. Le travail d'identification de nos faiblesses et de leurs motivations secrètes est indispensable si l'on veut y remédier efficacement. Dans cet effort de discernement que nous avons à faire avec la grâce de Dieu, l'aide d'un guide spirituel nous sera précieuse. Le médecin des âmes est Jésus-Christ seul, mais il se sert habituellement pour les guérir de ministres, dont le rôle est d'aider les âmes à voir clair, à accueillir la lumière et la force de l'Esprit saint et à se tourner résolument vers Dieu, dans un authentique mouvement de conversion.

L'Ennui ou la dépression spirituelle

1. Sa nature

Il y a bien des formes d'ennui. Il y a l'ennui ressenti comme une mélancolie vague, passagère, sans cause apparente et caractérisée par le dégoût de toute chose. Ce sentiment d'ennui qui s'empare soudainement de l'âme et la plonge brusquement dans une tristesse accablante a été souvent décrit par les poètes romantiques comme Châteaubriand, Alfred de Vigny, et surtout par Baudelaire dans "Les fleurs du mal". En fait, une telle langueur morale ne peut être sans cause, mais elle n'est pas une maladie de l'âme dans la mesure où elle n'est que passagère. Il y a aussi l'ennui de personnes aimées dont l'absence nous fait souffrir. Le deuil d'êtres chers engendre cet ennui : on s'ennuie de nos parents, d'un époux, d'une épouse, d'amis intimes dont le souvenir hante notre mémoire. Cet ennui, qui est la tristesse d'un amour privé de son objet n'est pas, de soi, une maladie de l'âme. Si l'on considère le travail, les occupations, les activités culturelles, il s'y trouve de l'ennui, dans la mesure où il y a perte de goût ou d'intérêt. Parce que nous ne sommes pas faits pour rien faire, l'oisiveté est par-dessus tout une source d'ennui. C'est ainsi que beaucoup de personnes âgées, vivant repliées sur elles-mêmes, soit par incapacité de se livrer à des activités valorisantes, soit par ce qu'elles ne savent que faire, n'ayant plus de but ou d'intérêt particulier, s'enlisent dans l'ennui. À plus forte raison, les personnes plus jeunes qui voudraient travailler mais ne peuvent trouver de travail seront éprouvées par l'ennui. Toutes ces formes d'ennui ne sont pas, de soi, des maladies de l'âme; cependant elles peuvent conduire à la maladie spirituelle de l'ennui, si l'âme en prend occasion pour s'éloigner de Dieu.

L'ennui, maladie de l'âme, se rattachant au mal général de la tristesse, est en effet une sorte de dépression d'ordre spirituel, s'exprimant par le dégoût, l'abattement, le découragement, qui enlève à l'âme qui en souffre son élan, son enthousiasme et même son intérêt pour les choses spirituelles, c'est-à-dire pour les actes de la vertu de religion : la prière, la pénitence, la lecture spirituelle, l'étude des vérités religieuses, le culte divin en général. Les Anciens appelaient cette dépression spirituelle.

La personne déprimée spirituellement peut ne l'être en aucune manière aux plans physique et psychique. Car elle cherche ordinairement à compenser le vide spirituel qu'elle éprouve par de multiples occupations et distractions. Le travail, manuel ou autre avec, selon les personnes, un intérêt croissant pour les arts, les sciences, les loisirs, en viennent à canaliser toute l'attention et à réclamer toutes les énergies. Il n'y a plus de place pour Dieu. L'âme décentrée de son vrai centre, qui est Dieu, - puisqu'elle est faite à son image et ne peut trouver son repos qu'en Lui - ne peut en ressentir qu'un profond malaise, une tristesse, une morosité qui lui collent à la peau et qu'elle essaie d'oublier en fuyant dans les activités extérieures qu'elle se donne.

2. Les espèces d'ennui ou dégoût spirituel

L'ennui ou dégoût spirituel, qui prive l'âme de la joie de Dieu peut être soit une épreuve, habituellement passagère, soit une maladie spirituelle extrêmement dangereuse. Comme ces deux sortes d'ennui produisent les mêmes effets négatifs dans l'âme, les remèdes à l'un et à l'autre seront substantiellement les mêmes.

A) Comme épreuve, le dégoût des choses spirituelles correspond à ce que les maîtres spirituels appellent la désolation. Lorsqu'il définit la désolation, saint Ignace de Loyola décrit en fait ce qu'est l'épreuve de l'ennui dans une âme qui tend à progresser dans l'union avec Dieu. L'âme désolée n'éprouve plus la consolation de Dieu, qui l'enflammait dans l'amour de son Créateur : elle ne sent plus l'allégresse intérieure qui l'appelait et l'attirait aux choses célestes et à son bien propre et qui la remplissait de paix. Au contraire, elle est envahie de ténèbres et de trouble intérieur. Elle se sent attirée vers ce qui est bas et terrestre, inquiète devant les diverses agitations et tentations. Elle est poussée à perdre confiance, à être sans espérance, sans amour. Elle se trouve alors toute paresseuse, tiède, triste et comme séparée de son Créateur et Seigneur.

"L'épreuve du dégoût des exercices spirituels n'est pas une épreuve légère, affirme saint Augustin; si elle t'afflige, reconnais ta misère et crie vers le Seigneur pour qu'il t'en libère. Et lorsque tu en auras été délivré, chante vite ses miséricordes". Sur l'éventualité et même la nécessité de cette épreuve purificatrice, saint Bernard enseigne à ses disciples : "Sans doute, dans le commencement (de votre combat spirituel contre les affections charnelles) votre cœur sera rempli de tristesse ; mais cette tristesse fera bientôt place à la joie. En effet, vos affections seront purifiées, votre volonté sera renouvelée, ou plutôt il en sera créé une nouvelle en vous, en sorte que tout ce qui vous avait paru difficile, impossible même, vous paraîtra plein de douceur et vous l'embrasserez avec une sorte d'avidité". Ces paroles font écho à celles mêmes que Jésus donnait à ses apôtres après la dernière Cène, une heure avant d'entrer dans son affreuse agonie : "En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et que vous vous lamenterez et le monde se réjouira. Vous serez, vous, attristés, mais votre tristesse se changera en joie" (Jean 16.20).

Saint Augustin rappelle que dans son agonie, Notre-Seigneur Jésus a été accablé par la tristesse et l'abattement, disant: "Mon âme est triste à en mourir". Et cloué sur la croix, il soupirait: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"

"Bien que cet abattement, même grave, puisse être ressenti sans aucune faute, remarque-t-il, qu'il y ait toujours en toi la volonté d'agir ou de souffrir conformément à la volonté de Dieu, comme elle était en Jésus. Si tu reçois de la main de Dieu la peine de cette désolation, bientôt tu seras réconforté avec Jésus-Christ par la consolation d'un ange, mieux par celle de Dieu même".

B) Lorsque le dégoût spirituel est un état permanent de l'âme, soit en raison de la négligence à prendre les moyens pour la surmonter, soit en raison de la tiédeur dans laquelle elle s'est laissée tomber, et qui devient une véritable torpeur spirituelle qui la replie sur elle-même, la séparant de plus en plus de Dieu, on se trouve devant une maladie spirituelle extrêmement dangereuse. Car cette maladie engendre, dans l'âme, selon saint Grégoire le Grand, la malice, la rancœur, la pusillanimité, le désespoir et la recherche des plaisirs illicites. Dans son dégoût de la piété et du culte divin, l'âme en arrive à se détourner de toute pratique religieuse et à n'avoir plus de désir que pour les choses du monde. Elle estime non seulement ne pas avoir besoin de la religion, mais ne comprenant plus rien à la sagesse et à la bonté de Dieu qui fait tourner tous les maux au bien de ceux qui l'aiment, elle devient, "une calomniatrice de Dieu qu'elle trouve sans cœur et sans bonté".

La dépression spirituelle, comme forme de tristesse et d'ennui en face de tout ce qui est du domaine religieux, agit à la façon d'un cancer qui mine d'abord la vertu d'espérance et par conséquent enlève à l'âme son courage, sa force, son énergie, la jetant dans le découragement ou l'indifférence religieuse. Cette maladie spirituelle, ennemie de la persévérance, explique sans doute un grand nombre de défaillances dans la foi. Étant socialement contagieuse, en raison de la mentalité mondaine dans laquelle elle s'enracine, elle est en très grande part responsable du désintéressement collectif de la religion, qui s'exprime aujourd'hui par la diminution très sensible de la pratique religieuse. C'est donc une maladie spirituelle actuelle, bien qu'elle soit presqu'inconnue sous son ancienne appellation. Qu'on lui donne aujourd'hui des noms qui correspondent à ses effets, comme la morosité, l'ennui ou le dégoût de la religion, l'oubli de Dieu, elle n'en reste pas moins très dommageable à la santé des âmes.

3. Ses causes

A) À l'ennui, envisagé comme épreuve de désolation spirituelle permise par Dieu, saint Ignace de Loyola assigne trois raisons principales:

"la première : parce que nous sommes tièdes, paresseux ou négligents dans nos exercices spirituels; c'est alors à cause de nos fautes, que la consolation spirituelle s'est éloignée de nous.

"la seconde : pour éprouver ce que nous valons et jusqu'où nous pouvons aller dans le service de Dieu et sa louange, sans un tel salaire de consolations et d'immenses grâces.

"la troisième : pour nous donner d'apprendre et de connaître en vérité, afin de le sentir intérieurement, qu'il ne dépend pas de nous de faire naître ou de conserver une immense dévotion, un intense amour, des larmes, ni aucune autre consolation spirituelle, mais que tout est don et grâce de Dieu notre Seigneur : et pour que nous n'allions pas faire notre nid chez autrui et nous monter l'esprit jusqu'à l'orgueil et la vaine gloire, en nous attribuant la dévotion ou les autres effets de la consolation spirituelle".

B) Le mal de l'âme, est due surtout au relâchement spirituel, à la paresse, à un esprit d'insoumission. L'homme soumis ne connaît pas ce défaut, les choses sensibles étant pour lui occasion de prospérer dans le domaine spirituel, plutôt que de l'inviter à la tiédeur. L’ennui ou le dégoût spirituel sera alors une sanction dans l'âme de son manque de générosité. Une âme généreuse ranime l'esprit quand il est mort mais l'ennui ou le dégoût spirituel et la paresse dissipent tout le trésor des vertus.

On peut donc dire que les causes les plus générales du dégoût spirituel qui conduit aujourd'hui un grand nombre d'âmes à se détourner de Dieu et à chercher leur bonheur dans le plaisir des sens est la diminution, quand ce n'en est pas le mépris complet, des vertus de foi, d'espérance et de charité.

La civilisation matérialiste dans laquelle nous vivons tend à saper les fondements divins de la vie religieuse. Il serait aujourd'hui insensé de croire et d'espérer en un Dieu qu'on ne voit pas ; la sagesse consisterait à construire soi-même son propre bonheur sur la base des biens de ce monde. La désorientation spirituelle des âmes au profit d'un attachement de plus en plus grand aux ressources du monde présent ne peut que les entraîner à sentir de plus en plus l'amertume du vide spirituel dans lequel elles sont plongées. L'absence de Dieu, surtout si elle est la conséquence d'un rejet volontaire, débouche sur l'immense tristesse de l'ennui et du dégoût spirituel.

