LA MALADIE DE L'AME (1) - Le blog de Dr André CHOUBEU
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Le blog de Dr André CHOUBEU

LA MALADIE DE L'AME (1)

16 Octobre 2011 , Rédigé par Dr André CHOUBEU Publié dans #Enseignements

LA MALADIE DE L’AME

 

Qu'entend-on par "maladies de l'âme"?

Les maladies de l'âme peuvent être accompagnées de troubles psychologiques et même de désordres psychiques mais ne s'identifient pas avec eux. Pour les problèmes psychologiques notables et les maladies mentales, le recours au psychologue et au psychiatre reste nécessaire. Les maladies de l'âme que nous abordons ici, sont d'ordre moral. Ces maladies sont des conséquences dans l'intelligence, la volonté et les facultés sensibles de désordres conscients ou inconscients dans la vie morale.

Ainsi l'habitude de mentir et l'hypocrisie habituelle sont des maladies de l'âme qui se rattachent à une déviation intellectuelle. Une intelligence malade perd son aptitude naturelle à discerner le vrai du faux, le bien du mal. Elle peut en arriver à tout confondre et à se plonger dans de déplorables illusions. La volonté peut être aussi malade, en raison de toutes sortes de dépendances qui la soumettent à des objets déterminés et lui font perdre la maîtrise de ses décisions, c'est-à-dire sa liberté : la volonté est alors constamment vaincue par l'objet de sa dépendance. L'angoisse, la peur, l'agressivité, non en tant que sentiments passagers justifiés par des causes objectives, mais ressenties comme des peines profondes et habituelles de l'âme, sont des maladies spirituelles qui peuvent être traitées. La propension à la tristesse, à l'inquiétude, au découragement, à la jalousie, à la culpabilité excessive, au scrupule, à l'indécision manifestent aussi que l'âme est malade. Devient aussi inévitablement malade l'âme qui rejette toute norme morale dans la soif qu'elle éprouve des plaisirs des sens, qu'ils soient d'origine gastronomique ou érotique.

Le domaine des maladies de l'âme est très vaste, parce qu'il recouvre en fait tout l'ordre moral. Les désordres moraux habituels engendrent de véritables maladies spirituelles qui compromettent l'équilibre intérieur si délicat et entraînent souvent des maladies physiques. Il n'y a pas de doute que les maladies de l'âme exacerbées exercent une telle violence sur l'organisme humain qu'elles peuvent être mortelles. Il importe donc de les soigner.

 

Introduction aux maladies de l'âme

Les voir et vouloir en guérir

Par suite du péché d’Eden qui affecte la nature humaine, nous sommes tous, plus ou moins, sujets à diverses maladies qui minent sourdement notre âme, la défigurent, l'affaiblissent. Le seul grand Médecin capable de guérir chaque personne humaine est le Christ-Jésus, qui est le Fils de Dieu fait homme. C'est pour guérir parfaitement les hommes que, se revêtant de notre nature, il est venu sur la terre.

Les remèdes aux maux qui affligent l'humanité blessée par le péché lui sont offerts certes dans la merveilleuse doctrine du divin Maître, mais surtout dans le don qu'il lui fait de lui-même, c'est-à-dire de sa propre vie.

Jésus-Christ est toujours prêt à faire le don de sa lumière et de sa vie à tout homme venant en ce monde, fût-il totalement écrasé sous le fardeau de ses misères. Comment se fait-il qu'un si grand nombre, au lieu de relever la tête vers le Christ dans un élan d'espérance, demeurent de plus en plus incliné vers le bas et asservis au mal qui ronge leur âme? Comment se fait-il qu'un si grand nombre de malades spirituels, qui sans doute désirent guérir, ne font que tourner autour de la voie de la guérison, sans y entrer résolument? Ce n'est sûrement pas en raison d'une impuissance du médecin, car il n'existe pas de maladie spirituelle, que Jésus-Christ ne puisse et ne veuille guérir. La grâce de la guérison, il ne la réserve pas à une élite, mais il l'offre à tous sans faire de distinction de personnes, si ce n'est en faveur des plus pauvres et des plus blessées.

Vouloir s'ouvrir à la grâce

S'il est vrai que la guérison spirituelle de chacun est entièrement due à la grâce, il n'est pas moins vrai que pour recevoir la grâce offerte à tous, il faut vouloir s'y ouvrir. En d'autres termes, il faut vouloir prendre les moyens de guérison ou les remèdes prescrits par le médecin. Quant à la volonté de prendre les moyens de guérison prescrits par Jésus-Christ, les malades spirituels que nous sommes tous peuvent se diviser en trois catégories.

1) Les malades qui refusent tout ennui

La première catégorie est celle des grands malades spirituels qui désirent bien guérir de leurs maladies, mais excluent catégoriquement toute intervention chirurgicale et même toute médication qui pourrait leur causer quelque ennui. Ils souffrent pourtant terriblement dans leur âme, mais un remède impliquant pour eux un surcroît momentané de souffrances les jette dans la panique. De remède pénible à la nature, même s'il comportait une entière garantie de succès, ils n'en veulent pas. Ils veulent certes en finir avec les causes d'une souffrance jugée intolérable, mais pourvu que ce soit sans peine. Ils ne veulent se gêner en aucune manière. C'est pourquoi ils tournent tout simplement le dos au médecin qui leur propose l'intervention qui serait nécessaire à leur guérison. Et avec une légèreté d'esprit incroyable, au lieu de tomber à genoux devant leur Sauveur, ils se dressent en adversaires de la croix du Christ, c'est-à-dire de la lumière guérissant qui jaillit des plaies de Jésus crucifié.

2) Les malades qui choisissent leurs remèdes

La deuxième catégorie est celle des malades qui tout en rejetant le bistouri du chirurgien qui serait aussi pour eux absolument nécessaire acceptent cependant de prendre quelques pilules pas trop difficiles à avaler, et hélas, impuissantes à guérir leur mal, pouvant tout au plus l'engourdir. Ces malades ne se détournent pas totalement du divin médecin Jésus-Christ, mais ne prennent des remèdes qu'il prescrit que ceux qui font leur affaire et n'impliquent pas de renoncement sérieux et constant. Ces personnes aiment la prière mais plutôt pour se satisfaire. Elles n'ont pas le véritable esprit de prière, qui signifie un attachement de tout son cœur à la volonté de Dieu dans le détachement de soi et de tout ce qui peut s'opposer au bon plaisir divin. Ce sont les âmes qui prient mais fuient le sacrifice. Elles prient dans la mesure où la prière leur apporte de la consolation, mais elles ne font pas de travail sur elles-mêmes pour vaincre leurs défauts. Elles veulent guérir de leur maladies spirituelles, mais sans effort sérieux. Elles recourent, tour à tour, à une foule de thérapies faciles qui leur promettent une sorte de guérison magique, qui ne se produit jamais, parce qu'elles ne sont pas vraiment décidées d'envisager leur mal dans ses racines mêmes et de les couper. De sorte que, néanmoins quelques soins illusoires, les dangereux virus de leurs maladies continuent à se développer dans leur âme, les entraînant inévitablement vers une très pénible mort.

3) Les malades prêts à prendre les remèdes efficaces

La troisième catégorie est celle des malades qui non seulement désirent sincèrement guérir mais sont prêts à prendre tous les moyens prescrits par le médecin, fussent-ils très douloureux. Ce n'est pas qu'ils sont faits autrement que les autres ; comme les autres ils ressentent la peur de la souffrance. Mais ils veulent tellement guérir qu'ils sont disposés à se gêner et à souffrir pour guérir. Ils ont foi dans le divin Médecin, Jésus-Christ. Aussi est-ce dans la foi qu'ils écoutent ses recommandations. La foi qu'ils ont en Jésus-Christ leur fait vaincre leur peur et s'élancer vers Lui. Sans le connaître encore intimement, ils savent que c'est le médecin le plus compétent, le plus puissant, le plus compatissant et en même temps le plus doux qu'ils ne pourront jamais rencontrer. Alors, ils lui font totalement confiance et lui disent :

Divin Médecin Jésus, je suis tellement malade que vous seul pouvez me guérir. Je m'en remets donc entièrement à vous pour les soins dont mon âme a besoin, et je veux suivre à la lettre tout ce que vous me prescrirez pour ma guérison. Parlez donc, et vos ordres seront exécutés, même si cela me coûte beaucoup de renoncement. Que vous êtes bon de me promettre la guérison, et même une vie toute neuve, si je consens à prendre les remèdes prescrits. Que je serais donc insensé de courir à gauche et à droite en quête de soulagement, tout en fuyant les vrais et sûrs remèdes que vous m'offrez. Je veux vraiment guérir et pour cela je veux prendre uniquement les remèdes qui viennent de vous, parce que ce sont les seuls remèdes efficaces. Tout en voulant prendre ces remèdes qui viennent de votre infinie sagesse et de votre Cœur miséricordieux tout-puissant, je sais la faiblesse extrême de ma volonté. C'est pourquoi je vous supplie de me fortifier sans cesse et de vaincre toute résistance naturelle en moi, et de m'attirer puissamment vers votre Cœur, qui est la source même de la grâce et de la parfaite guérison spirituelle.

Le triomphe de la grâce

La grâce guérissant et salvatrice de Jésus-Christ, néanmoins sa toute-puissance, ne peut triompher dans les âmes mal disposées, qui ne veulent pas sincèrement s'ouvrir à elle. Les malades spirituels de la première et de la deuxième catégorie ne guériront jamais, parce qu'ils ne sont pas décidés à prendre les vrais remèdes prescrits par le divin Médecin. Leurs douleurs, qui les avertissent pourtant de la gravité de leurs maladies, faute de remèdes appropriés, ne pourront qu'augmenter et les emporter vers une issue fatale.