 

 

4. Ses remèdes

Que l'ennui spirituel soit considéré comme une épreuve purificatrice ou maladie de l'âme, les remèdes sont les mêmes:

1) D'abord ne pas fuir

"Il est prouvé par l'expérience, qu'on ne combat pas l'ennui spirituel par la fuite; mais qu'il faut lui résister pour la surmonter".

Fuir devant cette tentation signifie s'avouer vaincu et s'éloigner de Dieu. Un jour ou l'autre, devant leurs devoirs religieux, tous les hommes doivent lutter contre la fatigue, la négligence, la paresse, le découragement et persévérer coûte que coûte dans le service de Dieu. Cette persévérance peut exiger beaucoup de courage.

2) Ne pas perdre confiance et recourir au Christ.

"Lors donc que vous vous sentez tombé dans la torpeur, l'ennui spirituel et le dégoût, n'entrez pas pour cela en défiance et ne quittez pas vos exercices spirituels ; mais cherchez la main de Celui qui peut vous assister, conjurez-le à l'exemple de l'Épouse du Cantique, de vous tirer après lui, jusqu'à ce qu'étant ranimé et réveillé par la grâce, vous deveniez plus prompt et plus allègre, et que vous couriez et disiez : "J'ai couru dans la voie de tes commandements, lorsque tu as dilaté mon cœur" (Ps. 118.32).

3) Tenir le regard de l'âme fixé uniquement sur le souvenir de Dieu

"Nous échapperons à ce malaise fait de torpeur et de tiédeur, si nous imposons à notre pensée des limites étroites, en tenant notre regard fixé uniquement sur le souvenir de Dieu. Ainsi seulement l'esprit pourra revenir sans tarder à sa ferveur et sortir de ce trouble irraisonné".

Garder sans cesse le souvenir de Dieu signifie d'abord et avant tout de se tourner résolument vers le "Seigneur Jésus", de se remémorer son Nom tout-puissant, de l'appeler sans cesse à son secours, d'en faire la nourriture habituelle de son esprit.

4) Ne pas faire de changement quant à nos décisions antérieures.

Fort de l'expérience spirituelle des anciens et de la notre, nous devons nous engager "à ne jamais faire de changement en période de désolation, mais de s'en tenir avec fermeté et constance aux décisions et à la détermination dans laquelle on était le jour qui a précédé la désolation, ou à la détermination dans laquelle on était pendant la consolation qui a précédé". La raison de cette règle de conduite, nous rappelle que "dans la consolation, c'est surtout le bon esprit qui nous guide et nous conseille et dans la désolation c'est le mauvais, dont les conseils ne peuvent nous faire prendre un chemin qui aboutisse".

5) Nous changer nous-mêmes

Pendant la désolation (ou le dégoût spirituel) il ne faut pas changer nos décisions premières, il est par contre excellent de nous changer nous-mêmes vigoureusement en faisant tout le contraire de ce que nous suggère la langueur que nous ressentons, c'est-à-dire "en nous ancrant davantage dans les exercices spirituels" (prière, examen de conscience, jeûne).

6) Demeurer dans la patience

La patience vient à bout de toutes les difficultés. C'est par elle que grandit la force d'âme. Aussi, si l'âme est plongée dans une désolation qui se prolonge, un ennui qui ne semble plus finir, "elle doit travailler, à demeurer dans la patience qui est opposée aux vexations qui lui adviennent". C'est souvent parce qu'on manque de patience et qu'on se décourage que l'ennui spirituel s'aggrave et devient un état maladif. Supportée avec patience, et combattue comme il se doit, la désolation sera vaincue avec la grâce de Dieu et l'âme retrouvera la paix et la joie.

7) Demeurer dans l'humilité

La joie et la désolation se succédant par périodes, dans notre âme, il importe de demeurer dans l'humilité et la confiance. C'est un précieux conseil de saint Ignace qui rejoint l'enseignement des maîtres qui l'ont précédé : " Celui qui est consolé doit tâcher de s'humilier et de s'abaisser autant qu'il lui est possible, en pensant au peu qu'il vaut dans le temps de la désolation, sans cette grâce ou cette consolation. Au contraire, celui qui est désolé doit penser qu'il peut beaucoup avec la grâce qui suffit pour résister à tous ses ennemis, en prenant des forces dans son Créateur et Seigneur". (E.S. n. 324)

Saint Bernard voyait dans cette attitude d'humilité et de confiance, un remède préventif dégoût ou ennui spirituel :

" Et si vous vous réjouissez dans la grâce de Dieu, quand elle est présente, ne croyez pas néanmoins posséder ce don comme un droit qui vous est acquis, ni compter trop sur lui, comme si vous ne pouviez jamais le perdre ; de peur que si Dieu vient tout à coup à retirer sa main, et à soustraire sa grâce, vous ne tombiez dans un découragement, une tristesse excessive. Enfin, ne dites point dans votre abondance : " je ne serai jamais ébranlé " (Ps. 29, 7).

8. Demander la prière aux autres

L'ennui spirituel, le dégoût des choses de Dieu, peut être si grand dans une âme qu'elle se sente incapable de prier, et violemment tentée, dans une sorte de révolte intérieure, de tourner définitivement le dos à Dieu. Plusieurs saints ont éprouvé une telle souffrance intime.

Ainsi, ce qui est arrivé à un disciple, qui depuis peu de temps s'était consacré au service de Dieu. Envahi de ténèbres intérieures et aussi par le souvenir de ses amis jouissant des plaisirs du monde, de ses parents, de tous les biens qu'il venait d'abandonner, la tentation de découragement qu'il en éprouvait était si rude qu'il ne pouvait s'empêcher de le laisser paraître extérieurement, lui qui auparavant était si enthousiaste.

Ainsi, si notre âme en venait à être plongée dans les épaisses ténèbres de l'ennui ou de la dépression spirituelle, au point de se sentir incapable de prier, l'humble recours à quelque personne proche de Dieu pourra sûrement nous obtenir de retrouver la lumière et la joie.

Nous éprouverons alors la vérité et l'efficacité merveilleuse de ce que l'Église appelle "la communion des saints", les enfants de Dieu unis à son divin Fils constituant une immense famille, où tous les biens spirituels sont communs, la richesse des uns comblant la pauvreté des autres.

La Tristesse

La tristesse n'est jamais bien loin de nous. C'est un sentiment qui habite même en nous; il loge, pour ainsi dire, dans cette région obscure de notre âme, où nos attentes de lumière et de chaleur, de bien-être et d'affection, de paix et de joie ne sont pas comblées, ou peut-être frustrés, ou pis encore combattus. Dans notre condition humaine actuelle, la tristesse se tient à l'arrière-plan de la scène de notre vie, prête à prendre le devant de la scène au moindre évènement pénible.

Le sentiment de tristesse vivement ressenti se manifeste ordinairement par les larmes, comme nous l'avons sans doute tous éprouvé à l'occasion de deuils. Les larmes sont un langage universel de la nature humaine, mais elles n'expriment pas toujours la tristesse : elles peuvent aussi bien exprimer de fortes émotions d'admiration, de joie, d'amour. Par ses larmes, le petit enfant dit simplement ses besoins, c'est-à-dire sa faim, sa soif, ses malaises, ses souffrances; ses larmes, ses sourires, ses petits cris sont ses premiers mots. Avant l'éveil de sa conscience, les larmes d'un tout-petit ne sont pas l'expression d'un sentiment de tristesse : elles manifestent plutôt des besoins physiques et affectifs. Mais c'est parfois à un âge très tendre qu'un enfant commence à éprouver de véritables sentiments de tristesse ; déjà son âme souffre, et a conscience de souffrir la blessure que lui inflige tantôt un deuil, tantôt un rejet affectif, tantôt un acte de violence, tantôt un danger menaçant, tantôt une profonde insécurité etc. Les maux qui frappent toute personne consciente engendrent naturellement en elle un sentiment de tristesse. Les amis sont véritablement amis, lorsqu'ils sont capables de partager mutuellement et leurs joies et leurs peines. En tout cela, la tristesse n'a rien qui ne soit conforme à la nature, et donc rien qui soit désordonné. Saint Augustin ne revendiquait-il pas le droit de pleurer publiquement sa mère bien-aimée, elle qui avait tant pleuré son fils spirituellement mort ? Il la pleurait visiblement, mais sa tristesse de fils désolé était pleine de cette merveilleuse consolation que la foi et l'espérance donnent aux âmes chrétiennes.

C'est que nous ne sommes pas faits pour la tristesse, bien que nous ne puissions y échapper à certains moments de notre vie. L'homme n'a pas été créé par Dieu pour mener une vie triste, mais bien plutôt une vie heureuse. En réalité, Dieu nous a créés à son image et ressemblance pour que nous puissions participer, déjà sur terre, à son propre bonheur, et qu'après l'épreuve de notre pèlerinage terrestre, nous puissions entrer dans sa joie infinie.

Voyons maintenant :

1. la nature de la tristesse 
2. quelles en sont les espèces 
3. en quoi consiste la maladie de la tristesse 
4. quelles sont les causes principales de cette maladie 
5. quels en sont les effets 
6. quels en sont les remèdes les plus efficaces

En guise de conclusion, nous dirons quelques mots du principe et fondement de la joie chrétienne.

1. La nature de la tristesse

Saint Thomas d'Aquin définit la tristesse comme étant la douleur de l'âme. Cette douleur spirituelle, qui peut accompagner la douleur physique, s'en distingue quant à son mode de perception et quant à son objet. Elle se distingue d'abord de la douleur physique en ce qu'elle est saisie, non par les sens extérieurs, mais par l'imagination et la raison. Appréhendée par l'intelligence, elle consiste en une réaction douloureuse de la volonté vis-à-vis du mal, qui contrarie ce vers quoi elle tend comme vers son bien ; de sorte qu'elle réside proprement dans la volonté qui souffre d'être contrariée. C'est pourquoi la tristesse, comme telle, ne peut être ressentie par les tout-petits non encore parvenus à une vie consciente. ce qui ne veut pas dire que ces tout-petits ne puissent souffrir. Les bébés, même les embryons, peuvent être physiquement broyés par la souffrance.

D'autre part, la tristesse se distingue de la douleur physique quant à son objet. L'objet de la douleur physique est un mal qui est physiquement présent. Tandis que l'objet de la tristesse est un mal qui n'est pas nécessairement présent physiquement, mais qui, comme cause de douleur spirituelle, peut être passé ou futur. Cela signifie que le mal engendrant la tristesse repose sur une perception subjective sans doute actuelle, qui rend présent dans la conscience un mal qui n'est pas nécessairement présent physiquement. Par où l'on comprend que, dans la tristesse, l'imagination peut jouer un rôle plus ou moins grand. C'est ainsi, par exemple, que l'amertume est une tristesse qui plonge ses racines dans le passé, et que l'anxiété est une tristesse qui se rapporte à l'avenir. La tristesse, étant de nature spirituelle, n'est donc pas comme la douleur physique, liée au temps déterminé où le mal est extérieurement présent.

En elle-même la tristesse, comme réaction à la douleur de l'âme, n'est ni bonne ni mauvaise moralement. Elle est la réponse de notre sensibilité au mal dont l'âme a pris conscience. Elle est un signal d'ordre sensible que quelque chose ne va pas selon le désir de notre volonté en quête de bien. Elle est aussi parfois en nous comme un appel à chercher du secours pour retrouver la joie, car comme nous l'avons dit, nous ne sommes pas faits pour la tristesse mais pour la joie. Cela signifie que la tristesse, comme réaction naturelle au mal qui nous afflige, a besoin d'être contenue dans certaines limites; elle a besoin d'être modérée et équilibrée par la raison, c'est-à-dire par la vertu cardinale de force, qui s'exprime principalement par le courage et la patience. Si elle n'est en aucune façon maîtrisée par ces vertus, elle tend à prendre le contrôle de nos facultés sensibles d'abord, puis de nos facultés intellectuelles. Une très grande fragilité s'installant dans la personnalité est le résultat d'une tristesse incontrôlée, c'est-à-dire à laquelle on n'oppose aucune retenue venant de la raison. S'il est naturel de pleurer à cause d'une très vive peine, il n'est pas naturel de pleurer pour rien, d'être toujours à gémir, à se lamenter à la moindre contrariété.

2. Les espèces de tristesses

Jusqu'ici nous n'avons parlé de la tristesse que comme une réaction naturelle de l'âme devant un mal qui l'afflige, et nous avons dit que, comme telle, la tristesse n'est ni bonne ni mauvaise moralement. Elle commence à être mauvaise, lorsque, dans son excès, elle se ferme au contrôle que les vertus morales ont pour mission d'exercer sur ce que les anciens appellent les passions de l'âme (qui sont ses mouvements intérieurs sensibles en réaction aux évènements extérieurs). En regard de l'ordre moral, la tristesse peut donc être bonne ou mauvaise. Il y a deux sortes de tristesses, une bonne et une mauvaise, c'est-à-dire la tristesse selon Dieu, qui opère la repentance pour le salut, et la tristesse du monde, qui opère la mort.

De la tristesse inspirée de Dieu, saint François de Sales dit qu'elle produit dans l'âme deux bons effets ou vertus, à savoir: la miséricorde et la pénitence. Tandis que la tristesse du monde, - celle qui cherche à se soustraire à l'ordre moral -, engendre dans l'âme six graves maladies, à savoir : l'angoisse, la paresse, l'indignation, la jalousie, l'envie et l’impatience. La tristesse en tue beaucoup, et il n'y a point de profit en elle, parce que pour deux bons ruisseaux qui proviennent de la source de tristesse, il y en a six qui sont bien mauvais.

La bonne tristesse

Il est quand même important de retenir qu'il existe une bonne tristesse, qui a pour objet un mal très affligeant ­ lorsqu'on ne refuse pas d'en prendre conscience ­ à savoir le mal du péché, le mal de l'éloignement du bien suprême, absolument essentiel à notre bonheur, qui réside en Dieu. Prendre conscience de ses péchés et de toutes ses misères morales fait mal à l'âme qui ne s'est pas détournée complètement et définitivement du souverain Bien, c'est-à-dire Dieu que, malgré ses faiblesses, elle continue à désirer. Mais si cette prise de conscience est douloureuse pour l'âme, et par conséquent l'attriste, elle lui est très salutaire, car elle la conduit à se repentir et à rompre avec le péché, qui est le plus désastreux de tous les maux. L'âme éprouve alors la tristesse de la pénitence qui est pour elle, en tant que principe de conversion, la source d'une joie très pure. Car cette tristesse, qui fait qu'on s'afflige de ses péchés, réconcilie l'âme avec Dieu. Comme plusieurs pages de la Bible en témoignent, les larmes de cette bonne tristesse qu'est la repentance lavent l'âme de ses péchés. Les plus beaux exemples sont ceux du saint roi David, de Marie-Madeleine et de Pierre. C'est à la tristesse de la repentance que se rapporte la béatitude : Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

L'autre bonne tristesse est celle de la miséricorde. La miséricorde (il s'agit ici de la miséricorde spirituelle) naît dans l'âme qui s'afflige de voir Dieu offensé par autrui, parce qu'elle l'aime ardemment. Cette tristesse de la miséricorde, qui naît toute entière de la charité et qui allume dans le cœur le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, est, elle aussi, source d'une très grande joie, et fait également l'objet d'une béatitude évangélique : Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

La bonne tristesse, qui s'exprime par la pénitence et la miséricorde, même si elle cause à l'âme une vraie douleur, n'en est nullement une maladie ; elle manifeste bien plutôt que l'âme qui l'éprouve est en bonne santé morale et psychologique. Par contre, une âme qui reste enfermée dans la prison de ses péchés, par un refus obstiné de les considérer comme tels et d'avoir à s'en repentir, est minée par la maladie morale de toutes la plus radicale : celle qui fait perdre le sens du bien et du mal et empêche absolument l'âme d'atteindre sa fin, c'est-à-dire d'entrer en possession du bonheur infini pour lequel elle est faite. Cela montre jusqu'à quel point l'enfermement dans le péché emprisonne l'âme dans une tristesse stérile et désespérante.

3. La maladie de la tristesse

Si l'on considère maintenant la tristesse comme une disposition négative envahissante qui ne peut s'installer dans l'âme, en l'affaiblissant de plus en plus, que sous l'influence du démon, il n'y a pas de doute que cette sorte de tristesse est une maladie, et même la pire des maladies de l'âme.

L'ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations à l'endroit des bons; car, comme il tâche de faire réjouir les mauvais en leur péché, aussi tâche-t-il d'attrister les bons en leurs bonnes œuvres ; et comme il ne peut procurer le mal qu'en le faisant trouver agréable, aussi ne peut-il détourner du bien, qu'en le faisant trouver désagréable. Le malin se plaît en la tristesse et mélancolie, parce qu'il est triste et mélancolique et le sera éternellement, et il voudrait que chacun fût comme lui.

4. Les causes de la tristesse-maladie

La tristesse ne devient une maladie spirituelle, qui vide progressivement l'âme de toute force, que lorsqu'elle se laisse déprimer par le mal qui s'impose à elle, de quelque source qu'il vienne. Il est certes naturel de ressentir de la peine ou de la tristesse, quand on est privé d'un bien important qui est nôtre ou que nous désirons, parce qu'il concourt à notre bonheur, comme notre santé, notre réputation, nos parents, nos amis, notre emploi, nos biens matériels, et tout ce qui a véritablement raison de bien pour nous. Tout ce qui contrarie notre volonté dans la recherche de son bien ou de son attachement au bien est la cause d'une tristesse naturelle. Ainsi, l'absence d'amour, de communion, l'insécurité, le rejet, le mépris, la haine, l'indifférence, la discorde, la violence, la guerre sont des causes naturelles de tristesse. De même, les espoirs déçus, les échecs, le délai d'un bien désiré, et aussi la peur, l'anxiété devant le mal à venir, que l'imagination représente comme présent. Et aussi le doute, l'incertitude, la confusion dans la pensée, qui contrarient la soif de vérité dans l'intelligence. Tous ces maux, remplissant l'attention de la conscience actuelle, même s'ils étaient passés ou à venir, sont causes naturelles de tristesse.

Il n'y a maladie spirituelle que lorsque la volonté se laisse dominer ou abattre par l'un ou l'autre de ces maux, en raison d'une déficience des vertus morales de patience et de force, et par dessus tout des vertus surnaturelles de foi, d'espérance et de charité. Les maux passés, présents et à venir, faisant l'objet d'une appréhension actuelle par l'imagination et l'intelligence, mettent à dure épreuve les vertus par lesquelles nous pouvons les surmonter moralement et spirituellement. Le démon intervient toujours dans la maladie spirituelle de tristesse, parce qu'il agit sur notre sensibilité nous représentant comme insurmontables les maux auxquels nous devons faire face, et en même temps il lutte contre nos vertus en travaillant à les affaiblir ou à les détruire. Il tâche de communiquer à l'âme, non suffisamment pourvue de l'énergie des vertus, sa propre tristesse, qui accompagne toujours le triomphe du mal dans un être spirituel fait pour le bien.

5. Les effets du mal de la tristesse

La maladie de la tristesse trouble l'âme, elle l'inquiète. Elle lui inspire de fausses peurs. Elle la dégoûte de la prière. Elle engourdit et accable l'esprit. Elle est une ennemie sournoise de l'intelligence, en lui fermant la voie du discernement et en l'empêchant de porter un jugement objectif sur la réalité. Par suite, elle gêne la liberté de la volonté, lorsqu'il s'agit de faire des choix, de prendre des résolutions, et de s'engager dans une action positive. Elle éteint le courage, ruine les forces vives de l'âme, qu'elle plonge finalement dans une extrême faiblesse. Elle est comme un dur hiver qui fauche toute la beauté de la terre et engourdit tous les animaux; car elle ôte toute suavité de l'âme, et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés.

6. Les remèdes à la tristesse

Le premier remède à la tristesse est la prière, une prière humble et confiante qui n'ait de cesse qu'avec le retour de la joie dans l'âme. Au premier trouble, le serviteur de Dieu doit se lever, se mettre en prière et demeurer face au Père tant que ce dernier ne lui aura pas fait retrouver la joie de celui qui est sauvé. Mais s'il persévère dans la tristesse, alors grandira en lui le mal babylonien recouvrant le cœur d'une rouille tenace que les larmes sont seules capables de déterger.

En plus du recours à la prière, il faut s'opposer vivement aux sentiments de tristesse qui dépriment l'âme en cultivant des sentiments contraires, et cela avec persévérance. Chanter des cantiques spirituels est aussi un excellent moyen pour se débarrasser de la tristesse.

De même, faire de bonnes œuvres. Du moins, s'occuper de quelque travail que la santé permet de faire pour distraire l'esprit des préoccupations qui l'attristent.

Un autre remède très efficace pour passer de la tristesse à la joie est l'ouverture totale du cœur à un conseiller spirituel, en lui dévoilant toutes ses difficultés, ses tentations, ses pensées, car une telle ouverture, qui requiert une bonne dose d'humilité, déjoue à tout coup les pièges de l'ennemi et établit l'âme dans la paix. L'ouverture du cœur faite avec simplicité libère souvent l'âme des plus grands obstacles à la joie.

Un remède préventif de la tristesse est de veiller sur ses fréquentations et conversations, comme du reste sur les spectacles qu'on regarde, de sorte à éviter dans la mesure du possible les influences négatives portant l'âme à la tristesse, et au contraire de chercher le contact de personnes qui, par leurs convictions spirituelles, communiquent la confiance, le courage, l'enthousiasme. La victoire sur la tristesse est grandement aidée par le soutien moral de véritables amis.