Cependant, aussi longtemps qu'ils vivent, ces malades pourraient encore guérir, mais à la condition de changer de disposition ; à la condition de fouler au pied la peur de souffrir et de s'ouvrir, dans une confiance sans bornes, à la miséricorde de Jésus-Christ.

Il y a certes un grand mystère dans la coopération nécessaire de notre volonté à la grâce de Jésus-Christ. Ce mystère de la liberté humaine dans son rapport à la grâce divine s'éclaire à la lumière de l'Évangile, notamment à la lumière de la parabole du semeur et de la parabole des invités au banquet préparé par le Père pour les noces de son Fils. Nous avons tous à désencombrer le terrain de notre âme pour que la divine semence y germe ; c'est un travail que chacun doit faire, en implorant humblement la grâce de Dieu. Nous avons tous également à donner notre réponse personnelle aux appels de Dieu, à ses invitations réitérées et pressantes pour prendre part à son bonheur. Notre libre réponse, pour être positive et sans tergiversations, suppose une foi vive et concrète, que l'Esprit-Saint ne refuse à aucune personne de bonne volonté. Ainsi, la foi en Jésus-Christ, le seul et unique Sauveur de tous les hommes, est-elle absolument nécessaire autant pour la guérison spirituelle des âmes que pour leur salut éternel.

L'art médical spirituel

1. Le devoir de soigner son âme

Les soins que nous rendons à notre corps nous sollicitent beaucoup, tant nous jugeons important, et avec raison, notre bien-être physique. Cependant nous nous soucions beaucoup moins de la santé de notre âme, qui est incomparablement plus précieuse que notre corps, puisque c'est elle qui le fait vivre et qui détermine son comportement. De même qu'il y a des maladies physiques qui réclament souvent des soins urgents et prolongés, il y a aussi des maladies de l'âme dont les conséquences ne peuvent être que désastreuses pour nous et pour la société, si nous n'en cherchons pas les remèdes.

L'Évangile est le premier principe de la parfaite guérison de l'âme, c'est-à-dire de son salut. L'âme est morte, lorsqu'elle a perdu le souvenir de Dieu. Ce qu'il appelle le souvenir de Dieu, ce n'est pas le souvenir de Dieu dont on a seulement entendu parler, mais de Dieu connu personnellement, senti expérimentalement. La santé de l'âme suppose d'abord et avant tout la rencontre personnelle du Christ-Jésus, la connaissance expérimentale de son amour infini.

L'homme en parfaite santé spirituelle est l'homme entièrement renouvelé qui peut dire : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi" (Gal. 2,20).

2. Comment soigner les maladies de l'âme

Pour les maladies et les souffrances corporelles, la nature du corps réclame elle-même sa nourriture et sa boisson et son vêtement, et ses besoins naturels nous entraînent eux-mêmes à nous soucier d'elle.

Mais pour notre âme, c'est le commandement de Dieu qui nous oblige à soigner ses maladies :

-      à soulager ses souffrances,

-      à rassasier sa faim de la nourriture spirituelle,

-      à lui donner le breuvage de la connaissance de Dieu,

-      à la revêtir du vêtement de la foi,

-      à la chausser de la préparation de l'espérance,

-      à l'élever dans les bonnes habitudes, dans la pratique des bonnes actions, et dans l'obéissance aux commandements de Dieu.

Et quand nos actions intérieures sont saintes et nos actions extérieures pures nous sommes des vases préparés pour l'Esprit de Dieu et où il habite purement et saintement ; c'est alors que nous guérissons les maladies qui arrivent en nous, avec science et avec sagesse et que nous réparons de nous-mêmes les blessures du péché.

Il n'y a pas de maladie de l'âme à laquelle la parole de Dieu n'ait donné de remède, et de même qu'il y a des remèdes mélangés et composés par les médecins pour les maladies corporelles, il y a des remèdes préparés et composés par l'Esprit de Dieu contre les passions du péché, pour que celui qui se sent malade trouve un remède à côté de lui et se donne immédiatement une aide à lui-même.

Les choses de l'ordre extérieur sont posées devant nos yeux comme un modèle pour les choses de l'ordre intérieur, et pour que nous guérissions l'âme de la manière que le corps est guéri. Préparons donc contre chacune des passions le remède qui lui est contraire :

-      contre le doute, la foi;  

-      contre l'erreur, la vérité;

-      contre le soupçon, la certitude;

-      contre le mensonge, la franchise;

-      contre la fourberie, la simplicité;

-      contre la dureté, la douceur;

-      contre la cruauté, la bénignité;

-      contre le désir corporel, le désir spirituel;

-      contre la joie mondaine, la joie du Christ;

-      contre l'intempérance, le jeûne;

-      contre la volupté des pensées charnelles, la volupté des pensées spirituelles;

-       contre la mollesse, l'énergie;

-      contre le dégoût de l'esprit, la constance;

-      contre la malice, la miséricorde;

-      contre la méchanceté d'esprit, la bonté d'âme;

-      contre l'esprit possessif, le renoncement;

-      contre l'inimitié, la paix; contre la haine, l'amour;

-      contre la colère, la réconciliation; contre la fureur, le calme;

-      contre la jalousie, l'amour du bien d'autrui;

-      contre la tristesse, la joie;

-      contre la présomption de nous-mêmes, l'espérance confiante en Dieu;

-       contre l'attachement excessif à notre famille humaine, l'attachement à notre famille céleste; etc.

Toutes ces maladies et de semblables sont donc guéries et soulagées par leur contraire, celui qui désire les choses spirituelles devant renoncer aux choses corporelles. Car le désir de l'un ne vit pas en nous avant la mort de l'autre, c'est-à-dire que le désir de l'Esprit ne vit pas dans nos pensées avant la mort du désir charnel ; la mort de l'un fait vivre l'autre. Lorsque le corps est vivant en nous avec toutes ses convoitises, l'âme est morte avec tous ses désirs; et lorsque l'âme a part à la vie de l'Esprit et que tous ses membres, c'est-à-dire ses pensées, vivent avec elle, l'homme ressuscite d'entre les morts et vit de la vie nouvelle du monde nouveau. Nous ne pouvons pas revêtir l'homme nouveau qui est spirituel, avant de nous être dépouillés de l'homme ancien qui est charnel; et bien que nous ayons revêtu l'homme nouveau par le baptême, nous ne le sentons pas. Toutes les maladies étant guéries par ces remèdes, il appartient à chacun de connaître sa maladie, de devenir son propre médecin, et de prendre les remèdes contraires. À côté de la maladie, est posée la plante qui la soulage, à côté de l'ulcère, le pansement qui le guérit. Si tu désires guérir tes maladies, leur remède n'est pas loin; seulement, sens-les, tes maladies, et acquiers la connaissance des plantes qui les guérissent.

3. Les maladies de l'âme ont besoin d'un traitement méthodique

Nous devons  insiste sur la nécessité de traiter méthodiquement les maladies de l'âme. Il faut employer pour les maladies de l'âme la même méthode que pour les maladies du corps, et d'abord chercher à découvrir leurs causes, qui sont souvent secrètes. Cette méthode conserve son entière valeur. Il est indispensable de l'utiliser en vue de la guérison spirituelle.

Les médecins sages qui veulent s'approcher avec science du traitement des maladies du corps, commencent par étudier leurs causes et les enlever : alors ils apportent sans peine les remèdes aux maladies, parce que, lorsqu'a été enlevée la cause par laquelle elles ont germé, avec la cause sont arrachées les maladies qu'elle a fait naître. Il est impossible, en effet, que demeurent les rameaux ou les fruits, lorsque la racine qui les fait grandir est enlevée de terre; et s'il arrive que des plantes restent vertes un peu de temps à cause de l'humidité de leur nature, cependant elles ne tardent pas à se dessécher, une fois leurs racines secouées et enlevées de terre; de même aussi les douleurs et les maladies du corps, lorsque les médecins ont commencé par enlever les causes qui les font naître, disparaissent peu à peu et s'évanouissent une fois leur cause retranchée du corps.

C'est ainsi qu'il faut procéder à l'égard des passions coupables qui naissent soit du corps soit de l'âme : il faut d'abord enlever les causes qui les font naître pour conserver notre vie dans une sainteté exempte du mal et pour que ce soit notre personne qui la règle librement et sans iniquité. Que l'homme qui veut être libre en Dieu s'affranchisse d'abord des convoitises qui se meuvent en lui, et qu'il s'approche alors de la règle de la liberté du Christ, parce que la région de la liberté ne le reçoit même pas et ne le laisse pas entrer tant que le signe honteux de la servitude se voit sur lui. ... Apprenons d'abord les causes des passions coupables qui tourmentent continuellement notre vie par leurs excitations, afin que nous trouvions sans peine la guérison de notre âme, en prenant exemple pour le traitement de notre âme du traitement de la nature qui guérit les corps humains ; comme des médecins, regardons d'abord les causes qui font naître les excitations coupables contre notre vie, afin de parvenir à la guérison spirituelle.

Quand on examine les causes cachées de la passion mauvaise de fornication, qui est une maladie de l'âme ayant pour effet de l'empêcher de contempler les beautés de Dieu, il est facile de constater que le germe la fornication est la vue de l'intelligence comme une épine pour l'œil : elle l'empêche de regarder Dieu. Ce désir n'obscurcit pas seulement la vue de ceux qui n'ont jamais vu les beautés de Dieu, mais aussi la vue de ceux qui les ont longtemps vues : s'ils s'enferment dans cette passion, leurs mouvements sont aveuglés ; elle est comme un voile devant eux ; elle leur interdit de voir la noble beauté du Christ. Dans l'étude spécifique de la maladie de l'impureté, on découvre des éléments qui mériteraient aujourd'hui d'être considérés attentivement par tous ceux qui s'intéressent aux maladies de l'âme.