L'ultime remède à la tristesse est une foi inébranlable en la divine Providence, s'exprimant en un abandon total entre les mains de Dieu, qui dirige tous les évènements de notre vie pour notre plus grand bien. Si dans sa miséricorde infinie Dieu permet, pour nous purifier et sanctifier, l'épreuve de la douleur morale, il saura bien en temps opportun changer notre tristesse en une joie que personne ne pourra jamais nous ravir.

Conclusion

Comment pourrait-il alors se sentir seul, ou abandonné ou opprimé par le mal lorsque le père, le Fils et le Saint-Esprit font compagnie avec le croyant dans sa marche de chaque jour ? Dans la vie du croyant, il y aura toujours place pour la douleur, car c'est la voie de la Croix qui nous sauve, mais il n'y aura jamais place pour la tristesse. Il est toujours prêt à témoigner à quiconque l'interroge de l'espoir qui le soutient.

Le principe et le fondement de la joie chrétienne, qui doit toujours dominer dans notre âme, c'est la joie de la victoire de Jésus Ressuscité en nous, qui est promise à notre foi. Joie de la victoire sur le mal, c'est-à-dire sur le péché et ses conséquences. Joie de la victoire sur Satan, le père du mensonge. Joie de la victoire sur les erreurs du monde, c'est-à-dire sur les fausses sciences et les fausses sagesses, qui s'opposent à la vérité et à la sagesse de Jésus-Christ.

Le Cœur ouvert de Jésus crucifié et ressuscité est la source vive d'où jaillit la joie infinie de Dieu sur les âmes qui croient en Lui. Cette source de joie divine, actuellement jaillissante au sein de l'Église, communiquera toujours aux pauvres âmes languissantes toute la fraîcheur et la pureté du premier matin du monde.

 

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ARGENT ET SERVICE DE DIEU

14 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

Argent et Service de Dieu

George Winston

Article extrait de la revue Ichthus, no 82, Mars 1979

 

I. Les bénédictions de la libéralité 

L'Ecriture déclare sans détour que la générosité du chrétien sera récompensée. Elle lui promet la bénédiction en abondance (Mal 3.10), le bonheur (Act 20.35), du fruit (Phil 4.17), et elle dit à ceux qui donnent: Il vous sera donné (Luc 6.38). Il reste cependant à déterminer si ces textes peuvent justifier le lien étroit et direct que certains prédicateurs établissent entre leurs appels d'argent et des offres de succès matériel et de guérison divine. Est-il légitime de présenter la prospérité corporelle et financière comme «la moisson d'un don-semence» et comme faisant partie intégrante de «la vie abondante promise par l'Evangile ?» Il nous semble qu'en interprétant de telle façon ces promesses, on va au-delà de ce qui est écrit et à l' encontre de certains enseignements bibliques connexes.

Nous trouvons décrite dans l'Ecriture une certaine façon de mélanger l'argent et la religion qui conduit à un «trafic», c'est-à-dire à un culte commercialisé. Jésus purifia le Temple en s'écriant: Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic (Jean 2.16). Pierre nous avertit: Par cupidité, ils trafiqueront de vous au moyen de paroles trompeuses (2 Pi 2.3). Mais en quoi, au juste, consiste un trafic? A quel moment des mouvements de fonds dans l'Eglise revêtent-ils un caractère illicite?

1. Il y a abus, et par conséquent «trafic» lorsque la somme versée perd son caractère de «don» (Phil 4.17), de «libéralité»et de «sacrifice» (Héb 13.16) et devient un paiement en vue d'une acquisition. Simon le magicien offrit de l'argent aux apôtres en échange d'une bénédiction et d'un pouvoir spirituels. On se souvient de la réponse de Pierre: Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s'acquérait à prix d'argent (Act 8.20). Dieu donne gratuitement et il accepte aussi nos offrandes volontaires, mais Il n'entre en transaction avec personne. C'est à la vue des «vendeurs» et des «changeurs»dans le Temple que s'est enflammée la colère de Jésus (Jean 2.15-16). En revanche, qu'il y ait commerce et négoce en dehors du Temple, rien de plus normal à ses yeux (Mat 25.16-17).

En d'autres termes, que l'argent entre dans le Temple, sous forme d'offrandes, Il ne pouvait que l'approuver (Luc 21.1-4). Mais un marché dans le Temple voilà ce qui lui était en abomination. Les bienfaits de Dieu ne s'obtiennent pas «donnant-donnant». Une œuvre chrétienne n'a le droit en aucun cas d'offrir ces bénédictions en échange d'une contribution pécuniaire.

2. Il y a également trafic lorsque la rétribution du versement est présentée comme devant nécessairement être accordée en biens matériels. Cela risque de faire appel, on le conçoit sans peine, à des mobiles qui ne sont pas purs. La promesse de Mal. 3.10 est-elle vraiment «un pacte d'abondance garantissant la prospérité financière?» Et la somme versée par un chrétien au nom de ce verset devient-elle de la sorte un «placement infaillible ?» Il n'est pas exclu que Dieu récompense nos largesses en pourvoyant à tous nos besoins (Phi14.17 -19), mais il est précisé: Vous serez de la sorte enrichis à tous égards pour toute espèce de libéralité (2 Cor 9.11). Son but n'est pas que nous accroissions notre fortune mais que nous soyons à même de venir en aide aux autres. Celui qui contribuerait à une œuvre chrétienne par intérêt et pour un avantage matériel irait à l'encontre de la parole de Héb. 13.5: Ne vous livrez pas à l'amour de l'argent: contentez-vous de ce que vous avez. C’est lemobile du versement qui serait mauvais. Ce n'est pas l'argent qui est une racine de tous les maux mais bien l'amour de l'argent (1 Tim 6.10).

D'autre part, s'il en était ainsi, les généreux seraient toujours des riches et la disette serait une preuve de parcimonie. Or, que nous est-il dit de nombreux héros de la foi ? Ils allèrent ça et là vêtus de peaux... dénués de tout (Héb 11.37). Et Paul couvrait de sarcasmes les Corinthiens prospères en ces termes: Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches. Dieu, ce me semble, a fait de nous, apôtres, les derniers des hommes... Jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim, la soif; la nudité (1 Cor 4.8-11). Asaph constatait avec perplexité la prospérité des méchants (Ps 73) et Jésus déclare: Heureux vous qui êtes pauvres (Luc 6.20). L'Ecriture ne justifie tout simplement pas l'établissement d'un lien direct et nécessaire entre la piété ou l'esprit de sacrifice et l'abondance financière. Le «culte de la prospérité» et «l'évangile du succès» ne sont pas d'inspiration biblique.

3. On trafique aussi des gens en leur promettant de la part de Dieu la récompense de leurs dons ici-bas et maintenant. L’enseignement de l'Ecriture sur le moment où sont accordées les récompenses est clair. C'est au tribunal du Christ (2Cor 5.10), au jour de son retour (1 Cor 3.12-15; 4.5) et après la mort qu'elles le seront (Apoc 2.10). C'est pour cela que Jésus nous exhorte: Ne vous amassez pas des trésors sur la terre... mais amassez-vous des trésors dans le ciel... car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur (Mat 6.19- 21). Le prédicateur qui offre un trésor sur la terre le fait contrairement à l'ordre du Seigneur et favorise, chez ses auditeurs un attachement aux choses de ce monde. En écartant résolument de leurs campagnes financières ces trois abus, les églises et les œuvres chrétiennes pourront éviter les principaux éléments propices à un trafic.

2. Déontologie en matière de gestion ecclésiastique

1. Il faut éviter des appels financiers à des personnes non-converties: Le sacrifice des méchants est quelque chose d'abominable (Prov 21.27). Dieu ne veut rien recevoir de personne tant qu'on rejette son Fils. Nous ne devons pas aider les impénitents à apaiser Dieu et leur conscience au moyen d'une obole. On rabaisse l'Evangile aux yeux des non-croyants en l'annonçant à leurs frais. En parlant de la libéralité des Macédoniens, Paul apporte cette précision importante: Mais ils se sont d'abord donnés eux-mêmes au Seigneur (2 Cor 1.5).

2. Il faut que l’organisation chrétienne soit «une maison de verre» par rapport à ses finances. Paul écrivait: Nous agissons ainsi, afin que personne ne nous blâme au sujet de cette abondante collecte... car nous recherchons ce qui est bien, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes (2 Cor 8.20-21). L'apôtre insiste qu'il n'est pas suffisant pour celui qui gère des fonds d'avoir la conscience tranquille. Il doit les gérer de manière à rendre impossible le moindre blâme, c'est-à-dire de manière à éviter tout soupçon. Pour ce faire, de nos jours, il faut assurer une vérification annuelle de la comptabilité par un expert comptable ou des firmes spécialisées extérieurs. Un résumé de ce bilan doit être communiqué d'office à tous les amis et donateurs. Ce bilan doit permettre de distinguer facilement, outre les dépenses pour frais généraux, celles pour relations publiques et celles faites spécifiquement pour le ministère. Une déclaration décrivant en détail les buts et objectifs de l'organisation ainsi que sa profession de foi doit aussi être tenue à la disposition du public chrétien intéressé.

3. Les structures de l'organisation doivent assurer une certaine séparation des pouvoirs pour que soient dissociés le ministère de la Parole et la gestion financière. Quand il y a cumul des fonctions, c'est toujours au détriment soit des considérations spirituelles, soit des intérêts pécuniaires de l'Œuvre. L'Eglise de Jérusalem avait connu une dispute au sujet de questions matérielles (Act 6.1). Les apôtres, dont la gestion avait été mise en cause, décidèrent que la meilleure façon de dissiper de tels malentendus était de faire élire par l'assemblée des diacres qui jouiraient de la confiance de chacun (6.2-6). Ceux-ci déchargeraient les apôtres des tâches administratives pour que ces derniers puissent davantage se donner à la prière et au ministère de la Parole (v. 4). Cette façon de faire favorisait une saine gestion de la part des diacres - qui se sentaient responsables vis-à-vis des membres - mais favorisait aussi une plus grande confiance et une libéralité accrue de la part de ces derniers.

Pour les organisations qui ne sont pas des Eglises locales et dont tous les amis et donateurs ne pourraient ni ne voudraient devenir membres de l'association, la marche suivante devrait être adoptée: constituer un conseil d'administration vraiment actif, qui assume pleinement ses responsabilités, et qui soit composé principalement de personnes n'étant pas des employés de l'organisation. Il faut nommer un comité des finances et de contrôle composé de personnes également non-employées.

4. L'œuvre authentique chrétienne doit marcher par la foi et non par la vue (2 Cor 5.7). Tout en agissant avec sobriété et vigilance, elle doit être animée de cet esprit d’entreprise qui seul est conforme à l'immensité des tâches que Dieu confie à ses enfants. Une gestion statique et dépouillée de risques n'est à la gloire de Dieu ni propre à assurer la croissance de son œuvre. La conquête de Canaan ne fut possible qu'après le passage du Jourdain. Les eaux du fleuve ne s'écartèrent devant le peuple qu'après que les sacrificateurs eurent fermement planté les pieds dans l'eau et se furent ainsi mouillés (Jos3.l3, l5).Pour s'emparer du pays promis, il ne faut pas attendre que tous les moyens d'y parvenir soient préalablement en vue, assurés et acquis. Dieu veut souvent que ses enfants fassent un pas par la foi avant d'ouvrir devant eux le chemin. Pour une œuvre, un tel pas pourrait comporter un financement. Il ne semble pas qu'un prêt hypothécaire doive tomber sous l'interdiction de Rom. 13.8: Ne devez rien à personne. Celui qui prête ne reçoit pas seulement des intérêts mais il est assuré, en cas de non- paiement, de récupérer le bien immobilier. Si le prêt est conforme aux normes généralement en cours, il s’agit d'une simple location d'argent.

5. Aucune communauté ou organisation chrétienne ne devrait mettre de côté de l'argent dans le but de vivre de ses rentes. Ce trésor, pas plus qu'un autre, ne sera épargné par la teigne et la rouille (Mat. 6.19). Lorsque le peuple de Dieu au désert accumulait des provisions de manne pour le lendemain, il les retrouvait pourries (Ex 16.20). Il est évident que la recommandation d'amasser pendant l'été (Prov 10.5) doit uniquement permettre de parer à des fluctuations saisonnières, donc, prévisibles. Jésus traita d'«insensé» l'homme qui avait amassé des biens en réserve pour plusieurs années au lieu d'être riche pour Dieu (Luc 12.16-21).

Vouloir parer à toute éventualité est donc une négation de la foi et s'accompagne nécessairement d'un appauvrissement spirituel. Consacrer l'argent qui rentre à l'évangélisation et à l'extension du ministère que Dieu a confié à l'organisation est l'investissement le plus rentable, spirituellement et pour l'éternité. La nécessité de s'attendre au Seigneur pour l'étape suivante permettra à chacun de rester dans la dépendance et l'humilité. C'est par la prière que l’Œuvre avance le plus sûrement. Mais comment demander à Dieu ce qu'on possède déjà et comment faire de bonne foi, un appel à la libéralité de ses enfants si un nouveau projet pouvait très bien être financé en puisant dans les réserves ?

6. Tout donateur a droit à une pièce justificative. Si ce n'est pas toujours une lettre de remerciement (Phil 4.l8), cela peut être un reçu ou un bon d'encaissement. Lorsque le donateur précise à quoi il destine la somme versée, il faut que ses désirs soient respectés et qu'on n'emploie pas l'argent, même temporairement, à autre chose.

Ces quelques principes à observer dans la gestion des choses matérielles devraient aller de soi, mais ils sont d'une importance toute particulière pour les œuvres chrétiennes. Jésus dit: Si vous n'avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les véritables?(Luc 16.1 1 ).Lorsqu'une Eglise ou une organisation manque de conscience, de vigilance ou même de compétence dans les questions financières (qui ne sont que des moyens) il faut reconnaître, qu'en général, elle ne se voit pas confier par le Seigneur le ministère et le rayonnement spirituels auxquels elle aspire et pourrait prétendre.

G.W.

Si vous n'avez pas été fidèles dans les choses injustes, qui vous confiera les véritables ?

Luc 16.11

 

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LES SEPT DERNIERES PAROLES DE JESUS

14 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

                                                                                                  Les sept dernières paroles de Jésus

Bernard Guy

Introduction

 Les dernières paroles d'un homme ou d'une femme au chevet de la mort ont toujours une profondeur particulière.

- Napoléon Bonaparte, le célèbre général et empereur français a dit alors qu'il était au seuil de la mort: «Je meurs avant mon temps et mon corps va retourner à la terre. Tel est le sort de celui qu'on a appelé le grand Napoléon.»

- Voltaire, l'écrivain français profane, lorsqu'il était sur son lit de mort, s'est adressé à son médecin comme suit: «Je suis abandonné par Dieu et par les hommes ! Je vous donne la moitié de ma fortune si vous prolongez ma vie de six mois.»

- Thomas Hobbes, l'homme reconnu pour avoir détourné de la foi de grands hommes en Angleterre, s'est écrié, sur le point de mourir: «Si le monde entier m'appartenait, je le donnerais pour vivre une journée de plus. Je sens que je suis sur le point de faire un grand saut dans les ténèbres.»

Les dernières paroles de Jésus ont aussi une profondeur particulière.

Jésus était le Dieu de l'univers fait, homme.

C'est dans le contexte d'une terrible agonie sur la croix que Jésus a prononcé ses dernières paroles.

- Jésus est resté six heures sur la croix, pendu entre ciel et terre et ces six heures lui ont certainement paru une éternité.

- Durant ces six heures, alors même qu' il était en proie aux souffrances, il a ouvert la bouche sept fois, et pas pour dire des banalités.

- C'est péniblement qu'il a ouvert la bouche pour prononcer ses dernières paroles.

- La crucifixion était une forme de torture qui coupait littéralement le souffle. Le fait d' être pendu par les bras de tout son poids faisait que la douleur avait tôt fait d'atteindre la poitrine du crucifié, de paralyser ses muscles pectoraux, ce qui rendait sa respiration extrêmement pénible. Le crucifié pouvait inspirer l'air, mais ne parvenait pas à l'expirer. Pour être en mesure d'expirer son air, il devait pousser sur ses pieds, redresser les jambes pour enlever la pression sur ses bras et sur sa poitrine. Mais la douleur que cela occasionnait aux pieds était si vive, à cause des clous, que le crucifié s'affaissait bien vite et devait fournir le même effort à l'inspiration suivante. Un crucifié mourait généralement au bout de deux ou trois jours. Mais lorsque les Romains voulaient écourter l'agonie du crucifié, ils lui brisaient les jambes. Incapable alors de se redresser en poussant sur ses pieds, celui-ci ne pouvait plus respirer et suffoquait rapidement. Les soldats brisèrent les jambes des deux larrons crucifiés avec Jésus pour hâter leur mort, mais on ne brisa pas les jambes de Jésus car il était déjà mort (Jean 19.31-33).

Ainsi s'accomplissait une autre prophétie de l'Ecriture selon laquelle aucun de ses os ne serait brisé (Jean 19.36).

- C' est dans ce contexte de souffrances, où Jésus luttait pour chaque inspiration, qu'il a prononcé ses dernières paroles. Ces paroles étaient brèves, pénibles à prononcer et provenaient du plus profond de son être.

I. Alors qu'on enfonçait des clous dans ses pieds et dans ses mains ou peu après, alors qu'on érigeait la croix, Jésus s'est écrié, Père, pardonne-leur, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font (Luc 23.34).

Alors que la majorité des bandits et criminels, révoltés et furieux, proféraient des injures et des menaces au moment où on le clouait au bois, Jésus, rempli d'un calme étonnant et d'un amour inexplicable, intercède auprès du père pour le pardon de ses bourreaux. Comme l'a si bien dit J .C. Ryle, le célèbre évêque anglican de Liverpool, «Alors que le sang du grand sacrifice commençait à couler, le plus grand des grands-prêtres commençait à intercéder .»

Jésus aurait pu réagir différemment. Comment nous-mêmes aurions-nous réagi dans une telle situation?

Jésus aurait pu s'en prendre à ses bourreaux et les accuser comme s'ils étaient les principaux responsables de sa crucifixion. Mais il savait très bien que la croix faisait partie du plan de salut de Dieu et il avait, dans le jardin de Gethsémané, accepté de se soumettre à ce plan, aussi terrible soit-il (Mat 26.39; Actes 2.23; Jean 19.28).

Jésus aurait pu, en sa qualité de juge, condamner ses bourreaux, mais à quoi auraient servi alors ses souffrances? Jésus était venu pour sauver et non pas pour juger. Le temps du jugement viendrait plus tard (Jean 3.16-18).

Jésus aurait pu, en tant que Dieu tout-puissant et créateur de l'univers, détruire ses bourreaux par le souffle de sa bouche, mais il a plutôt accepté de porter sur lui à la croix tous les péchés de tous les hommes de tous les temps, ce qui demandait encore plus de courage et de puissance (Mat 26.47-54).

Non, Jésus ne s'en est pas pris à ses bourreaux, ne les a pas condamnés et ne les a pas détruits non plus par le souffle de sa bouche. Il a plutôt prié pour eux comme il avait aussi ordonné à ceux qui voulaient le suivre de le faire (Mat 5.44).

Prier pour ses bourreaux n'est pas humain, c'est quelque chose de surnaturel. Jésus a pu le faire à cause de sa communion intime avec Dieu. Etienne a pu le faire aussi parce qu'il était rempli du Saint-Esprit et avait reçu une révélation merveilleuse de Dieu (Act 7.51-60). Personne d'entre nous ne peut le faire sans la force de Dieu.

En priant pour ses bourreaux, Jésus a accompli les Paroles du prophète Esaïe, Il s'est livré lui- même à la mort, il a été mis au nombre des malfaiteurs, il a porté les péchés de beaucoup d'hommes et il a intercédé pour les coupables.

Pour qui Jésus a-t-Il intercédé au juste ?

Pour les chefs religieux du peuple qui ont cherché depuis le début, par jalousie, à le faire mourir (Mat 14.5; 36.4; 26.59; 27.1; 6.19).

Pour les soldats romains qui l'ont livré à la mort après avoir reconnu son innocence (Jean 18.38; 19.4; 19.6).

Pour les gens du peuple qui, par crainte des autorités religieuses, ont demandé à Pilate de leur libérer Barabbas plutôt que Jésus (Mat 27.15-20).

Pour nous qui par nos péchés l'avons directement envoyé à la croix.

Jésus a-t-il été exaucé? Comme toujours.

Les chefs religieux sont venus à la foi en grand nombre (Actes 6.7).

Les soldats romains, les premiers, ont reconnu qui était vraiment Jésus (Mat 27.54).

Les gens du peuple, désemparés après avoir entendu le discours de Pierre, ont reconnu leur crime à la Pentecôte (Actes 2.37).

Nous qui sommes ici et les autres croyants à travers le monde sommes aussi la preuve que Dieu a exaucé la prière de Jésus.

Jésus ajoute: Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Est-ce à dire que les gens responsables de la crucifixion de Jésus ignoraient totalement ce qu'ils faisaient? Certainement pas.

Les chefs religieux savaient que leurs accusations contre Jésus étaient fausses (Marc 14.55-56).

Pilate savait que Jésus n'avait rien fait de mal et ne méritait pas la mort (Luc 23.4).

Mais ni les chefs religieux, ni Pilate n'ont compris toute la gravité de leur geste (Act 3.17; 1 Cor 2.8).

Qu'en est-il de nous? Marchons-nous sur les traces de Jésus?