L'orgueil

1. Sa nature et sa gravité

L'orgueil est le chef tyrannique des principaux vices, c'est-à-dire de ces vices d'où en découlent une multitude d'autres. Parmi les péchés capitaux, l'orgueil est le plus capital, ou si l'on veut, le plus fondamental. Les Pères de l'Église voient dans l'orgueil l'origine de tout péché, la racine de tout mal, "la mère nourricière et la reine de tous les vices" (Saint Grégoire le Grand).

Saint Thomas d'Aquin définit l'orgueil comme une estime exagérée de soi-même, qui s'accompagne de mépris pour les autres. Dans la mesure où l'on s'élève au-dessus d'un autre, on tend à l'abaisser, du moins dans l'opinion qu'on en a. Le mouvement propre à l'orgueil a quelque chose d'insensé, car il est insatiable dans sa recherche de grandeur : il ne lui suffit pas de s'élever au-dessus des autres et de les mépriser, il cherche à s'élever au-dessus de Dieu lui-même, à mépriser Dieu.

L'orgueil est en réalité le péché propre de Lucifer qui, n'acceptant pas sa condition de créature, a voulu se faire l'égal de Dieu. Tombant dans la folie de l'orgueil, Lucifer a déclaré la guerre à Dieu. C'est dans cette folie de Lucifer que se trouve l'origine première de toutes les guerres, de toutes les révoltes, de toutes les haines, de tous les désordres.

C'est pourquoi, comme le dit saint Jean Chrysostome, "l'orgueil est la plus grave de toutes les maladies spirituelles et la plus nuisible" (Commentaire sur saint Jean, 26.4). S'il n'y a pas de maladie spirituelle plus grave que l'orgueil, il ne fait pas de doute, comme l'a remarqué sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, après les Pères, qu'aucun autre péché n'est plus grave et plus détestable aux yeux de Dieu. Comme rien ne compromet autant la santé spirituelle et le bonheur éternel de l'homme que l'orgueil, une thérapie spirituelle intensive, fondée à la fois sur la lumière de la foi et celle de la raison, s'avère absolument nécessaire pour en guérir.

2. L'origine de l'orgueil en ce monde

La Bible nous apprend que Satan, jaloux du bonheur de nos premiers parents, s'est approché d'eux dans le paradis terrestre, dans le but hypocrite de les détourner de Dieu, en faisant miroiter à leurs yeux la possibilité de devenir comme Dieu, s'ils consentaient à manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal. En les trompant, il réussit à les entraîner dans sa révolte orgueilleuse. C'est ainsi par l'orgueil que la désobéissance à Dieu est entrée dans le monde, et avec elle tous les désordres et tous les maux. Parce que le péché comporte toujours une opposition volontaire à la volonté de Dieu, une préférence de sa volonté propre à celle de Dieu, un acte d'orgueil est présent en tout péché.

3. La maladie de l'orgueil dans l'âme, ses profondes racines

Il faut distinguer entre l'orgueil qui se manifeste dans les actes extérieurs, devenant donc visible dans le comportement, et l'orgueil foncier, invisible, qui fait partie pour ainsi dire de nous-mêmes, parce qu'il nous habite plus ou moins.

Dans la mesure que nous ne reconnaissons pas spontanément la vérité au sujet de nous-mêmes, au sujet de nos défauts, de nos erreurs, de nos torts, dans la mesure où nous essayons de projeter de nous-mêmes une belle image, qui ne correspond pas à la réalité, et cela souvent au détriment des autres, nos âmes sont malades de la terrible maladie de l'orgueil.

C'est seulement dans la lumière de Dieu, et dans celle de son Fils bien-aimé Jésus, qu'il est possible de reconnaître la vérité au sujet de nous-mêmes. Qui sommes-nous devant Dieu, et que sommes-nous? Par nous-mêmes, nous ne sommes rien. Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons est don gratuit de la bonté infinie de Dieu. Reconnaître que nous devons absolument tout à Dieu, qui nous a tout donné, et qui nous donne sans cesse tout gratuitement est le fondement de l'humilité. C'est ce que saint Paul rappelait aux Corinthiens: «Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l'avais pas reçu?» L'orgueil s'enracine dans l'ingratitude, qui suppose elle-même une perte de conscience de ce que nous sommes réellement, l'oubli de notre condition de créatures. La reconnaissance, qui s'appuie sur une vive conscience de la gratuité de l'amour infini de Dieu à notre égard, alimente ce qui devrait être en nous la première et la plus constante de toutes nos pensées, le premier et le plus constant de tous nos sentiments : l'adoration. Car l'adoration consiste à reconnaître Dieu pour ce qu'il est : le souverain Seigneur et le maître absolu de toutes choses. L'adoration nous met à notre vraie place devant Dieu, celle d'un être créé par sa bonté infinie à son image et à sa ressemblance, et qui dépend radicalement de lui à chaque instant, et qui ne peut aussi trouver sa perfection qu'en demeurant dans la soumission à sa volonté. L'adoration en esprit et en vérité s'exprime dans une disposition permanente d'obéissance d'amour à l'égard de Dieu. L'orgueil, fondé sur l'ingratitude envers Dieu, au lieu de l'adorer le méprise, c'est-à-dire méprise sa sainte volonté, et jette l'âme dans la désobéissance à son égard.

L'orgueil a causé un mal indicible à nos premiers parents, en les incitant à désobéir à Dieu, à prétendre atteindre le bonheur en s'opposant à sa volonté. Ils ont choisi librement ­ en croyant librement à celui qui est menteur depuis le commencement ­ de ne pas adorer Dieu, de ne pas le reconnaître comme Dieu. Lorsque nous offensons Dieu par le péché, nous choisissons nous aussi librement de ne pas adorer Dieu, de ne pas le reconnaître comme Dieu, de préférer notre volonté à la sienne, en vertu du même type d'orgueil qui a conduit nos premiers parents à se rebeller contre l'ordre voulu de Dieu.

Plus l'habitude de désobéir à Dieu est grande dans une âme, plus profonde y est la maladie de l'orgueil. L'âme orgueilleuse, dans la mesure même de ses désobéissances à Dieu, ne voit plus clair; elle devient incapable de discerner en elle ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est bien et ce qui est mal, parce qu'elle est enveloppée de ténèbres.

4. Les symptômes de la maladie de l'orgueil

Si la maladie de l'orgueil s'origine dans les relations de l'âme avec Dieu, c'est dans ses rapports avec le prochain que cette maladie se manifeste le plus clairement. En effet, une âme peut être très orgueilleuse et en même temps avoir une certaine piété extérieure. Sans trop s'en rendre compte, elle se comporte vis-a-vis de Dieu comme quelqu'un qui a des droits sur lui; elle trépigne d'impatience si ses prières ne sont pas exaucées comme elle l'entend. Dans l'épreuve elle se décourage. Si l'épreuve devient plus cuisante, plus humiliante, la révolte monte en elle. Inconsciemment sans aucun doute, elle met en question l'amour de Dieu à son égard et même sa justice. "Dieu me rejette. Dieu m'abandonne. Dieu ne m'aime pas. Je n'ai rien fait à Dieu pour qu'il me traite ainsi; il n'est pas juste envers moi", entend-on parfois. Les mêmes âmes qui exhalent ces plaintes amères se livrent souvent à des dévotions de surérogation qui ne servent qu'à leur voiler davantage leur orgueil foncier, tant il est vrai que l'orgueil jette d'épaisses ténèbres dans l'âme.

Dans les rapports avec le prochain il ne peut en être tout à fait ainsi. Car l'orgueil va se manifester par un détestable esprit de domination, de vantardise, d'obstination, de contradiction et d'arrogance.

L'orgueilleux, bien qu'il soit capable de prendre des airs modestes, est convaincu de sa supériorité dans un domaine ou dans l'autre, et il entend bien que cette supériorité soit reconnue. Il est porté à se mettre en valeur, à se vanter, à tirer gloire de son avoir, de son savoir et de son pouvoir. Il recherche l'approbation, les félicitations, les honneurs. Il a aussi, dans sa pensée, toujours ou presque toujours raison ; voilà pourquoi il n'accepte pas facilement une remarque qu'il prendra comme un manque d'égard ou une incompréhension. Il est habituellement si sûr de lui-même qu'il ne lui vient pas à l'idée qu'il puisse ­ en telle ou telle circonstance ­ se tromper gravement. Il s'obstine dans ses idées et son vouloir, dût-il avoir comme adversaires de ses positions des personnes beaucoup plus compétentes et beaucoup plus sages que lui. Il lui est extrêmement difficile de s'incliner devant l'autorité et la vertu des autres, de louer leurs bonnes actions. Il n'aime pas la bonne réputation des autres, cherchant et trouvant toujours quelques motifs pour les critiquer. Dans les relations avec les autres, il impose ses idées, ses façons de faire comme étant les meilleures et devant être adoptées ; il contrôle tout. Et ce contrôle est néfaste, parce qu'il empêche les autres de prendre leurs responsabilités et de s'épanouir, que ce soit à l'intérieur de la famille ou des milieux de travail. Les enfants, certes, doivent apprendre à obéir, et donc à être humbles. Mais les parents doivent former leurs enfants au sens des responsabilités et ne pas les empêcher de se développer en faisant tout à leur place. L'orgueil, qui ne sait pas faire confiance à un inférieur, éteint en lui tout esprit d'initiative; il agit en ennemi de la liberté et de l'autonomie d'autrui.