Que faisons-nous lorsqu'on nous offense, nous traite injustement?

Que fait-on lorsqu'on salit notre réputation, lorsqu'on manque de respect à notre égard?

L'apôtre Pierre, dans sa deuxième lettre, nous invite à suivre l'exemple de Jésus (1 Pi 2.23).

Puisque prier pour ceux qui nous maltraitent est quelque chose de surnaturel, comment espérer y arriver sans une communion intime avec Dieu?

II. Touché par l’attitude repentante et la foi d'un des deux brigands crucifiés avec lui, Jésus se tourne vers lui et lui dit, Je te le dis en vérité, aujourd 'hui tu seras avec moi dans le paradis (Luc 23.43).

L'histoire du larron repentant démontre clairement l'importance que Dieu attache à la repentance. Le peuple, les magistrats, les soldats et l'autre malfaiteur crucifié avec Jésus se moquaient tous de lui (Luc 23.35-39). Ils étaient empêchés de voir qui Jésus était réellement parce qu'ils refusaient d'admettre que leur style de vie déplaisait profondément à Dieu.

Mais l'autre malfaiteur affichait une tout autre attitude (Luc 23.40- 43). 
Il reconnaît manifestement avoir commis des crimes et être justement puni pour ces crimes (40- 41).

Il souligne l’innocence de Jésus et le reconnaît comme étant le Messie (42).

Jésus, touché par son attitude repentante et sa foi lui promet bien au-delà de ce qu'il avait demandé. Le larron avait demandé à Jésus de se souvenir de lui lorsqu'un jour, dans dix ans, cent ans ou mille ans, il viendrait établir son royaume. Mais Jésus l'assure qu'il se retrouverait ce jour même dans la présence de Dieu et jouirait d'une communion privilégiée avec lui. Cette communion ineffable avec Jésus, l'apôtre Paul allait aussi l’expérimenter quelque temps plus tard lorsqu'il fut ravi au troisième ciel et s'est retrouvé dans le paradis de Dieu. Le mot paradis est un mot perse désignant un jardin de délices. Ce terme est utilisé dans les Septante, traduction grecque de l'Ancien Testament, pour désigner le jardin d'Eden et fait référence au ciel même dans 2 Cor. 12.4 et Apoc 2.7.

On voit par l'histoire du larron repentant à quel point Dieu prend plaisir à pardonner. Faisons donc preuve d'humilité et venons à Jésus pour obtenir pardon, guérison et une place dans le paradis de Dieu. 

III. Même à l'article de la mort, Jésus se préoccupe des autres. Il pense, entre autres, à sa mère et fait des arrangements afin qu’elle ne manque de rien. Jésus lui dit, Femme voilà ton fils (en parlant de Jean) et il dit à Jean, Voilà ta mère (Jean 19.26-27).

Lorsqu'on souffre beaucoup comme Jésus a souffert, on devient tout absorbé par la souffrance. On s'étonne que Jésus, suspendu sur la croix entre ciel et terre ait eu le réflexe et la force de penser à faire des arrangements pour sa mère.

Lorsque la plupart d'entre nous souffrons, ce n'est pas le temps de nous parler de rien et surtout pas des bobos et des chagrins des autres. Lorsque tu as un mal de tête carabiné, une rage de dents, ou lorsque tu te cognes le gros orteil au pied de la table du salon, la peine et la souffrance des autres te deviennent absolument étrangères.

Marie, la sœur de Marie, Marie de Magdala et Jean se tenaient près de la croix de Jésus. Malgré ses souffrances, sa difficulté de plus en plus grande à respirer, l'angoisse et la tristesse de son âme, Jésus ne pouvait rester insensible à ceux qui se tenaient là près de lui et qui n'avaient pas craint de s'identifier à lui.

D'ailleurs, Jésus a toujours manifesté une grande sensibilité et une grande compassion envers ceux qu'il croisait sur sa route (Mat 9.36; 14.14; 15.32;20.34). 
Marie, sa mère, se tenait là au pied de la croix, déchirée de voir son fils rejeté, méprisé, supplicié comme un misérable malfaiteur. Elle aurait, si elle avait pu, pris volontiers sa place sur la croix. Marie avait beaucoup souffert à cause de lui et il en était très conscient.

- Siméon, lorsqu'il tenait le bébé Jésus dans ses bras avait dit à Marie, Cet enfant sera un jour comme une épée qui te transpercera l'âme (Luc 3.35).

- Marie avait d'abord souffert lorsque devenue enceinte par le Saint-Esprit, elle fut soupçonnée d'infidélité par Joseph et probablement par quelques autres aussi (Mat 1.19).

- Elle avait sans doute aussi beaucoup souffert lorsqu'Hérode avait, dans son désir d'éliminer Jésus, envoyé ses soldats massacrer tous les bébés à Bethléhem et aux alentours devant les yeux horrifiés des parents (Mat 2.16).

- Et maintenant encore, elle avait l' âme transpercée de voir son fils mourir à petit feu sur la croix.

- Marie était veuve, ses autres enfants ne croyaient pas en Jésus et l'avaient probablement abandonnée à cause de cela. Jésus était le fils premier-né et en tant que tel, il avait la responsabilité de veiller sur le bien-être de sa mère. Mais pour Jésus, c'était beaucoup plus qu'une responsabilité. Jésus était sensible à la douleur de Marie et se préoccupait grandement de son bien-être.

- Jésus fait pour Marie le meilleur arrangement possible. Il la confie aux bons soins de son meilleur ami. Jésus savait que Jean allait prendre soin de Marie comme de sa propre mère (Jean 19.27).

Nos coeurs sont-ils remplis de compassion comme celui du maître ou d'insensibilité? Sommes-nous attentifs à ce que vivent les autres autour de nous ? Partageons- nous leurs souffrances ou sommes-nous cassants et indifférents?

Considérons sérieusement l'exemple de Jésus et suivons ses traces. Considérons aussi l'exemple des Hébreux qui ont suivi les traces de Jésus dans ce domaine, au tout début, lorsqu'ils ont reçu l'Evangile (Héb 10.32-34).

IV. Au bout de cinq heures et demie d'agonie, au plus fort de sa douleur, le Seigneur s'est écrié Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? (Mat 27.46).

En entendant crier Jésus, mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné, on croirait entendre la voix du mauvais riche s'écriant, du milieu de la flamme, Père Abraham aie pitié de moi, Le sentiment ressenti par Jésus d'être abandonné par le Père ne correspondait que trop bien à la réalité. Le Père l'avait littéralement abandonné et avait détourné les yeux de lui à cause de nos péchés, comme l'avait prédit le prophète Esaïe, quelques centaines d'années auparavant (Esaïe 53.3-6).

Méprisé et abandonné des hommes, 
Homme de douleur 
Et habitué à la souffrance, 
Semblable à celui devant qui on détourne le visage, 
Il était méprisé 
Nous ne l'avons pas considéré. 
Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, 
C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé; 
Et nous l'avons considéré comme puni,
Frappé de Dieu et humilié. 
Mais il était blessé pour nos péchés, 
Brisé pour nos iniquités; 
Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, 
Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. 
Nous étions tous errants comme des brebis, 
Chacun suivait sa propre voie; 
Et l'Eternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous.

Jamais une seule seconde, la communion intime et immensément profonde qui unissait Dieu le Père, le Fils et l'Esprit n'avait été brisée. Mais voilà que Dieu avait placé tous nos péchés sur les épaules de Jésus et avait déversé sa grande colère sur lui. Jésus subissait le jugement du Dieu très saint que nous méritions tous de subir à cause de nos nombreuses violations de la loi.

Lorsque Jésus parle de sa communion avec le Père, il en parle comme de quelque chose qui sort de l'ordinaire. Il dit dans Jean 10.30, Moi et le Père, nous sommes un et dans Jean 8.29, Celui qui m'a envoyé est avec moi,. il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. Et lorsque le Père parle de sa communion avec le Fils, il en parle aussi comme quelque chose d'extraordinaire. Il dit dans Mat 3.17, Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j' ai mis toute mon affection et dans Mat 12.18, Voici mon serviteur que j'ai choisi, Mon bien- aimé en qui mon âme a pris plaisir. Mais voilà que portant nos péchés sur son dos, Jésus avait accepté de vivre l'expérience terrible d'être séparé de Dieu et rejeté par lui.

Jésus avait dit, lorsqu'il était encore avec ses disciples, il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). L'apôtre Jean reprend la même idée dans sa première lettre et écrit, nous avons connu l'amour en ce qu'il a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour les frères.

Jusqu'à quel point sommes-nous prêts à suivre les traces de Jésus et à donner notre vie pour les frères ? A donner notre temps pour les frères ? A donner de notre énergie pour les frères? A donner de notre argent pour les frères? A donner de nous-mêmes pour les frères en commençant par ceux qui sont le plus près de nous, au sein de nos familles? 

V. Lorsqu'il était sur le point de mourir, Jésus, le palais complètement desséché s'écria, J'ai soif (Jean 19.28).

Jésus était Dieu. Dieu le Fils mourait sur la croix pour nos péchés. Mais Jésus était aussi parfaitement homme. En tant qu'homme, Jésus éprouvait la faim, la soif et la fatigue tout comme nous pouvons l'éprouver. En tant qu'homme, Jésus souffrait dans son corps comme nous souffrons nous aussi dans nos corps.

Et non seulement Jésus éprouvait-il la faim, la soif et la fatigue, mais il ne sentait aucune gêne à le dire. D'ailleurs, en s'écriant qu'il avait soif, Jésus accomplissait une parole de l'Ecriture dans les Psaumes d'après laquelle il devait en être ainsi (Psaume 69.21). Qui aurait dit que celui qui se présentait aux hommes comme étant une source d'eau vive souffrirait un jour de la soif?

Parce que Jésus en tant qu'homme a souffert de la faim, de la soif, de la solitude et de bien d'autres choses, il nous comprend et peut nous assister, nous consoler et nous réconforter dans nos moments de souffrance (Héb 2; 18 et 4.14-16).

VI. Juste avant de rendre l'âme, Jésus s'est écrié, Tout est accompli (Jean 19.30).

Trois des Evangiles mentionnent que Jésus a poussé un grand cri avant d'expirer, mais seul Jean nous rapporte ce que Jésus a dit alors.

Généralement, un crucifié sur le point de mourir n'avait pas la force de pousser de cris, mais rendait l'âme en gémissant. Jésus, lui, a poussé un grand cri. Et le cri de Jésus n'était pas un cri d'agonie, mais un cri de victoire. Jésus venait de remporter la plus grande victoire qui soit.

Par sa vie de parfaite obéissance et par sa mort sur la croix, Jésus venait d'ouvrir les portes du ciel aux hommes.

En le faisant, Jésus avait renversé la puissance de son adversaire le diable. Désormais des hommes et des femmes pourraient être transférés du royaume ténébreux de Satan dans le royaume de Dieu. Paul exprime cette pensée dans sa lettre aux Colossiens (Col 2.15).