Il n'est pas rare qu'en plus d'un détestable esprit de domination et d'entêtement, le signalement extérieur de la maladie de l'orgueil soit un esprit de contradiction qui peut aller jusqu'à être systématique. Il suffit alors que l'un dise blanc pour que l'orgueilleux dise noir. C'est ainsi qu'il affirme sa "supériorité" par des avis qui n'admettent aucune discussion On n'est pas loin alors de la véritable maladie mentale. Parce que l'esprit de contradiction rend les relations humaines très désagréables et quasiment impossibles, on peut comprendre que la personne qui en souffre tende à se réfugier dans un triste isolement.

5. L'orgueil et les maladies mentales

L'orgueil prédispose aux maladies mentales. Les perfectionnistes sont en réalité des personnes très orgueilleuses. Elles pensent que pour avoir l'estime ou l'amour de leur entourage elles doivent être parfaites; elles recherchent donc d'une façon excessive la perfection en toute chose. Cette recherche excessive de la perfection les projette dans un monde irréel, où elles ne considèrent avoir de la valeur que si elles atteignent la première place. Si le succès qu'elles rencontrent n'est pas à la hauteur de leur idéal de perfection, elles sont insatisfaites d'elles-mêmes, elles ne s'aiment pas et ne se sentent pas aimées. La raison en est qu'elles cultivent une image grandiose d'elles-mêmes. Comme l'orgueil les amène constamment à se mesurer à un idéal impossible à atteindre, les échecs inévitables de leurs attentes les entretiennent dans une très forte anxiété, qui débouche insensiblement sur la dépression ou dans certains cas sur la psychose paranoïaque. C'est ainsi que, sans être de soi une maladie mentale, le perfectionnisme, qui s'enracine dans l'orgueil, évolue vers la maladie mentale.

6. Les diverses formes de l'orgueil et leurs enfants

L'orgueil s'exprime de bien des manières. Ainsi, la vanité se complaît dans des avantages vrais ou prétendus. La vantardise fait valoir son mérite et ses bonnes actions, et aime à faire ressortir ce qui la flatte. La présomption fait entreprendre avec témérité des choses au-dessus de ses forces et porte à se trop confier dans ses propres moyens. L'opiniâtreté s'attache tellement à son propre sentiment qu'elle ne veut point se rendre à des opinions raisonnables et consciencieuses exprimées par les autres. La hauteur regarde et traite le prochain d'une manière impérieuse, d'un air dédaigneux et avec un ton méprisant. L'ambition aspire à se distinguer des autres, à obtenir des honneurs, des dignités. Le faste aime à se faire remarquer par la richesse et la beauté des vêtements et des ameublements, le luxe des voitures. L'hypocrisie cherche à s'attirer l'estime des hommes, en faisant paraître des vertus qu'on ne possède pas réellement.

En tant que vice capital, l'orgueil donne naissance aux principaux vices qui, eux-mêmes, ont chacun une progéniture exécrable, de sorte qu'en réalité tous les vices y ont leur source commune. Selon saint Grégoire le Grand, les enfants nés de l'orgueil s'appellent la vaine gloire, la jalousie, la colère, la tristesse, l'avarice, la gloutonnerie, la luxure. Chez d'autres Pères, le lien de filiation des vices par rapport à l'orgueil est un peu différent mais l'orgueil en demeure toujours le facteur commun. Quel que soit l'ordre adopté, il n'est pas difficile de voir le lien évident qu'il y a, par exemple, entre l'orgueil et l'ambition, la présomption, le désespoir, le mensonge, la colère, la rancune, la haine.

L'ambition, qui désire toujours plus de richesses, d'honneurs, de gloire, est animée par l'orgueil, dont l'appétit des grandeurs est insatiable. Le lien de la présomption à l'orgueil est aussi très facile à percevoir. L'orgueilleux présume de qualités et de forces qu'il n'a pas ; aussi s'engage-t-il dans des entreprises qui dépassent ses capacités. Par ailleurs, les échecs et les épreuves conduisent l'orgueilleux au désespoir, parce que, s'appuyant sur lui-même, il se ferme au monde de la grâce. Pour continuer à espérer lorsque tout va mal, est absolument requise l'humilité du cœur. Sans l'humilité, il est impossible d'avoir confiance en Dieu.

Quant au mensonge, l'orgueilleux ne fait pas qu'y recourir pour voiler ses erreurs, pour soigner son image, pour se mettre en valeur, il vit dans le mensonge. L'orgueil lui-même est tout entier mensonge ; c'est une maladie qui empêche l'âme d'être simple et vraie devant Dieu et devant les hommes. La colère sort également du cœur et de la bouche de l'orgueilleux. Car il n'accepte pas l'opposition qui le mettrait en question ; sa supériorité contestée, il est prêt à la défendre avec force. Son orgueil blessé le pousse à de l'agressivité, à de la violence verbale et peut-être même physique. Pour impressionner les autres, l'orgueilleux parle fort et agit brusquement, sans délicatesse. Par sa colère, il fait sentir son importance et impose silence à ses interlocuteurs. L'orgueilleux est aussi rancunier ; il ne pardonne pas les offenses. Car le pardon, qu'il faut accorder aux autres si l'on veut être pardonné, exige l'humilité. La grande raison pour laquelle on se refuse au pardon est et ne peut être que l'orgueil.

L'orgueil est le premier responsable de la haine envers Dieu et de la haine envers les hommes, les prétentions de l'orgueil dressant l'âme contre Dieu et le prochain. L'âme orgueilleuse ne voulant pas se soumettre à Dieu ne peut que s'en détourner, et cette aversion de Dieu s'identifie avec la haine. L'orgueilleux n'aime pas davantage son prochain, car on ne peut aimer son prochain en se préférant à lui et en le méprisant, ne fût-ce qu'intérieure-ment. Toute haine prend donc sa source dans l'orgueil. Pour aimer vraiment Dieu et le prochain, il faut devenir humble. L'humilité est la source de l'amour, en ce qu'elle rend l'âme capable d'aimer. Et plus une âme sera humble, comme on le voit dans la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus, plus elle sera capable d'aimer, de sorte qu'il n'existe pas de différence entre les degrés de l'humilité et les degrés de la charité. Saint Benoît parle de douze degrés d'humilité, qui sont autant d'échelons dans l'échelle de la charité parfaite. Saint Ignace de Loyola résume les étapes de l'humilité en trois degrés, le dernier étant cet amour plus grand de Jésus-Christ, qui cherche à l'imiter parfaitement.

7. Les Remèdes à l'Orgueil

L'orgueil qui invertit l'ordre établi par Dieu, qui nous a créés pour l'aimer et le servir et nous mettre entièrement au service de notre prochain, est extrêmement difficile à corriger. Si bien que certains moralistes le considèrent comme ordinairement incorrigible. La raison en est que l'orgueilleux ne veut pas avouer qu'il a tort ; ainsi, toute correction le met en colère. Il ressemble à une personne tourmentée d'un abcès douloureux; on ne saurait toucher son mal du bout d'un doigt sans provoquer des cris de douleur.

Le premier pas à faire pour guérir de l'orgueil sera de prendre conscience de la gravité de cette maladie de l'âme.

Comme nous l'avons dit, c'est la plus grave de toutes les maladies de l'âme : une maladie qui, selon saint Grégoire le Grand "s'érige contre toutes les forces de l'âme, à la façon d'une maladie générale et pestilentielle qui corrompt tout le corps." Tous les Pères de l'Église, ces grands connaisseurs de l'âme humaine, considèrent l'orgueil comme la plus grave et la plus dommageable des maladies spirituelles. L'orgueil, aveuglant l'intelligence, est une maladie qui pervertit le jugement et, par voie de conséquence, cause un agir insensé. C'est une folie, et en réalité c'est l'espèce de folie dont les effets négatifs sur l'équilibre humain sont les plus désastreux. Aussi, la thérapie spirituelle de l'orgueil n'est-elle possible qu'à partir de la prise de conscience du mal terrible qu'il fait à notre âme.

La prise de conscience de l'orgueil qui nous habite tous de diverses manières et à différents degrés, doit nous amener à recourir à Dieu, car laissés à nous-mêmes nous n'en guéririons jamais. La source de l'humilité se trouve en Dieu seul. L'humilité de Dieu s'est incarnée en Jésus-Christ. Parfaite image du Père, le Verbe incarné nous révèle à la fois l'immensité de son amour et la profondeur infinie de son humilité. C'est pourquoi il nous faut demander instamment l'humilité à Jésus, qui peut seul l'apprendre au monde ; il nous en fait nettement l'invitation en nous disant : "Apprenez de moi à être doux et humbles de cœur. (Matt. 11, 29)

À la prière confiante adressée à Jésus pour lui demander son esprit d'humilité, il nous faut joindre la réception fréquente des sacrements de pénitence et d'eucharistie.

La confession, par l'aveu personnel de nos fautes, comporte une humiliation volontaire qui attire puissamment du Cœur de Jésus une grâce d'humilité, qui illumine la conscience et la libère. Le sacrement du pardon, reçu dans le cadre d'une rencontre personnelle avec Jésus, auquel le pénitent ne craint pas de montrer toutes les blessures de son âme peut être dit "le sacrement de l'humilité". En s'humiliant, l'homme pécheur se met à sa place devant Dieu ; il rétablit l'ordre inversé par l'orgueil. D'autre part, la sainte Eucharistie est, parmi tous les sacrements, le sacrement de l'humilité de Dieu. Le propre de l'amour étant de s'abaisser, Dieu ne pouvait s'abaisser davantage que dans le sacrement par excellence de son amour infini. Dans la sainte Eucharistie, Dieu s'anéantit pour ainsi dire pour se donner à nous. C'est à un Dieu qui va jusqu'à l'extrême limite de l'humilité, de la désappropriation de lui-même, que l'âme est appelée à communier dans la sainte Eucharistie.

Pour que la communion de l'homme à l'humilité de Dieu soit vraie, elle suppose en lui une disposition d'humilité, un désaveu très net de tout péché qui l'opposerait à Dieu, et par conséquent la purification éventuelle de l'âme par le recours antérieur au sacrement de pénitence. Seule l'âme qui n'est pas dans un état d'opposition à la volonté de Dieu peut réellement, par la communion, entrer toujours plus profondément dans l'humilité de Dieu et en même temps dans son amour.

Le grand et seul véritable maître de l'humilité étant Jésus-Christ, c'est en se mettant à son école qu'on peut guérir de l'orgueil. Se mettre à l'école de Jésus doux et humble, cela signifie tenir les yeux fixés sur lui et écouter les leçons d'humilité qu'il nous donne depuis sa naissance dans une étable jusqu'à sa mort sur la croix. Un remède efficace à l'orgueil réside dans la contemplation des mystères de la vie de Jésus, surtout du mystère de sa Passion, où le Fils de Dieu a été abreuvé d'humiliations par amour pour nous.

Un autre remède à l'orgueil est de faire usage de paroles de la Sainte Écriture pour les opposer aux impulsions de notre orgueil. Par exemple, l'Écriture sainte affirme à plusieurs endroits que "Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles". Notre-Seigneur nous dit aussi plus d'une fois : "Quiconque s'élève sera abaissé et quiconque s'abaisse sera élevé". Il dit encore : "Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, pour avoir caché cela (la connaissance des vérités les plus hautes) aux sages et aux savants et pour l'avoir révélé aux tout petits". (Mat. 11, 25) L'Écriture contient d'innombrables exemples de personnes que l'orgueil a perdues : Coré, Datan et Abiron, Saül, Sennachérib, Nabuchodonosor, Holoferne, Aman, Hérode, etc. Par contre, elle nous fournit d'admirables exemples d'humilité : Abel, Noé et les patriarches, Moïse, David, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, le saint homme Job, Marie-Madeleine, saint Pierre, le bon larron et par-dessus tout la Vierge Marie.

Comme l'orgueil est l'origine de tous les vices et de tous les désordres, c'est l'humilité qui est le fondement de la sainteté. Personne n'a jamais pu être dans la vérité et devenir saint sans l'humilité. L'histoire de l'Ancien Testament et surtout l'histoire de l'Église en témoignent. La foi en Jésus-Christ ­ non la foi théorique qu'ont les démons ­mais la foi pratique qui fait communier à la vie de Jésus-Christ repose sur l'humilité. Il n'est que de faire attention à la vie des apôtres, des martyrs et de tous les saints pour s'en convaincre. La grandeur d'une âme et de son rayonnement est dans son humilité. Pour guérir du maudit orgueil, car il mène les âmes à tous les désordres et à leur perte, il faut considérer souvent et admirer la beauté supérieure de la vertu d'humilité qui brille en Notre Seigneur Jésus-Christ et en ses saints.

Dans la lutte personnelle que nous avons à livrer contre les différentes formes d'orgueil, il faut nous appliquer à discerner ce qui, en chacun de nous, peut prêter occasion à l'orgueil. Saint Jean Chrysostome, en maître expérimenté de la vie spirituelle énumère une foule de biens, de fonctions et de situations qui donnent habituellement occasion à l'orgueil. Le travail d'identification de nos faiblesses et de leurs motivations secrètes est indispensable si l'on veut y remédier efficacement. Dans cet effort de discernement que nous avons à faire avec la grâce de Dieu, l'aide d'un guide spirituel nous sera précieuse. Le médecin des âmes est Jésus-Christ seul, mais il se sert habituellement pour les guérir de ministres, dont le rôle est d'aider les âmes à voir clair, à accueillir la lumière et la force de l'Esprit saint et à se tourner résolument vers Dieu, dans un authentique mouvement de conversion.

L'Ennui ou la dépression spirituelle

1. Sa nature

Il y a bien des formes d'ennui. Il y a l'ennui ressenti comme une mélancolie vague, passagère, sans cause apparente et caractérisée par le dégoût de toute chose. Ce sentiment d'ennui qui s'empare soudainement de l'âme et la plonge brusquement dans une tristesse accablante a été souvent décrit par les poètes romantiques comme Châteaubriand, Alfred de Vigny, et surtout par Baudelaire dans "Les fleurs du mal". En fait, une telle langueur morale ne peut être sans cause, mais elle n'est pas une maladie de l'âme dans la mesure où elle n'est que passagère. Il y a aussi l'ennui de personnes aimées dont l'absence nous fait souffrir. Le deuil d'êtres chers engendre cet ennui : on s'ennuie de nos parents, d'un époux, d'une épouse, d'amis intimes dont le souvenir hante notre mémoire. Cet ennui, qui est la tristesse d'un amour privé de son objet n'est pas, de soi, une maladie de l'âme. Si l'on considère le travail, les occupations, les activités culturelles, il s'y trouve de l'ennui, dans la mesure où il y a perte de goût ou d'intérêt. Parce que nous ne sommes pas faits pour rien faire, l'oisiveté est par-dessus tout une source d'ennui. C'est ainsi que beaucoup de personnes âgées, vivant repliées sur elles-mêmes, soit par incapacité de se livrer à des activités valorisantes, soit par ce qu'elles ne savent que faire, n'ayant plus de but ou d'intérêt particulier, s'enlisent dans l'ennui. À plus forte raison, les personnes plus jeunes qui voudraient travailler mais ne peuvent trouver de travail seront éprouvées par l'ennui. Toutes ces formes d'ennui ne sont pas, de soi, des maladies de l'âme; cependant elles peuvent conduire à la maladie spirituelle de l'ennui, si l'âme en prend occasion pour s'éloigner de Dieu.

L'ennui, maladie de l'âme, se rattachant au mal général de la tristesse, est en effet une sorte de dépression d'ordre spirituel, s'exprimant par le dégoût, l'abattement, le découragement, qui enlève à l'âme qui en souffre son élan, son enthousiasme et même son intérêt pour les choses spirituelles, c'est-à-dire pour les actes de la vertu de religion : la prière, la pénitence, la lecture spirituelle, l'étude des vérités religieuses, le culte divin en général. Les Anciens appelaient cette dépression spirituelle.

La personne déprimée spirituellement peut ne l'être en aucune manière aux plans physique et psychique. Car elle cherche ordinairement à compenser le vide spirituel qu'elle éprouve par de multiples occupations et distractions. Le travail, manuel ou autre avec, selon les personnes, un intérêt croissant pour les arts, les sciences, les loisirs, en viennent à canaliser toute l'attention et à réclamer toutes les énergies. Il n'y a plus de place pour Dieu. L'âme décentrée de son vrai centre, qui est Dieu, - puisqu'elle est faite à son image et ne peut trouver son repos qu'en Lui - ne peut en ressentir qu'un profond malaise, une tristesse, une morosité qui lui collent à la peau et qu'elle essaie d'oublier en fuyant dans les activités extérieures qu'elle se donne.

2. Les espèces d'ennui ou dégoût spirituel

L'ennui ou dégoût spirituel, qui prive l'âme de la joie de Dieu peut être soit une épreuve, habituellement passagère, soit une maladie spirituelle extrêmement dangereuse. Comme ces deux sortes d'ennui produisent les mêmes effets négatifs dans l'âme, les remèdes à l'un et à l'autre seront substantiellement les mêmes.

A) Comme épreuve, le dégoût des choses spirituelles correspond à ce que les maîtres spirituels appellent la désolation. Lorsqu'il définit la désolation, saint Ignace de Loyola décrit en fait ce qu'est l'épreuve de l'ennui dans une âme qui tend à progresser dans l'union avec Dieu. L'âme désolée n'éprouve plus la consolation de Dieu, qui l'enflammait dans l'amour de son Créateur : elle ne sent plus l'allégresse intérieure qui l'appelait et l'attirait aux choses célestes et à son bien propre et qui la remplissait de paix. Au contraire, elle est envahie de ténèbres et de trouble intérieur. Elle se sent attirée vers ce qui est bas et terrestre, inquiète devant les diverses agitations et tentations. Elle est poussée à perdre confiance, à être sans espérance, sans amour. Elle se trouve alors toute paresseuse, tiède, triste et comme séparée de son Créateur et Seigneur.

"L'épreuve du dégoût des exercices spirituels n'est pas une épreuve légère, affirme saint Augustin; si elle t'afflige, reconnais ta misère et crie vers le Seigneur pour qu'il t'en libère. Et lorsque tu en auras été délivré, chante vite ses miséricordes". Sur l'éventualité et même la nécessité de cette épreuve purificatrice, saint Bernard enseigne à ses disciples : "Sans doute, dans le commencement (de votre combat spirituel contre les affections charnelles) votre cœur sera rempli de tristesse ; mais cette tristesse fera bientôt place à la joie. En effet, vos affections seront purifiées, votre volonté sera renouvelée, ou plutôt il en sera créé une nouvelle en vous, en sorte que tout ce qui vous avait paru difficile, impossible même, vous paraîtra plein de douceur et vous l'embrasserez avec une sorte d'avidité". Ces paroles font écho à celles mêmes que Jésus donnait à ses apôtres après la dernière Cène, une heure avant d'entrer dans son affreuse agonie : "En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et que vous vous lamenterez et le monde se réjouira. Vous serez, vous, attristés, mais votre tristesse se changera en joie" (Jean 16.20).