Par sa mort sur la croix, Jésus avait aussi renversé le mur qui nous séparait de Dieu et nous privait de sa puissance libératrice. Ce mur étant renversé, nous vivons en communion avec Jésus et celui-ci nous libère de jour en jour de la puissance destructrice du péché (Rom 6.6).

Jésus avait persévéré et accompli tout ce que le Père lui avait demandé de faire. Qu'en est-il de nous? Pourrons-nous dire à la fin de notre courte vie, Seigneur, tout ce que tu désirais que je fasse est accompli? Pourrons-nous dire comme l'apôtre Paul a pu le dire, j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi (2 Tim 4.7). 

VII. Au moment de rendre l'âme, Jésus a de nouveau ouvert la bouche et s'est écrié d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains (Luc 23.46).

Ces dernières paroles de Jésus correspondaient à la prière que les mères juives enseignaient à leurs enfants de dire avant de s'endormir.

Cette prière de Jésus est une expression de sa confiance totale en Dieu. Elle provient d'un psaume dans lequel David remet son sort au Seigneur Dieu avec une pleine confiance qu'il agira en sa faveur (Ps 31.1-6).

Jésus en mourant, se jette dans les bras de son Père car il sait que son père a préparé des choses merveilleuses pour lui. Jésus savait qu'après avoir souffert, le Père le ressusciterait des morts et l'élèverait au-delà de toute mesure.

Lorsque Jésus mentionnait ses souffrances aux disciples, il leur mentionnait toujours aussi de quelle gloire elles seraient suivies.

Jésus savait que le Père le ressusciterait des morts. Mat 16.21; 17.9; 17.23; 20.19; 26.32.

Jésus savait aussi que Dieu lui rendrait sa gloire. Mat 16.27; 19.28; 24.30; 25.31.

C'est d'ailleurs cette espérance de la gloire à venir qui avait donné à Jésus la force de souffrir et d'aller jusqu'au bout (Héb 12.1-2). Jésus savait que Dieu le comblerait au-delà de toute mesure et c'est avec une parfaite confiance qu' il s'en remettait complètement à lui. Qu'en est-il de nous? Nous en remettons-nous à Dieu avec confiance?

Quant tout semble noir? Quand nous souffrons pour Dieu? Quand nous sommes éprouvés d'une façon ou d'une autre? Quand nous luttons contre le péché et devenons fatigués de lutter?

Il faut se rappeler par-dessus tout que le meilleur est à venir (I Cor 15.19). Un de nos plus grands problèmes en tant que croyants est d'avoir trop d'attentes et de désirs par rapport à la vie présente. Il faut garder à l'esprit que le meilleur est encore à venir Comme il a ressuscité Jésus, Dieu nous ressuscitera aussi un jour et nous fera vivre des expériences merveilleuses avec lui (Rom 8.11; 1 Cor 6.14; 2 Cor 4.14).

 

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LA FOI CHRETIENNE ET LE RETOUR AU PAGANISME (4)

14 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Etudes Bibliques

La foi chrétienne et le retour au paganisme (4)

Jean-Marc Berthoud

V. Les effets concrets de ce nouveau paganisme

Avec un phénomène aussi vaste il est impossible de tenter un inventaire général de ses effets sur la société. L'on peut cependant en examiner quelques fruits.

1. Dans les Eglises

Cette spiritualité occulte s'infiltre partout. Cela est particulièrement évident dans les églises. Dans les milieux chrétiens, nous voyons la guérison intérieure, la fascination pour le miraculeux, le mépris de la raison et de la doctrine, l'accent mis sur l'expérience religieuse, l'utilisation de méthodes psychologiques d'inspiration ésotérique, l'obsession croissante pour l'écologie, le remplacement de la proclamation de l'Evangile par une action purement sociale et technique, la recherche à tout prix de l'unité, etc. Ce sont autant de signes de la graduelle paganisation des milieux chrétiens. Sur le plan proprement spirituel, nous devons constater que des hommes dit hommes de Dieu, semblent utiliser des méthodes et des puissances qui ressemblent de façon inquiétante à ce que l'on peut trouver dans la spiritualité du Nouvel Age. Ainsi s'éloigne-t-on, graduellement mais sûrement, de la simplicité de l'Evangile: la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, et l'obéissance quotidienne à ces commandements.

Il n’est curieux de voir plonger les véhicules, les freins, les moteurs et que sais-je dans le sang de Jésus. Le sang de Jésus a été répandu pour la rédemption de l’homme pécheur. Ne boit-on pas le sang de Jésus dans les verres spirituels pendant des séances de délivrances ? Les séances de tombe tombe deviennent nombreuses sans lesquelles, on n’a pas d’onction.

Où allons-nous et à quelle heure sommes-nous ?

La foi chrétienne et le retour au paganisme (2)

2. Le monde de la santé

Nous pouvons constater dans le monde de la santé un intérêt croissant pour tout ce qui concerne les médecines dites parallèles (acuponcture, sophrologie, hypnose, iridiologie, messages psychiques, yoga, etc.). Ces méthodes sont évidemment liées au nouveau paganisme.

Mais il y a plus. Sans la miséricorde de Dieu agissant de manière concrète au-travers de chrétiens vivant leur foi dans leurs circonstances professionnelles, les institutions de la société ne peuvent que se dégrader. La pratique de la médecine n'échappe pas à cette règle. Si l'homme n'est pas créé à l'image du Dieu transcendant et personnel, s'il n'est qu'un élément d'un processus totalement impersonnel, pourquoi faudrait-il alors tant s'inquiéter de la vie de chaque individu? Bien que à l'image de Dieu, il devient moyen, instrument à dépenser en vue du bien être des autres plus dignes de vivre que lui: cobaye scientifique, banque à organes, fœtus à avorter pour ne pas gêner ses parents égoïstes, fœtus à fabriquer en laboratoire pour satisfaire les couples stériles, vieux à éliminer lorsqu'ils deviennent décidément trop incommodes pour leur progéniture sans cœur, etc. On assiste en fait aujourd'hui à une progressive déshumanisation des soins donnés aux éléments les plus fragiles de notre société. Le bien-être de certains privilégiés a remplacé le bien commun défini par la loi transcendante de Dieu.

(a) Avortement

Cela a commencé avec les enfants non encore nés. Comme les juifs et les tziganes sous les nazis, des êtres humains sont aujourd'hui systématiquement considérés comme des non-personnes et traités comme tels, dès qu'ils entrent dans la catégorie des non-désirés. Au CHUV à Lausanne, par exemple, la première question posée à une mère qui téléphone à la maternité pour annoncer qu'elle attend un bébé et souhaite obtenir un rendez-vous est: Désirez-vous garder l'enfant? comme si l'instinct maternel se résumait au fait de vouloir éliminer sa propre progéniture gênante. Aux Etats-Unis, des dirigeants noirs sont horrifiés de découvrir, dans la proportion démesurée d'enfants noirs avortés, le retour en force, sous une forme sinistre, du racisme. La volonté systématique d'imposer la contraception, l'avortement et la stérilisation au tiers monde est elle aussi perçue comme une nouvelle forme de racisme eugénique.

(b) Enfants mal formés et banques d'organes humains

La deuxième catégorie à tomber sous le couteau de nos médecins eugénistes est celle des enfants conçus avec une malformation. L'on tente systématiquement de culpabiliser les parents qui souhaitent garder leur enfant, qui comprennent que l'amour ne s'adresse pas exclusivement aux seuls bien portants. On commence, aux Etats-Unis, au Canada et ailleurs, à éliminer des enfants nés avec des déformations graves et à les utiliser pour alimenter des banques d'organes. On n'arrête pas, en effet, les progrès de la médecine, qui ont créé une demande de plus en plus forte d'organes frais. Un marché a ainsi été créé pour les organes humains, et qui oserait aller à l'encontre des lois sacro-saintes du marché, surtout quand il s'agit de faire du bien? La question se pose: où trouver les organes utilisables en assez grand nombre? Les personnes gravement accidentées, dans le coma par exemple, et qui portent sur eux ce qu'on appelle un testament vivant (qui demande qu'on ne les garde pas inutilement en vie) commencent, surtout aux Etats-Unis, à alimenter ce marché d'organes. L'homme devient ainsi une source d'organes apte à alimenter un marché en pleine expansion. Quelle importance si pour ce faire il faut tuer quelques non-personnes pour améliorer la qualité de vie d'un être humain plus prospère ou mieux capable de défendre sa place au soleil?

(c) Elimination des vieux

Une troisième catégorie de personnes subissent aujourd'hui les effets de ce culte du Moi propre à la spiritualité du nouveau paganisme: ce sont les vieux sans défense légale et sans moyens juridiques, qui ont le tort impardonnable de déranger leur progéniture. C'est ici que nous voyons que la concentration sur son Moi - le cœur même de la nouvelle morale - ne conduit guère à une plus grande ouverture à l'égard des autres. Ainsi, aux Etats-Unis par exemple, on commence à laisser des personnes âgées littéralement mourir de faim et de soif. Cela s'appelle dans le jargon médical, de l'euthanasie passive (laisser mourir quelqu'un en lui enlevant les soins qu'on lui donnait, ici l'eau et la nourriture), que l'on considère moins grave que l'euthanasie active (faire mourir quelqu'un en lui administrant un médicament mortel ou en débranchant les appareils qui lui permettent de vivre). Des pays comme le Canada, l'Australie, les Etats-Unis, la Hollande, l'Autriche connaissent un développement effrayant de l'euthanasie, tant active que passive.

(d) Nouveau cannibalisme

Voici ce qui nous paraît une résurgence de plus en plus brutale des rites les plus sanguinaires d'un paganisme d'autant plus dangereux qu'il se présente sous le dehors innocent des blouses blanches du corps médical. L'avortement paraît de plus en plus comme le sacrifice vivant d'un enfant offert par le médecin-sacrificateur à la requête de parents désireux d'apaiser le dieu d'une sexualité - EROS - totalement coupée de sa finalité procréatrice. L'euthanasie dont les personnes âgées font l'objet n'est manifestement rien d'autre que le sacrifice d'êtres humains au dieu CONFORT. Ainsi, à l'amour chrétien de son prochain, de ses enfants, de ses parents, viennent se substituer la pire cruauté, l'indifférence et l'égoïsme sacré du bouddhisme, attitudes imperméables à toute souffrance. La civilisation hindoue n'est pas connue pour ses œuvres de charité.

Mais il y a pire encore. Ces sacrifices humains sont accompagnés d'un retour au plus pur cannibalisme. Qu'est-ce au juste que le cannibalisme? Ce n'est pas simplement une forme un peu spéciale de gastronomie. En mangeant les organes vitaux de son ennemi ou de la personne sacrifiée rituellement, on croit assimiler sa force vitale, soit personnellement soit pour le bien de la société. Qu'en est-il aujourd'hui? On élimine des êtres humains pour pouvoir en prélever des organes et les implanter à d'autres. On utilise des fœtus pour fabriquer des cosmétiques aptes à rajeunir une peau fanée. On emploie des embryons frais (pardon! des bébés frais) pour produire des substances rajeunissantes. On maintient en laboratoire des embryons en vie à des fins scientifiques. On cherche à coupler génétiquement embryons humains et embryons animaux, des rats et des hommes par exemple. Voici où nous conduit la déshumanisation propre au nouveau paganisme.