Saint Augustin rappelle que dans son agonie, Notre-Seigneur Jésus a été accablé par la tristesse et l'abattement, disant: "Mon âme est triste à en mourir". Et cloué sur la croix, il soupirait: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"

"Bien que cet abattement, même grave, puisse être ressenti sans aucune faute, remarque-t-il, qu'il y ait toujours en toi la volonté d'agir ou de souffrir conformément à la volonté de Dieu, comme elle était en Jésus. Si tu reçois de la main de Dieu la peine de cette désolation, bientôt tu seras réconforté avec Jésus-Christ par la consolation d'un ange, mieux par celle de Dieu même".

B) Lorsque le dégoût spirituel est un état permanent de l'âme, soit en raison de la négligence à prendre les moyens pour la surmonter, soit en raison de la tiédeur dans laquelle elle s'est laissée tomber, et qui devient une véritable torpeur spirituelle qui la replie sur elle-même, la séparant de plus en plus de Dieu, on se trouve devant une maladie spirituelle extrêmement dangereuse. Car cette maladie engendre, dans l'âme, selon saint Grégoire le Grand, la malice, la rancœur, la pusillanimité, le désespoir et la recherche des plaisirs illicites. Dans son dégoût de la piété et du culte divin, l'âme en arrive à se détourner de toute pratique religieuse et à n'avoir plus de désir que pour les choses du monde. Elle estime non seulement ne pas avoir besoin de la religion, mais ne comprenant plus rien à la sagesse et à la bonté de Dieu qui fait tourner tous les maux au bien de ceux qui l'aiment, elle devient, "une calomniatrice de Dieu qu'elle trouve sans cœur et sans bonté".

La dépression spirituelle, comme forme de tristesse et d'ennui en face de tout ce qui est du domaine religieux, agit à la façon d'un cancer qui mine d'abord la vertu d'espérance et par conséquent enlève à l'âme son courage, sa force, son énergie, la jetant dans le découragement ou l'indifférence religieuse. Cette maladie spirituelle, ennemie de la persévérance, explique sans doute un grand nombre de défaillances dans la foi. Étant socialement contagieuse, en raison de la mentalité mondaine dans laquelle elle s'enracine, elle est en très grande part responsable du désintéressement collectif de la religion, qui s'exprime aujourd'hui par la diminution très sensible de la pratique religieuse. C'est donc une maladie spirituelle actuelle, bien qu'elle soit presqu'inconnue sous son ancienne appellation. Qu'on lui donne aujourd'hui des noms qui correspondent à ses effets, comme la morosité, l'ennui ou le dégoût de la religion, l'oubli de Dieu, elle n'en reste pas moins très dommageable à la santé des âmes.

3. Ses causes

A) À l'ennui, envisagé comme épreuve de désolation spirituelle permise par Dieu, saint Ignace de Loyola assigne trois raisons principales:

"la première : parce que nous sommes tièdes, paresseux ou négligents dans nos exercices spirituels; c'est alors à cause de nos fautes, que la consolation spirituelle s'est éloignée de nous.

"la seconde : pour éprouver ce que nous valons et jusqu'où nous pouvons aller dans le service de Dieu et sa louange, sans un tel salaire de consolations et d'immenses grâces.

"la troisième : pour nous donner d'apprendre et de connaître en vérité, afin de le sentir intérieurement, qu'il ne dépend pas de nous de faire naître ou de conserver une immense dévotion, un intense amour, des larmes, ni aucune autre consolation spirituelle, mais que tout est don et grâce de Dieu notre Seigneur : et pour que nous n'allions pas faire notre nid chez autrui et nous monter l'esprit jusqu'à l'orgueil et la vaine gloire, en nous attribuant la dévotion ou les autres effets de la consolation spirituelle".

B) Le mal de l'âme, est due surtout au relâchement spirituel, à la paresse, à un esprit d'insoumission. L'homme soumis ne connaît pas ce défaut, les choses sensibles étant pour lui occasion de prospérer dans le domaine spirituel, plutôt que de l'inviter à la tiédeur. L’ennui ou le dégoût spirituel sera alors une sanction dans l'âme de son manque de générosité. Une âme généreuse ranime l'esprit quand il est mort mais l'ennui ou le dégoût spirituel et la paresse dissipent tout le trésor des vertus.

On peut donc dire que les causes les plus générales du dégoût spirituel qui conduit aujourd'hui un grand nombre d'âmes à se détourner de Dieu et à chercher leur bonheur dans le plaisir des sens est la diminution, quand ce n'en est pas le mépris complet, des vertus de foi, d'espérance et de charité.

La civilisation matérialiste dans laquelle nous vivons tend à saper les fondements divins de la vie religieuse. Il serait aujourd'hui insensé de croire et d'espérer en un Dieu qu'on ne voit pas ; la sagesse consisterait à construire soi-même son propre bonheur sur la base des biens de ce monde. La désorientation spirituelle des âmes au profit d'un attachement de plus en plus grand aux ressources du monde présent ne peut que les entraîner à sentir de plus en plus l'amertume du vide spirituel dans lequel elles sont plongées. L'absence de Dieu, surtout si elle est la conséquence d'un rejet volontaire, débouche sur l'immense tristesse de l'ennui et du dégoût spirituel.

 

 

4. Ses remèdes

Que l'ennui spirituel soit considéré comme une épreuve purificatrice ou maladie de l'âme, les remèdes sont les mêmes:

1) D'abord ne pas fuir

"Il est prouvé par l'expérience, qu'on ne combat pas l'ennui spirituel par la fuite; mais qu'il faut lui résister pour la surmonter".

Fuir devant cette tentation signifie s'avouer vaincu et s'éloigner de Dieu. Un jour ou l'autre, devant leurs devoirs religieux, tous les hommes doivent lutter contre la fatigue, la négligence, la paresse, le découragement et persévérer coûte que coûte dans le service de Dieu. Cette persévérance peut exiger beaucoup de courage.

2) Ne pas perdre confiance et recourir au Christ.

"Lors donc que vous vous sentez tombé dans la torpeur, l'ennui spirituel et le dégoût, n'entrez pas pour cela en défiance et ne quittez pas vos exercices spirituels ; mais cherchez la main de Celui qui peut vous assister, conjurez-le à l'exemple de l'Épouse du Cantique, de vous tirer après lui, jusqu'à ce qu'étant ranimé et réveillé par la grâce, vous deveniez plus prompt et plus allègre, et que vous couriez et disiez : "J'ai couru dans la voie de tes commandements, lorsque tu as dilaté mon cœur" (Ps. 118.32).

3) Tenir le regard de l'âme fixé uniquement sur le souvenir de Dieu

"Nous échapperons à ce malaise fait de torpeur et de tiédeur, si nous imposons à notre pensée des limites étroites, en tenant notre regard fixé uniquement sur le souvenir de Dieu. Ainsi seulement l'esprit pourra revenir sans tarder à sa ferveur et sortir de ce trouble irraisonné".

Garder sans cesse le souvenir de Dieu signifie d'abord et avant tout de se tourner résolument vers le "Seigneur Jésus", de se remémorer son Nom tout-puissant, de l'appeler sans cesse à son secours, d'en faire la nourriture habituelle de son esprit.

4) Ne pas faire de changement quant à nos décisions antérieures.

Fort de l'expérience spirituelle des anciens et de la notre, nous devons nous engager "à ne jamais faire de changement en période de désolation, mais de s'en tenir avec fermeté et constance aux décisions et à la détermination dans laquelle on était le jour qui a précédé la désolation, ou à la détermination dans laquelle on était pendant la consolation qui a précédé". La raison de cette règle de conduite, nous rappelle que "dans la consolation, c'est surtout le bon esprit qui nous guide et nous conseille et dans la désolation c'est le mauvais, dont les conseils ne peuvent nous faire prendre un chemin qui aboutisse".

5) Nous changer nous-mêmes

Pendant la désolation (ou le dégoût spirituel) il ne faut pas changer nos décisions premières, il est par contre excellent de nous changer nous-mêmes vigoureusement en faisant tout le contraire de ce que nous suggère la langueur que nous ressentons, c'est-à-dire "en nous ancrant davantage dans les exercices spirituels" (prière, examen de conscience, jeûne).

6) Demeurer dans la patience

La patience vient à bout de toutes les difficultés. C'est par elle que grandit la force d'âme. Aussi, si l'âme est plongée dans une désolation qui se prolonge, un ennui qui ne semble plus finir, "elle doit travailler, à demeurer dans la patience qui est opposée aux vexations qui lui adviennent". C'est souvent parce qu'on manque de patience et qu'on se décourage que l'ennui spirituel s'aggrave et devient un état maladif. Supportée avec patience, et combattue comme il se doit, la désolation sera vaincue avec la grâce de Dieu et l'âme retrouvera la paix et la joie.

7) Demeurer dans l'humilité

La joie et la désolation se succédant par périodes, dans notre âme, il importe de demeurer dans l'humilité et la confiance. C'est un précieux conseil de saint Ignace qui rejoint l'enseignement des maîtres qui l'ont précédé : " Celui qui est consolé doit tâcher de s'humilier et de s'abaisser autant qu'il lui est possible, en pensant au peu qu'il vaut dans le temps de la désolation, sans cette grâce ou cette consolation. Au contraire, celui qui est désolé doit penser qu'il peut beaucoup avec la grâce qui suffit pour résister à tous ses ennemis, en prenant des forces dans son Créateur et Seigneur". (E.S. n. 324)

Saint Bernard voyait dans cette attitude d'humilité et de confiance, un remède préventif dégoût ou ennui spirituel :

" Et si vous vous réjouissez dans la grâce de Dieu, quand elle est présente, ne croyez pas néanmoins posséder ce don comme un droit qui vous est acquis, ni compter trop sur lui, comme si vous ne pouviez jamais le perdre ; de peur que si Dieu vient tout à coup à retirer sa main, et à soustraire sa grâce, vous ne tombiez dans un découragement, une tristesse excessive. Enfin, ne dites point dans votre abondance : " je ne serai jamais ébranlé " (Ps. 29, 7).

8. Demander la prière aux autres

L'ennui spirituel, le dégoût des choses de Dieu, peut être si grand dans une âme qu'elle se sente incapable de prier, et violemment tentée, dans une sorte de révolte intérieure, de tourner définitivement le dos à Dieu. Plusieurs saints ont éprouvé une telle souffrance intime.

Ainsi, ce qui est arrivé à un disciple, qui depuis peu de temps s'était consacré au service de Dieu. Envahi de ténèbres intérieures et aussi par le souvenir de ses amis jouissant des plaisirs du monde, de ses parents, de tous les biens qu'il venait d'abandonner, la tentation de découragement qu'il en éprouvait était si rude qu'il ne pouvait s'empêcher de le laisser paraître extérieurement, lui qui auparavant était si enthousiaste.

Ainsi, si notre âme en venait à être plongée dans les épaisses ténèbres de l'ennui ou de la dépression spirituelle, au point de se sentir incapable de prier, l'humble recours à quelque personne proche de Dieu pourra sûrement nous obtenir de retrouver la lumière et la joie.

Nous éprouverons alors la vérité et l'efficacité merveilleuse de ce que l'Église appelle "la communion des saints", les enfants de Dieu unis à son divin Fils constituant une immense famille, où tous les biens spirituels sont communs, la richesse des uns comblant la pauvreté des autres.

La Tristesse

La tristesse n'est jamais bien loin de nous. C'est un sentiment qui habite même en nous; il loge, pour ainsi dire, dans cette région obscure de notre âme, où nos attentes de lumière et de chaleur, de bien-être et d'affection, de paix et de joie ne sont pas comblées, ou peut-être frustrés, ou pis encore combattus. Dans notre condition humaine actuelle, la tristesse se tient à l'arrière-plan de la scène de notre vie, prête à prendre le devant de la scène au moindre évènement pénible.

Le sentiment de tristesse vivement ressenti se manifeste ordinairement par les larmes, comme nous l'avons sans doute tous éprouvé à l'occasion de deuils. Les larmes sont un langage universel de la nature humaine, mais elles n'expriment pas toujours la tristesse : elles peuvent aussi bien exprimer de fortes émotions d'admiration, de joie, d'amour. Par ses larmes, le petit enfant dit simplement ses besoins, c'est-à-dire sa faim, sa soif, ses malaises, ses souffrances; ses larmes, ses sourires, ses petits cris sont ses premiers mots. Avant l'éveil de sa conscience, les larmes d'un tout-petit ne sont pas l'expression d'un sentiment de tristesse : elles manifestent plutôt des besoins physiques et affectifs. Mais c'est parfois à un âge très tendre qu'un enfant commence à éprouver de véritables sentiments de tristesse ; déjà son âme souffre, et a conscience de souffrir la blessure que lui inflige tantôt un deuil, tantôt un rejet affectif, tantôt un acte de violence, tantôt un danger menaçant, tantôt une profonde insécurité etc. Les maux qui frappent toute personne consciente engendrent naturellement en elle un sentiment de tristesse. Les amis sont véritablement amis, lorsqu'ils sont capables de partager mutuellement et leurs joies et leurs peines. En tout cela, la tristesse n'a rien qui ne soit conforme à la nature, et donc rien qui soit désordonné. Saint Augustin ne revendiquait-il pas le droit de pleurer publiquement sa mère bien-aimée, elle qui avait tant pleuré son fils spirituellement mort ? Il la pleurait visiblement, mais sa tristesse de fils désolé était pleine de cette merveilleuse consolation que la foi et l'espérance donnent aux âmes chrétiennes.

C'est que nous ne sommes pas faits pour la tristesse, bien que nous ne puissions y échapper à certains moments de notre vie. L'homme n'a pas été créé par Dieu pour mener une vie triste, mais bien plutôt une vie heureuse. En réalité, Dieu nous a créés à son image et ressemblance pour que nous puissions participer, déjà sur terre, à son propre bonheur, et qu'après l'épreuve de notre pèlerinage terrestre, nous puissions entrer dans sa joie infinie.

Voyons maintenant :

1. la nature de la tristesse 
2. quelles en sont les espèces 
3. en quoi consiste la maladie de la tristesse 
4. quelles sont les causes principales de cette maladie 
5. quels en sont les effets 
6. quels en sont les remèdes les plus efficaces

En guise de conclusion, nous dirons quelques mots du principe et fondement de la joie chrétienne.

1. La nature de la tristesse

Saint Thomas d'Aquin définit la tristesse comme étant la douleur de l'âme. Cette douleur spirituelle, qui peut accompagner la douleur physique, s'en distingue quant à son mode de perception et quant à son objet. Elle se distingue d'abord de la douleur physique en ce qu'elle est saisie, non par les sens extérieurs, mais par l'imagination et la raison. Appréhendée par l'intelligence, elle consiste en une réaction douloureuse de la volonté vis-à-vis du mal, qui contrarie ce vers quoi elle tend comme vers son bien ; de sorte qu'elle réside proprement dans la volonté qui souffre d'être contrariée. C'est pourquoi la tristesse, comme telle, ne peut être ressentie par les tout-petits non encore parvenus à une vie consciente. ce qui ne veut pas dire que ces tout-petits ne puissent souffrir. Les bébés, même les embryons, peuvent être physiquement broyés par la souffrance.

D'autre part, la tristesse se distingue de la douleur physique quant à son objet. L'objet de la douleur physique est un mal qui est physiquement présent. Tandis que l'objet de la tristesse est un mal qui n'est pas nécessairement présent physiquement, mais qui, comme cause de douleur spirituelle, peut être passé ou futur. Cela signifie que le mal engendrant la tristesse repose sur une perception subjective sans doute actuelle, qui rend présent dans la conscience un mal qui n'est pas nécessairement présent physiquement. Par où l'on comprend que, dans la tristesse, l'imagination peut jouer un rôle plus ou moins grand. C'est ainsi, par exemple, que l'amertume est une tristesse qui plonge ses racines dans le passé, et que l'anxiété est une tristesse qui se rapporte à l'avenir. La tristesse, étant de nature spirituelle, n'est donc pas comme la douleur physique, liée au temps déterminé où le mal est extérieurement présent.

En elle-même la tristesse, comme réaction à la douleur de l'âme, n'est ni bonne ni mauvaise moralement. Elle est la réponse de notre sensibilité au mal dont l'âme a pris conscience. Elle est un signal d'ordre sensible que quelque chose ne va pas selon le désir de notre volonté en quête de bien. Elle est aussi parfois en nous comme un appel à chercher du secours pour retrouver la joie, car comme nous l'avons dit, nous ne sommes pas faits pour la tristesse mais pour la joie. Cela signifie que la tristesse, comme réaction naturelle au mal qui nous afflige, a besoin d'être contenue dans certaines limites; elle a besoin d'être modérée et équilibrée par la raison, c'est-à-dire par la vertu cardinale de force, qui s'exprime principalement par le courage et la patience. Si elle n'est en aucune façon maîtrisée par ces vertus, elle tend à prendre le contrôle de nos facultés sensibles d'abord, puis de nos facultés intellectuelles. Une très grande fragilité s'installant dans la personnalité est le résultat d'une tristesse incontrôlée, c'est-à-dire à laquelle on n'oppose aucune retenue venant de la raison. S'il est naturel de pleurer à cause d'une très vive peine, il n'est pas naturel de pleurer pour rien, d'être toujours à gémir, à se lamenter à la moindre contrariété.

2. Les espèces de tristesses

Jusqu'ici nous n'avons parlé de la tristesse que comme une réaction naturelle de l'âme devant un mal qui l'afflige, et nous avons dit que, comme telle, la tristesse n'est ni bonne ni mauvaise moralement. Elle commence à être mauvaise, lorsque, dans son excès, elle se ferme au contrôle que les vertus morales ont pour mission d'exercer sur ce que les anciens appellent les passions de l'âme (qui sont ses mouvements intérieurs sensibles en réaction aux évènements extérieurs). En regard de l'ordre moral, la tristesse peut donc être bonne ou mauvaise. Il y a deux sortes de tristesses, une bonne et une mauvaise, c'est-à-dire la tristesse selon Dieu, qui opère la repentance pour le salut, et la tristesse du monde, qui opère la mort.

De la tristesse inspirée de Dieu, saint François de Sales dit qu'elle produit dans l'âme deux bons effets ou vertus, à savoir: la miséricorde et la pénitence. Tandis que la tristesse du monde, - celle qui cherche à se soustraire à l'ordre moral -, engendre dans l'âme six graves maladies, à savoir : l'angoisse, la paresse, l'indignation, la jalousie, l'envie et l’impatience. La tristesse en tue beaucoup, et il n'y a point de profit en elle, parce que pour deux bons ruisseaux qui proviennent de la source de tristesse, il y en a six qui sont bien mauvais.