3. Face à la mort

Nous en venons tout naturellement à un autre domaine où le nouveau paganisme exerce une influence particulièrement néfaste sur notre société, celui de l'attitude face à la mort. Dans notre civilisation néo-païenne, la mort est de plus en plus considérée comme étant une bonne chose. L'utilisation courante d'expressions telles «la mort douce» ou «mourir avec dignité» témoignent de ce changement psychologique et spirituel. Les récits de plus en plus nombreux d'expériences spirites de personnes prétendant avoir passé par la mort clinique et être revenues à la vie, qui ont été popularisés par les livres de Mme Kubler Ross et du Dr Moody, accréditent l'idée que la mort est sans risque, qu'elle ne contient aucun aiguillon, que le monde à venir accueille tout le monde à bras ouverts, sans discrimination aucune, en bref que l'idée d'un enfer dans l'au-delà n'est qu'un conte de nourrice, un dragon en papier inventé par les chrétiens pour donner un crédit trompeur à leur religion exclusive.

Réponse chrétienne

Mais nous savons que si Jésus-Christ a effectivement vaincu la mort et que, si pour les chrétiens, elle ne détient plus ses anciennes terreurs (malgré l'épreuve qu'elle demeure toujours), pour ceux qui n'ont pas la foi, elle s'ouvre sur cette réalité effrayante de l'enfer et des peines éternelles. Car nous savons que l'homme ne vit qu'une fois sur cette terre et qu'après la mort vient le jugement. Toutes ces soi-disantes expériences post-mortem accréditent le mythe d'une vie ultérieure lumineuse pour tous, vie où tous sont acceptés, quels que puissent avoir été leur foi ou leurs comportements ici-bas. Nous retrouvons ici l'universalisme religieux d'un Karl Barth, dont nous avons déjà parlé. Les soi-disantes expériences de vies antérieures obtenues sous hypnose ou dans un état de transe accréditent également la légende si courante dans le néo-paganîsme de la réincarnation, de la métempsychose. Aux Etats-Unis, on en est même venu à introduire dans les écoles (après l'éducation sexuelle et les cliniques sexuelles) des cours et des psycho-drames scolaires sur la mort. Tout cela a tendance à banaliser la mort, à la rendre attrayante, désirable. Un tel encouragement à l'instinct de mort qui sommeille dans le coeur de tous les hommes, explique sans aucun doute la croissance prodigieuse de la vague de suicides qui sévit dans tous les pays de l'occident, surtout parmi la jeunesse.

4. L'invasion générale de toutes les disciplines par l'esprit du nouveau paganisme

L'immoralité et la criminalité croissantes de nos sociétés sont étroitement liées au relativisme moral et au subjectivisme. Ce relativisme s'est introduit dans la psychologie et dans la pédagogie, faisant disparaître les absolus moraux. Il est intéressant d'apprendre que les débuts de la psychanalyse étaient étroitement liés à l'occultisme. En effet, Freud reconnaît que les origines de ces méthodes d'analyse avaient comme source des pratiques explicites d'occultisme cabalistique. De même la psychologie de Jung, qui se sépara assez rapidement de Freud, baignait dans l'ésotérisme et les mystiques orientales. Cette nouvelle spiritualité se retrouve dans le monde des affaires. Non seulement les pratiques occultes de concentration et d'influence du comportement d'autrui sont monnaie courante dans les nouvelles techniques de vente, mais on cherche de plus en plus à introduire différentes formes de méditation ou de dynamique de groupe à base ésotérique dans les séminaires de formation pour hommes d'affaires. Ce néo-paganisme a envahi des domaines tels que l'économie, la musique (populaire et sophistiquée), l'art, les sciences, la littérature, etc. Les bases de toute notre culture sont en train de basculer vers ce néo-paganisme. Nous nous trouvons de plus en plus entourés d'un monde spirituellement souillé et, comme Daniel à la cour du roi de Babylone, nous devons prendre la précaution élémentaire de nous conformer sérieusement aux commandements de Dieu.

5. La nouvelle religion

Pour finir ce tour d'horizon, regardons un instant un autre domaine où la nouvelle spiritualité joue un rôle capital: celui de la religion ésotérique qui prend partout la place du christianisme. L'astrologie a certainement plus d'influence sur le comportement des masses aujourd'hui dans nos divers pays que la Bible. Les réunions publiques pour la défense de la foi dans nos villes sont quasiment inexistantes. Partout, cependant, on voit afficher des rencontres ésotériques et occultes de tous genres. Voici quelques extraits du programme genevois pour l'hiver 1989 proposé par la revue «Synthésis»:

- L'art de la guérison spirituelle.
- Les sons: une force de guérison.
- La santé par les couleurs.
- Energie et guérison.
- Rééducation du contrôle cérébral.
- Les cristaux pour notre développement personnel.
- Introduction à la thérapie des vies antérieures.
- La guérison des attitudes.
- A la découverte de soi.
- L'amour qui guérit.
- Les harmonisants du Dr Bach.
- Les bijoux métaphysiques.
- Le yoga des yeux.

«Time Life» diffuse en masse en Suisse, et sans doute dans d'autres pays, un procédé dont le but serait d'évaluer les dons médiumniques personnels des lecteurs. Un autre envoi de masse passant récemment par la poste propose un anneau à fixer à l'oreille qui ferait immanquablement perdre tous les kilos qu'on aurait en trop. Ou bien, il est question dans le journal publicitaire «Trente jours» des morts qui se manifesteraient à leurs proches au téléphone ou, encore mieux, visuellement par le poste de télévision. Sans parler de l'ultra-célèbre Lynn Palmer, «la meilleure astrologue et numérologue du monde», nous dit-on, capable de prédire sans faute votre avenir, contre pièces sonnantes bien sûr.

Quelle bigoterie, quelle crédulité superstitieuse, à une époque où tout est de plus en plus rationalisé! Mais derrière tant d'âneries, de faux semblants et de duperies se trouve cependant une réalité des plus inquiétantes. A ce sujet la Bible est claire:

La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive. Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu... Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous; et ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible par des images représentant l'homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. C'est pourquoi Dieu les a livrés à l'impureté, selon les convoitises de leurs coeurs. Rom 1.18-23

L'invasion de pratiques ésotériques à laquelle nous assistons est manifestement un jugement de Dieu sur des nations qui l'ont connu autrefois et qui s'en sont volontairement détournées. De telles pratiques ne peuvent, à leur tour, qu'entraîner de nouveaux jugements, plus redoutables encore. La Parole de Dieu nous en donne un terrible avertissement:

Lorsque tu seras entré dans le pays que l'Eternel, ton Dieu, te donne, tu n 'apprendras pas à imiter les pratiques horribles de ces nations-là. Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui se livre à la divination, qui tire des présages, qui ait recours à des techniques occultes ou à la sorcellerie, qui jette des sons, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou prédisent l'avenir personne qui interroge les morts. En effet, quiconque se livre à ces pratiques est en horreur à l'Eternel, et c'est à cause de ces horreurs que l'Eternel, ton Dieu, va déposséder ces nations devant toi. Tu seras entièrement consacré à l'Eternel, ton Dieu. Car ces nations que tu déposséderas écoutent les tireurs de présages et les devins; mais à toi, l'Eternel ne le permet pas. Deut 18.9-14

Si un homme ou une femme ont en eux le pouvoir d'invoquer les morts ou de prédire l'avenir, ils seront punis de mort; on les lapidera: leur sang retombera sur eux. Lév 20.27

Conclusion

Que devons-nous faire?

Nous nous trouvons à un carrefour. Face à cette iniquité spirituelle sans nom que faut-il donc faire? Que faut-il entreprendre contre cette marée d'iniquité apparemment irrésistible? Ma réponse est simple: nous devons faire ce que l'Eglise fidèle de Dieu a toujours fait. Le Nouveau Testament exhorte l'Eglise de tous les temps en ces termes:

C'est ici la persévérance des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jésus. Apoc 14.12

La religion pure et sans tache, devant Dieu le Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se garder des souillures du monde.Jac 1.27

Examinez ce qui est agréable au Seigneur; et n 'ayez rien de commun avec les oeuvres stériles des ténèbres, mais plutôt dénoncez-les. Eph. 5.10-11

Dans un temps comme le nôtre, en dépit de toutes les pressions d'un nouveau monde païen, l'Eglise de Dieu doit d'abord persévérer dans l'essentiel, dans la foi véritable au Fils de Dieu, notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ, et dans l'obéissance à la loi de Dieu. Voilà notre programme. Il faut absolument et de toute urgence restaurer la prédication de tout le conseil de Dieu dans nos Eglises. Il nous faut aussi veiller les uns sur les autres, nous exhortant mutuellement chaque jour à obéir en toutes choses à la Parole de Dieu. L'Eglise locale deviendra alors à nouveau cette ville située sur une colline visible loin àla ronde, cette lampe sur un chandelier éclairant toute la maison, ce sel qui purifie une terre corrompue. C'est par notre amour pour les malheureux, et parmi eux les veuves et les orphelins, les vieux et les enfants non encore nés, que nous manifesterons concrètement notre réponse reconnaissante et obéissante à la miséricorde de Dieu pour nous. Une telle Eglise n'aura pas seulement l'apparence de la piété; elle en possédera véritablement la force. Elle saura proclamer la loi de Dieu à un monde mauvais, dénonçant leurs iniquités aux hommes, mettant le doigt sur les perversions propres au temps et au lieu où Dieu l'a placée. Ainsi seront enfoncées les portes de l'enfer et renversées les citadelles du diable. L'Eglise manifestera à tous qu'aujourd'hui encore la prédication de la croix est véritablement la puissance de Dieu pour tous ceux qui mettent leur confiance en Jésus-Christ. Que le Dieu de toute miséricorde nous vienne en aide.

Notes

(60)Sur toutes ces questions voyez le livre fort bien documenté et hallucinant de: Paul de Parrie & Mary Pride: Unholy Sacrifices of the New Age. Crossway Books, Westchester, 1988
(61) Sur l'aspect psychologique du Nouvel Age voyez: Nat Morris: A Man Possessed. The Case History of Sigmund Freud. Regent House, Los Angeles, 1974
Pierre Debray-Ritzen: La scolastique freudienne. Fayard, Paris, 1972
Jacques Van Rillaer: Les Illusions de la Psychanalyse. Pierre Mardaga Bruxelles, 1988
(62) Pour terminer, l'arrière-plan philosophique de ce renouveau religieux est remarquablement éclairé par les ouvrages suivants: Jean Brun: Philosophie et christianisme. Beffroi/Age d'Homme, Quebec/ Lausanne, 1988

 

Lien :   http://www.promesses.org/arts/98p25-30f.html

 

 

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