La bonne tristesse

Il est quand même important de retenir qu'il existe une bonne tristesse, qui a pour objet un mal très affligeant ­ lorsqu'on ne refuse pas d'en prendre conscience ­ à savoir le mal du péché, le mal de l'éloignement du bien suprême, absolument essentiel à notre bonheur, qui réside en Dieu. Prendre conscience de ses péchés et de toutes ses misères morales fait mal à l'âme qui ne s'est pas détournée complètement et définitivement du souverain Bien, c'est-à-dire Dieu que, malgré ses faiblesses, elle continue à désirer. Mais si cette prise de conscience est douloureuse pour l'âme, et par conséquent l'attriste, elle lui est très salutaire, car elle la conduit à se repentir et à rompre avec le péché, qui est le plus désastreux de tous les maux. L'âme éprouve alors la tristesse de la pénitence qui est pour elle, en tant que principe de conversion, la source d'une joie très pure. Car cette tristesse, qui fait qu'on s'afflige de ses péchés, réconcilie l'âme avec Dieu. Comme plusieurs pages de la Bible en témoignent, les larmes de cette bonne tristesse qu'est la repentance lavent l'âme de ses péchés. Les plus beaux exemples sont ceux du saint roi David, de Marie-Madeleine et de Pierre. C'est à la tristesse de la repentance que se rapporte la béatitude : Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

L'autre bonne tristesse est celle de la miséricorde. La miséricorde (il s'agit ici de la miséricorde spirituelle) naît dans l'âme qui s'afflige de voir Dieu offensé par autrui, parce qu'elle l'aime ardemment. Cette tristesse de la miséricorde, qui naît toute entière de la charité et qui allume dans le cœur le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, est, elle aussi, source d'une très grande joie, et fait également l'objet d'une béatitude évangélique : Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

La bonne tristesse, qui s'exprime par la pénitence et la miséricorde, même si elle cause à l'âme une vraie douleur, n'en est nullement une maladie ; elle manifeste bien plutôt que l'âme qui l'éprouve est en bonne santé morale et psychologique. Par contre, une âme qui reste enfermée dans la prison de ses péchés, par un refus obstiné de les considérer comme tels et d'avoir à s'en repentir, est minée par la maladie morale de toutes la plus radicale : celle qui fait perdre le sens du bien et du mal et empêche absolument l'âme d'atteindre sa fin, c'est-à-dire d'entrer en possession du bonheur infini pour lequel elle est faite. Cela montre jusqu'à quel point l'enfermement dans le péché emprisonne l'âme dans une tristesse stérile et désespérante.

3. La maladie de la tristesse

Si l'on considère maintenant la tristesse comme une disposition négative envahissante qui ne peut s'installer dans l'âme, en l'affaiblissant de plus en plus, que sous l'influence du démon, il n'y a pas de doute que cette sorte de tristesse est une maladie, et même la pire des maladies de l'âme.

L'ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations à l'endroit des bons; car, comme il tâche de faire réjouir les mauvais en leur péché, aussi tâche-t-il d'attrister les bons en leurs bonnes œuvres ; et comme il ne peut procurer le mal qu'en le faisant trouver agréable, aussi ne peut-il détourner du bien, qu'en le faisant trouver désagréable. Le malin se plaît en la tristesse et mélancolie, parce qu'il est triste et mélancolique et le sera éternellement, et il voudrait que chacun fût comme lui.

4. Les causes de la tristesse-maladie

La tristesse ne devient une maladie spirituelle, qui vide progressivement l'âme de toute force, que lorsqu'elle se laisse déprimer par le mal qui s'impose à elle, de quelque source qu'il vienne. Il est certes naturel de ressentir de la peine ou de la tristesse, quand on est privé d'un bien important qui est nôtre ou que nous désirons, parce qu'il concourt à notre bonheur, comme notre santé, notre réputation, nos parents, nos amis, notre emploi, nos biens matériels, et tout ce qui a véritablement raison de bien pour nous. Tout ce qui contrarie notre volonté dans la recherche de son bien ou de son attachement au bien est la cause d'une tristesse naturelle. Ainsi, l'absence d'amour, de communion, l'insécurité, le rejet, le mépris, la haine, l'indifférence, la discorde, la violence, la guerre sont des causes naturelles de tristesse. De même, les espoirs déçus, les échecs, le délai d'un bien désiré, et aussi la peur, l'anxiété devant le mal à venir, que l'imagination représente comme présent. Et aussi le doute, l'incertitude, la confusion dans la pensée, qui contrarient la soif de vérité dans l'intelligence. Tous ces maux, remplissant l'attention de la conscience actuelle, même s'ils étaient passés ou à venir, sont causes naturelles de tristesse.

Il n'y a maladie spirituelle que lorsque la volonté se laisse dominer ou abattre par l'un ou l'autre de ces maux, en raison d'une déficience des vertus morales de patience et de force, et par dessus tout des vertus surnaturelles de foi, d'espérance et de charité. Les maux passés, présents et à venir, faisant l'objet d'une appréhension actuelle par l'imagination et l'intelligence, mettent à dure épreuve les vertus par lesquelles nous pouvons les surmonter moralement et spirituellement. Le démon intervient toujours dans la maladie spirituelle de tristesse, parce qu'il agit sur notre sensibilité nous représentant comme insurmontables les maux auxquels nous devons faire face, et en même temps il lutte contre nos vertus en travaillant à les affaiblir ou à les détruire. Il tâche de communiquer à l'âme, non suffisamment pourvue de l'énergie des vertus, sa propre tristesse, qui accompagne toujours le triomphe du mal dans un être spirituel fait pour le bien.

5. Les effets du mal de la tristesse

La maladie de la tristesse trouble l'âme, elle l'inquiète. Elle lui inspire de fausses peurs. Elle la dégoûte de la prière. Elle engourdit et accable l'esprit. Elle est une ennemie sournoise de l'intelligence, en lui fermant la voie du discernement et en l'empêchant de porter un jugement objectif sur la réalité. Par suite, elle gêne la liberté de la volonté, lorsqu'il s'agit de faire des choix, de prendre des résolutions, et de s'engager dans une action positive. Elle éteint le courage, ruine les forces vives de l'âme, qu'elle plonge finalement dans une extrême faiblesse. Elle est comme un dur hiver qui fauche toute la beauté de la terre et engourdit tous les animaux; car elle ôte toute suavité de l'âme, et la rend presque percluse et impuissante en toutes ses facultés.

6. Les remèdes à la tristesse

Le premier remède à la tristesse est la prière, une prière humble et confiante qui n'ait de cesse qu'avec le retour de la joie dans l'âme. Au premier trouble, le serviteur de Dieu doit se lever, se mettre en prière et demeurer face au Père tant que ce dernier ne lui aura pas fait retrouver la joie de celui qui est sauvé. Mais s'il persévère dans la tristesse, alors grandira en lui le mal babylonien recouvrant le cœur d'une rouille tenace que les larmes sont seules capables de déterger.

En plus du recours à la prière, il faut s'opposer vivement aux sentiments de tristesse qui dépriment l'âme en cultivant des sentiments contraires, et cela avec persévérance. Chanter des cantiques spirituels est aussi un excellent moyen pour se débarrasser de la tristesse.

De même, faire de bonnes œuvres. Du moins, s'occuper de quelque travail que la santé permet de faire pour distraire l'esprit des préoccupations qui l'attristent.

Un autre remède très efficace pour passer de la tristesse à la joie est l'ouverture totale du cœur à un conseiller spirituel, en lui dévoilant toutes ses difficultés, ses tentations, ses pensées, car une telle ouverture, qui requiert une bonne dose d'humilité, déjoue à tout coup les pièges de l'ennemi et établit l'âme dans la paix. L'ouverture du cœur faite avec simplicité libère souvent l'âme des plus grands obstacles à la joie.

Un remède préventif de la tristesse est de veiller sur ses fréquentations et conversations, comme du reste sur les spectacles qu'on regarde, de sorte à éviter dans la mesure du possible les influences négatives portant l'âme à la tristesse, et au contraire de chercher le contact de personnes qui, par leurs convictions spirituelles, communiquent la confiance, le courage, l'enthousiasme. La victoire sur la tristesse est grandement aidée par le soutien moral de véritables amis.

L'ultime remède à la tristesse est une foi inébranlable en la divine Providence, s'exprimant en un abandon total entre les mains de Dieu, qui dirige tous les évènements de notre vie pour notre plus grand bien. Si dans sa miséricorde infinie Dieu permet, pour nous purifier et sanctifier, l'épreuve de la douleur morale, il saura bien en temps opportun changer notre tristesse en une joie que personne ne pourra jamais nous ravir.

Conclusion

Comment pourrait-il alors se sentir seul, ou abandonné ou opprimé par le mal lorsque le père, le Fils et le Saint-Esprit font compagnie avec le croyant dans sa marche de chaque jour ? Dans la vie du croyant, il y aura toujours place pour la douleur, car c'est la voie de la Croix qui nous sauve, mais il n'y aura jamais place pour la tristesse. Il est toujours prêt à témoigner à quiconque l'interroge de l'espoir qui le soutient.

Le principe et le fondement de la joie chrétienne, qui doit toujours dominer dans notre âme, c'est la joie de la victoire de Jésus Ressuscité en nous, qui est promise à notre foi. Joie de la victoire sur le mal, c'est-à-dire sur le péché et ses conséquences. Joie de la victoire sur Satan, le père du mensonge. Joie de la victoire sur les erreurs du monde, c'est-à-dire sur les fausses sciences et les fausses sagesses, qui s'opposent à la vérité et à la sagesse de Jésus-Christ.

Le Cœur ouvert de Jésus crucifié et ressuscité est la source vive d'où jaillit la joie infinie de Dieu sur les âmes qui croient en Lui. Cette source de joie divine, actuellement jaillissante au sein de l'Église, communiquera toujours aux pauvres âmes languissantes toute la fraîcheur et la pureté du premier matin du monde.

 

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